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Publié par Saoudi Abdelaziz

Paradoxe? Les journaux du courant néolibéral mettent sur un piédestal la chef du parti des travailleurs sensé être anticapitaliste. Pourtant sur deux sujets sensibles actuellement à l'ordre du jour, le soutien des prix et le droit de préemption, c'est la contradiction absolue.

Le quotidien Liberté qui appartient à Rebrab, le patron du principal conglomérat algérien titre ce matin :"Elle appelle les députés à bloquer le projet de la LF 2016. Louisa Hanoune : “Voter, c’est condamner à mort le pays”, tandis qu'El Watan, qui jubilait avant-hier après l'annonce de la fin prochaine de la subvention du prix du pain et du lait, il titre cyniquement :  "Louisa Hanoune, secrétaire générale du parti des travailleurs : «La loi de finances démolit le caractère social de l’Etat»

Vive donc les travailleurs et leur chef!

Quel est le secret de cette convergence des contraires. L'engouement pour Louiza Hanoune vient plutôt de ce pour cette déçue du bouteflikisme, l'ennemi n°1 c'est la supposée collusion entre des "prédateurs oligarchiques profrançais" et "le clan de la présidence". A l'heure de l'intensification des luttes au sommet pour le contrôle des institutions, Louiza Hanoune aligne, encore une fois, son parti sur un des clans en compétition. En attendant le deal inter-clanique qui, tôt ou tard, va faire de son parti le dindon de la farce? Pour faciliter sa démonstration, Hanoune excepte de son discours anti-oligarchique, le milliardaire Issad Rebrab, qui a bâti, sous la protection du système, le principal conglomérat algérien, et qui récupère des entreprises françaises en difficulté.

Alliée objective

Pourtant les journaux néolibéraux avaient mal réagi lorsque Louiza Hanoune avait dénoncé l'intention du pouvoir de lever le droit de préemption instauré en 2009, pour empêcher les transferts frauduleux de patrimoine entre nationaux et étrangers. Cette dénonciation, inscrite dans la lettre des 19, entraîna une levée de bouclier chez les "experts", qui activent pour des mesures "libérant" l'investissement étranger. El Kadi Ihsane, figure de prou de ces réformistes, écrivait dans El Watan, à propos du droit de préemption systématique il précise : "il s’agit d’une dérive sectaire de la LFC en date de 2009. C’est rappeler poliment à Mme Toumi, que son président de la République a dirigé dix années sans systématiser le droit de préemption. D’où tenter d’en réduire la portée aujourd’hui aux grands partenariats public-privé n’est pas la trahison scandaleuse qu’elle cherche à traquer en demandant d’aller vérifier si le Président a toute sa tête. Cette résistance au démantèlement de la LFC 2009 refuse donc de voir la réalité".

L'ordre du jour affiché par les partisans de l'accélération du tournant néolibéral semble d'abord politique. Le politologue Abed Charef résume dans le Quotidien d'Oran l'obstacle principal : "La mauvaise gouvernance mène le pays à se priver d’alternatives possibles". Il se démarque de Louiza Hanoune et préconise la levée du droit de préemption. Il écrit : "Aujourd’hui, avec le droit de préemption, l’Algérie maintient fièrement un élément qui détruit l’attractivité du pays, et elle ne peut exploiter le gaz de schiste même si cela se révèle bénéfique et sans danger". Le politologue et la politicienne s'entendent quand même sur une chose : l'exploitation du gaz de schiste.

Bonne gouvernance = changement au sommet

Il faut donc changer la "gouvernance" de l'économie, cet à dire faire des entreprises l'inspirateur principal de cette gouvernance. Mais, pour cela, il faut débarrasser l'Etat algérien de ses obligations sociales historiques qui continuent, malgré tout, de modeler l'action des institutions. L' exigence immédiate de changement de mode de gouvernance, coïncidait avec l'exigence d'une transition au sommet de l'Etat affichée par la coordination d'opposition CNLT mais qui semble avoir pris des couleurs plus nuancées avec les changements récents à la tête des services...

A l'opposé des adhérents du Parti des travailleurs, leurs journalistes et experts-maisons, favorables à la levée du droit de préemption jubilent aussi à l'annonce de la fin à court terme des les subventions qui maintiennent le prix du pain, du lait, de l'huile de l'électricité et du gaz à la portée des ménages modestes. Alors que le chef du Parti des travailleurs dénonce les mesures “antisociales” concernant les carburant, le risque plus fondamental c'est le retour de "la vérité des prix" tous azimuts, et pas seulement celui de l'essence et du diesel dont le niveau actuel autorise effectivement tous les abus.

 

 

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