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Publié par Saoudi Abdelaziz

Lakshmi Mittal. Photo DR

Lakshmi Mittal. Photo DR

Pour que les entreprises publiques produisent mieux, Il faut en confier la gestion à des entreprises étrangères -même au dinar symbolique. C'était la motivation du ministre Temmar, lorsque en 2001 il avait confié le complexe sidérurgique d'El Hadjar au savoir-faire de Lakshmi Mittal. Quatorze ans après,  c'est ce que nous invitent à faire un patron algérien président de think tank et un politologue "reformateur" Abed Charef, ce dernier invoquant le "besoin urgent de savoir-faire technologique et managérial". Retour sur l'expérience du complexe d'El Hadjar, scannée il y a trois ans jour pour jour, dans El Watan, par Melissa Roumadi qui diagnostiquait d'emblée : "Si la reprise, en 2001, du complexe par les Indiens d’Ispat, devenu plus tard MittalSteel, a permis d’augmenter la production dans un premier temps, les choses ont vite fait de changer après la fusion en 2007 entre Mittal et Arcelor. La production du complexe qui avait atteint les 1,1 million de tonnes en 2007 est vite retombée dès que le staff européen en a pris les commandes". 

Les pertes sont estimées à 80 millions de dollars par an,

ArcelorMittal coûte cher à l’Algérie

Une enquête de de Roumadi Melissa, 23 décembre 2012. El Watan.

Depuis son inauguration en 1969 par le président Houari Boumediène, le complexe sidérurgique d’El Hadjar nourrit un mythe : celui de l’Algérie qui s’industrialise. Mais au fil des ans, des restructurations puis des désinvestissements et de la privatisation, El Hadjar reflète aujourd’hui cette Algérie qui se désindustrialise. Jadis fleuron de l’industrie nationale, le complexe – avec ses 28 unités essaimées sur 85 hectares, faisant vivre deux villes nouvellement créées, Sidi Amar et El Hadjar – n’est plus que l’ombre de lui-même.(...)

Un complexe en perte de vitesse depuis 2007

Si la reprise, en 2001, du complexe par les Indiens d’Ispat, devenu plus tard MittalSteel, a permis d’augmenter la production dans un premier temps, les choses ont vite fait de changer après la fusion en 2007 entre Mittal et Arcelor.
Selon le président du comité de participation, Abdelmadjid Bourai, le groupe s’est contenté, durant la dernière décennie, de petites opérations de rafistolage et de maintenance. Aussi, a-t-il ajouté, la production du complexe qui avait atteint les 1,1 million de tonnes en 2007 est vite retombée dès que le staff européen en a pris les commandes. Certains y voient une volonté manifeste de brider l’unité sidérurgique de Annaba au bénéfice des filiales européennes du groupe. Un point de vue qui peut se défendre si l’on prend aussi en considération la crise de 2008 et son impact sur le marché européen de l’acier. Une crise grevant la demande et qui a engendré une offre supplémentaire de

100 millions de tonnes d’acier sur le marché, qu’il fallait bien écouler quelque part.
L’autre point de vue voudrait que chaque filiale du groupe soit évaluée sur ses propres résultats. Ainsi, la production du complexe aurait été impactée par trois facteurs. D’abord la crise de 2008 qui a poussé les prix de l’acier vers la baisse. Ensuite, la fusion Arcelor/Mittal qui a opposé deux modèles de gouvernance et par laquelle de nouvelles règles ont mis fin à certaines pratiques tolérées jusque-là au niveau du complexe d’El Hadjar. Enfin, les guerres syndicales et l’instabilité sur le front social ayant fini par prendre en otage l’outil de production.
Quelles qu’en soient les raisons, le complexe d’El Hadjar étouffe. Les installations sidérurgiques arrivent en fin de campagne en 2014. L’unité affiche le taux de productivité le plus faible de toutes les filiales du groupe mondial. Et les facteurs de production sont trois fois plus chers qu’au Luxembourg, pays qui bénéficie du SMIC le plus élevé au niveau européen.

Le complexe, conçu pour se suffire en intrants, recourt aujourd’hui à l’importation pour assurer 10% de ses besoins en billette et 100% de ses besoins en coke. Confrontée à des problèmes de trésorerie, l’entreprise en est même arrivée à recycler certaines de ses superstructures obsolètes afin de répondre aux besoins en ferraille. De toutes les manières, explique-t-on aux travailleurs, ArcelorMittal possède 70% de ces mêmes structures, un avenant à l’accord de partenariat parmi les trois signés en faisant foi, précise M. Bourfis, membre du comité de participations chargé du suivi des investissements.

Mittal se désengagera-t-il ou pas ?

Autant d’éléments qui jettent un sérieux doute sur les intentions du partenaire à l’avenir. La conjoncture à l’international, marquée par un endettement de 22 milliards de dollars pour le groupe ArcelorMittal et sa volonté manifeste de fermer certains hauts fourneaux, notamment celui de Florange en France, ne sont pas pour rassurer.
Cela ne rassure pas les travailleurs d’abord, lesquels parlent d’invisibilité quant à l’avenir du complexe, d’autant plus que la nouvelle convention d’investissement n’a toujours pas été signée. Pour le président du comité de participations, les pouvoirs publics doutent du partenaire. Pourtant, la signature de la nouvelle convention conférant des avantages ANDI à l’entreprise sur 5 ans devait être déjà signée. Les partenaires ont été convoqués par l’ancien ministre de l’Industrie, Mohamed Benmeradi, le 11 septembre dernier. Entre-temps, le remaniement du gouvernement a quelque peu contrarié le projet, avec l’arrivée d’un nouveau ministre à la tête du département. Un rendez-vous a donc été fixé pour février 2013.

En attendant, l’entreprise met en place les transferts nécessaires au lancement de son plan d’investissement. Ainsi, nous apprenons que le groupe a transféré la semaine dernière 40 millions de dollars sur son compte à la Banque extérieure d’Algérie. Un premier transfert destiné à la recapitalisation du complexe à hauteur de 120 millions de dollars.
Des fonds qui permettront aussi de financer la première phase du programme d’investissement pour laquelle 160 millions de dollars et pour laquelle 40 millions de dollars devront être dégagés des cash-flows, vu que la BEA refuse d’accorder le moindre crédit tant que l’entreprise n’est pas bancable. Si cet apport de fonds se veut un signe devant rassurer les autorités quant aux intentions du groupe, il ne faut pas perdre de vue que cela répond d’abord et surtout aux exigences de la BEA qui a accepté de racheter une dette de 120 millions de dollars que Société Générale détenait sur ArcelorMittal Annaba.

Les Qataris surveillés de près

En tout état de cause, pour redresser la barre, il faudra investir. L’entreprise prévoit d’ailleurs de dégager un plan d’investissement global de 350 millions de dollars, même si la seconde phase du programme est encore à l’étude. La réhabilitation des zones chaudes devrait être lancée dès 2014. Toutefois, des doutes subsistent quant à l’avenir de la cokerie mise à l’arrêt depuis la fin 2010. Les travailleurs estiment que la direction ne montre pas d’intérêt à la réhabilitation de cette structure et préfère s’appuyer sur le coke que le groupe produit dans ses usines européennes. En tout état de cause, ArcelorMittal Annaba compte sur le coke importé «à moindre coût» pour alimenter le haut fourneau. La stabilisation, et pourquoi pas la réduction des coûts, semble préoccuper l’entreprise qui, désormais, devra faire face à de nouveaux concurrents et craint pour ses parts de marché. Les Qataris notamment, qui bénéficient d’avantages certains : une technologie qui ne nécessite pas un cycle aussi long. Car il faut savoir que le complexe sidérurgique de Bellara s’appuiera sur la transformation de billettes importées et exonérées des droits de douane.

Les facteurs contraignants s’accumulent pour El Hadjar. Une instabilité sur le front social qui perdure, un marché non protégé, des coûts à la production très élevés et une rentabilité très faible. C’est à se demander ce qui motive le partenaire. Le marché, affirme-t-on. Les programmes d’investissement public boostent la demande sur les produits longs. Et les projets de construction automobile à venir pour stimuler les produits plats, d’autant plus qu’El Hadjar bénéficie de capacités en matière de galvanisation. Mais on serait susceptible de croire que ce sont les mines qui intéressent le plus le groupe. Il est vrai qu’à Ouenza et Boukhadra, la teneur en fer du minerai est très faible. Il est vrai aussi que pour l’heure, le groupe ArcelorMittal est fortement endetté et n’est pas dans une optique d’achat. Mais les gisements de Gara Djebilet (Tindouf), actuellement dans le giron de Sonatrach, attisent les convoitises de tous les nouveaux entrants.

Source : El Watan.com

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