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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

(...) Dans l’intention de renouveler mon titre de séjour, je fus reçu au guichet de la préfecture par une dame fine guêpe qui me dit intriguée que « les algériens qui étaient nés après l’indépendance de l’Algérie avaient presque tous la nationalité française. Celle-ci leur était octroyée à la naissance par le droit du sol ou, après une longue résidence, par acquisition. Mais, ajouta-t-elle, presque tous ceux qui sont nés avant l’indépendance ne sont pas français. Pourquoi ne demandez-vous pas à être français ? » _ « Pourquoi ? Répétai-je, l’air aussi intrigué qu’elle, je vous avoue madame que je ne me suis jamais posé la question, Cela ne m’a pas effleuré l’esprit… » Puis, levant les bras, j’ajoutais : « Croyez-moi, je ne me suis pas entendu avec eux pour ne pas en faire la demande ». La « naturalisation » m’a ainsi poursuivi comme l’idée du mariage est ressassée à un vieux célibataire endurci par ses amis, tous mariés, qui veulent à tout prix son bonheur. Ils le harcèlent jusqu’à ce qu’il se pende au propre ou au figuré. Eux, seraient-ils si heureux en ménage ou jalousent-ils en secret sa liberté ? Le mot même de « naturalisation » m’a toujours terrifié et le fait de le lire ou de l’entendre prononcé suffit à me glacer d’effroi. Aussitôt je me sens métamorphosé en animal empaillé, enfermé au Jardin des Plantes à côté de la pauvre Vénus Hottentote qui, enlevée d’Afrique du sud, fut exposée au regard civilisé de la volaille parisienne en plumes et monocle. Ceux-là, corsetés dans leur racisme ordinaire sont bien français, pitoyables mais bien français ! J’ai du mal à imaginer un jour leurs ressembler. Mais j’ai surtout peur de leur ressembler un jour.  Des amis français de souche et d’autres de greffe récente ont, sous la menace d’un tsunami xénophobe dévastateur, tenté de me convaincre de devenir français. J’examinais leurs arguments et demandais un délai de grâce pour répondre. Imaginons que, par hasard ou nécessité, je veuille m’intégrer à la nation française mais laquelle ? En histoire, le Robespierre des uns jure avec le Robespierre des autres, le Napoléon contrefait et sublimé de David n’est pas celui cruel et vrai de Henri Guillemin… En lettres, hormis le Roman de Rabelais, la poésie de Villon et le théâtre de Molière, le reste n’est que gâchis d’encre et de papier ! Je parle de chefs d’œuvres et non pas de quelques pages sur Waterloo de Stendhal ou d’un misérable roman de Victor Hugo ! Le moins doué des tâcherons sauvera bien une pièce ou deux, mais de chefs d’œuvres point ! Cela n’est pas particulier à la France mais vaut pour toutes les langues et les peuples. Que dire des sciences ? Marie Curie pour la physique et la chimie plane au-dessus d’un fatras d’imposteurs et de persécuteurs. Sur la méthode, en philosophie, préférons la finesse mathématique d’Evariste Gallois plutôt que le discours nébuleux de Descartes qui, convenez-en, manque le plus de ce qu’il prétend traiter. Puis, passons notre chemin, nous ne trouverons personne pour sauver son prochain ! Devenir français a pour résultat magnifique, pour la France, d’avoir, d’un coup d’un seul, un étranger en moins et un français en plus. La belle affaire ! Je l’aurai donc cherché et n’aurai plus aucune excuse ni aucun mérite d’être né ici ou là. Et puis, devenu français que vais-je faire de moi qui ne sais pas même jouer du pipeau ? « On dira par tout le pays, le joueur de flûte a trahi. » m’a prévenu Georges Brassens. « Le seul avantage d’être français est de ne pas être étranger. » m’a soufflé Pierre Daninos. En fait, l’étranger a l’avantage incommensurable sur l’autochtone, d’être un terrien, la grosse tête en moins. Les quelques réserves exposées plus haut et qui montre la difficulté à définir le français, invitent au degré zéro de l’humilité. Alors, comme Georges Brassens, allons-y doucement et fredonnons en aparté sa célèbre mise en garde : 

"Mourir pour des idées, l'idée est excellente. Moi j'ai failli mourir de ne l'avoir pas eue, Car tous ceux qui l'avaient, multitude accablante, En hurlant à la mort me sont tombés dessus…" 

 À quoi bon aujourd’hui se dresser sur ses ergots et secouer sa crête si demain la France change de raison sociale pour devenir « l’Emirat francaoui », une espèce de baronnie de l’Arabie saoudite, voir une réserve de chasse d’un émir qatari quelconque ? Que deviendrions-nous à l’insu de notre plein gré? Les serviteurs obligés d’un misérable bédouin inculte et sans aveu ? Ce ne serait pas la première fois dans l’histoire que le rêve de liberté mène à la prison ! Etre français alors obligerait à porter, contrit et forcé, la barbe et à se promener en robe qu’on devrait retrousser à chaque interpellation des gardiens de la vertu en patrouille pour leur montrer qu’on est bien circoncis. Plutôt être et rester étranger et payer la dîme pour échapper au « contrôle du prépuce », à la prière collective et à l’infamie de la servitude !"  

Texte intégral : https://parisrepublicain.files.wordpress.com/2015/05/eloge-de-etranger_01092015.pdf

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Djamal Amran 02/09/2015 22:21

Savoureux..