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Publié par Saoudi Abdelaziz

Au Maghreb, la tendance est à l'imbrication du pouvoir d'Etat et du monde des affaires. Dans le modèle marocain, le patronat est au pouvoir, le roi dirige le consortium privé dominant, alors que deux patrons de consortium milliardaires qui figurent dans le classement Forbès derrière leur Monarque, sont ministres de l'Industrie et de l'Agriculture. En Tunisie, où la réforme du système bancaire inspirée par le FMI et la banque mondiale est en cours, le modèle Ben Ali a la peau dure, avec "jeux d'influence et délits d'initiés", tandis qu'en bas c'est la levée de masse contre l'union patronale UTICA qui fait la pluie et le beau temps en ces temsp de crise.  En Algérie, les choses ne sont pas encore tranchées? Le dynamisme politique un peu "forcé" du chef de la fédération patronale FCE ne peut pas cacher de gros handicaps : contrairement à leurs voisins de l'Ouest et de l'Est, les consortiums privés algériens ne disposent ni d'une assise historique populaire légitimante, ni d'une plateforme et couverture politique communes.

Travailleurs et étudiants remontent le courant

En Tunisie, lors de la grève générale des étudiants du 13 novembre dernier, Ahmed Dhaoudi, membre du bureau exécutif de l’UGET avait fustigé le projet de réforme du système de l’enseignement supérieur qui préconise "une orientation vers la cession des établissements universitaires au profit du secteur privé.

Il a vivement dénoncé l’exclusion des étudiants et du corps enseignant de l’élaboration du projet de réforme. Ce projet n’émane pas d’une volonté nationale.

Il s’agit d’une réforme dictée par la Banque mondiale dont la finalité ultime est de transformer les universités en un fonds de commerce où les prestations universitaires sont fournies moyennant une contrepartie financière"

Après l'accession au pouvoir du tandem Nida-Tunès et Annahda, un nouveau pas est franchi pour rendre plus fluide l'utilisation privé du système bancaire. A l’instar du plan de recapitalisation, le renouvellement des cadres dirigeants "un ballet de jeux d’influence", avec "accointances et délits d’initiés de la haute finance" nationale et internationale, s’est déroulé dans des conditions opaques, que Le site tunisien Nawaat s'efforce d'analyser.

C'est une sorte de levée de masse gréviste à laquelle on assiste en Tunisie: salariés, étudiants, chômeurs, vétérinaires, etc. Le dénominateur commun: la manière de créer et de répartir les richesses, alors que le patronat veut profiter de la crise pour prendre en main à son seul profit la gestion du pays. Jeudi dernier A Sfax, les travailleurs, unanimes, de 164 entreprises du secteur privé à Sfax ont démarré la série de grève régionales décidés par la centrale syndicale en signe de protestation contre le blocage des négociations sociales devant aboutir à la majoration des salaires de quelque 1,5 millions d’employés dans le secteurs privé, les deux camps refusent d’enterrer la hache de la guerre.

De l'initiation politique d'un patron

Le magazine Tel Quel avait consacré la semaine dernière un dossier à l'opération menée par le ministre de l'Industrie Moulay Hafid Elalamy pour asseoir l'hégémonie de son consortium sur le secteur privé de santé et de pharmacie. Ce proche de la famille royale, ancien président de la fédération patronale, avait été nommé dans le gouvernement en octobre. En 2011, Saham Group le consortium de Elalamy rachète pour 21 millions de dirhams l’unité de production de produits pharmaceutiques du géant mondial Glaxosmithkline (GSK). Il noue un partenariat avec le Groupe Asisa, l’un des leaders de la gestion hospitalière en Espagne. Demain, son groupe pourrait émerger comme un opérateur intégré de premier plan dans le secteur de la santé au Maroc. Il détient déjà une compagnie d’assurances, une usine de médicaments et a sous le coude un expert de la gestion hospitalière, analyse un spécialiste. Il ne manque plus que la réforme de la loi sur les cliniques privées permettant d’ouvrir leur capital à des investisseurs privés pour que la machine se mette en branle. Mais ça, c’est une décision politique”.

"Et c’est peut-être ce déphasage entre le monde politique et le monde des affaires qui va pousser Elalamy à se jeter dans l’arène du pouvoir exécutif", écrit Fahd Iraqi qui a mené l'enquête de Tel Quel. il ajoute : "Dans un régime où les conflits d’intérêts (jusqu’au sommet de l’Etat) sont légion, il est à redouter que ne cherche à optimiser (dans la légalité absolue) l’intérêt collectif au profit de ses propres intérêts. Bref, avec un homme de cet acabit, il faut s’attendre à tout. Au meilleur comme au pire… par le ministre de l'Industrie".

Moulay Hafid Elalamy avec 620 millions de dollars figure avec sept autres marocains dans le classement Forbes des 50 plus grosses fortunes africaines. Un peu derrière le ministre de l'Agriculture Aziz Akhannouch qui pèse 1,4 milliard. En tête, le roi Mohamed V avec 5,7 milliards de dollars. Une note du Haut-commissariat au plan révèlait il y a trois jours que 85,3% des ménages marocains s’estiment incapables d’épargner au cours des 12 prochains mois.

... à la gestion politique directe

Depuis octobre 2015, on assiste à une continuité-passage à la vitesse supérieure de la destinée du prédateur, par rapport au rôle joué de 2006 à 2009, lorsque, “invité amicalement” à être candidat unique à la présidence de la Confédération générale des entreprises du Maroc, il publiait dès son élection un "livre blanc" inspiré par le Palais, comportant des plans sectoriels avec mise en place de "mesures incitatives”. Moulay Hafid Elalamy va même briller, au niveau de la diplomatie économique comme témoigne Youssef Alaoui, vice-président de la CGEM sous l’ère Elalamy: “Il a donné une autre dimension aux relations entre le patronat marocain et ses partenaires historiques, que ce soit en France ou en Espagne”. La boucle est bouclée...

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