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Publié par Saoudi Abdelaziz

« Pour dire non ils disent oui »

Baltasar GracianN’avez-vous jamais entendu nommer le fameux Cacus ? Eh bien celui-ci l’est de la politique ; j’entends, un chaos de la raison d’Etat. Tous les politiques courent de cette façon, à l’inverse des autres ; ainsi procèdent-ils pour dérouter l’attention d’autrui, pour confondre les raisonnements. Ils ne voudraient pas que par leurs traces l’on puisse suivre les fins auxquelles ils tendent ; ils montrent un côté et donnent dans l’autre ; ils publient une chose et en exécutent une autre ; pour dire non ils disent oui ; toujours au contraire, occultant leurs desseins par des signes opposés. Pour ceux-là il faut un autre Hercule, qui avec habileté et fermeté vérifie leurs empreintes et châtie leurs intrigues. Baltasar Gracian. Le Criticon (1651).

 

Les confidences du chef de la "Surveillance"

Description de cette image, également commentée ci-après

J’ai été pendant trente ans l’homme des livres, eh bien ! je comprenais tout par le menu de la marche de l’histoire : l’enchaînement, la nécessité, le mécanisme des affaires, tout sauf une chose qui est le grand secret – le secret puéril – pour quoi il faut avoir mis la main à la pâte : la facilité déconcertante avec laquelle les choses se font. Il y avait pour moi cet amusement presque inépuisable : constater que la machine marche, que mille rouages jouent et fonctionnent quand on appuie sur le bouton. C’était, au début, à n’y pas croire : se trouver devant des boutons qui n’avaient pas fini de tourner – cela donne un peu de vertige ; et puis vient ensuite un autre plaisir : le plaisir d’arriver à un même but par plusieurs circuits. On ne se lasse pas – on ne se lasse pas de longtemps de voir que ces engrenages mordent : l’exaltation de la matière humaine malaxée, je t’assure que c’est un fumet qui colle aux narines, c’est tout autre choses que de comprendre le fonctionnement du moulin. Enfin, j’ai eu plaisir à cette mécanique qui ne faisait pas crier que des rouages vides. J’ai eu mon bon temps. Je ne le regrette pas. Seulement, il est venu autre chose…» Julien Gracq. Le Rivage des Syrtes (1951).

 

Spectateurs

Guy Debord, passage Molière, Juin 1954 | D.R. - BNF, Manuscrits, fonds Guy Debord

"Jamais censure n’a été plus parfaite. Jamais l’opinion de ceux à qui l’on fait croire encore, dans quelques pays, qu’ils sont restés des citoyens libres, n’a été moins autorisée à se faire connaître, chaque fois qu’il s’agit d’un choix qui affectera leur vie réelle. Jamais il n’a été permis de leur mentir avec une si parfaite absence de conséquence. Le spectateur est seulement censé ignorer tout, ne mériter rien. Qui regarde toujours, pour savoir la suite, n’agira jamais : et tel doit bien être le spectateur.

Guy Debord. Commentaires sur la société du spectacle (1988)

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