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Publié par Saoudi Abdelaziz

Amazigh Kateb Gnawa diffusion. Photo : Victor Delfilm

Amazigh Kateb Gnawa diffusion. Photo : Victor Delfilm

Propos recueillis par Thameur Mekki, 6 août 2015  

 Gnawa Diffusion démarre sa tournée estivale en Tunisie, vendredi 07 août, avec un concert au Festival International de Hammamet, avant de jouer le 08 à Boukornine, le 09 à Gafsa et le 10 août à Bizerte. Gumbri en main, Amazigh Kateb, la voix du groupe, chantera la fierté africaine, les dilemmes algériens, la détresse palestinienne et les amertumes des peuples opprimés. Nawaat l’a rencontré. Nous avons parlé politique. 

Nawaat : Vous avez joué en Tunisie durant les années 90 mais également en 2004, en 2006, en 2014 et récemment en 2015. Quels changements avez-vous observé après la révolution ?

Amazigh Kateb : Je préfère de loin la nouvelle Tunisie où tout le monde s’exprime librement. Il y a une sorte d’ébullition. Les jeunes réfléchissent et s’impliquent. Les Tunisiens sont aujourd’hui très attentifs. Ils sont conscients que la révolution a été confisquée. Tellement de choses restent à faire mais désormais la route est ouverte. Dans tout ce qu’on appelle «le Printemps Arabe», ce qui se passe en Tunisie reste le plus authentique. En 2011, cinq ou six mois après le départ de Ben Ali, j’ai vu la vidéo d’un jeune qui pleurait en disant : «J’en ai marre de la révolution. Maudite soit la révolution. Nous voulons rester tranquilles». La révolution est plus déstabilisante que le règne d’un régime qui réprime dans le calme total. Nos peuples ont été habitués à l’infantilisme. Nous avons beau être subversifs. Nous sommes toujours conditionnés par ce qu’on a été pendant des années. Ce n’est pas possible de s’en sortir rapidement, même s’il y a une avant-garde. La Tunisie, ce qui la sauve, c’est le niveau de l’instruction mais aussi la présence des femmes dans les mouvements. Chez nous en Algérie, elles y sont beaucoup moins nombreuses. La société algérienne a des problèmes à résoudre sur ce plan. Une révolution sans femmes, ça n’existe pas.

En parlant de l’Algérie, peut-on espérer un changement à l’horizon ?

Oui, mais ce n’est qu’un changement de façade. Dans le fond, c’est juste la continuité du pouvoir actuel. Sur le plan économique, l’Algérie est la cible des politiques hostiles de l’Arabie Saoudite et de certains autres membres de l’Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole (OPEP). Et elle n’est pas la seule. Certains autres pays comme le Venezuela le sont aussi. Les Etats-Unis dopent le marché avec du pétrole de schiste. Les Saoudiens n’en ont rien à foutre de la baisse des prix. Ils ne sont pas aussi affectés que l’Algérie. Ils laissent faire. A mon avis, c’est une prédation préméditée.

Qu’en est-il du reste du Monde Arabe ?

C’est le chaos total. Ce qui se passe en Libye est incroyable. La France aurait eu la promesse d’avoir 35% du pétrole libyen. Ce sont des deals avec du salafiste bon marché. La situation en Syrie aussi est atroce. On voit bien comment certains profitent d’une volonté populaire de changement pour mettre à sac toute une région. Je me rappelle encore de la décennie noire en Algérie. Un bilan de 250.000 morts, c’était sanglant. En Syrie, 300.000 morts sont tombés en 4 ans. C’est une hécatombe. On voit bien comment profiter d’une volonté populaire pour une mise en coupe réglée d’une région et de ses ressources.

Vous avez toujours éprouvé de l’admiration pour la veine libertaire des peuples sahraouis. Quel regard portez-vous aujourd’hui sur le conflit autour du Sahara Occidental ?

C’est triste. Ce peuple vit sur un territoire enclavé et subit les conséquences des vieilles rancœurs entre l’Algérie et le Maroc. Ce que je ne comprends pas aujourd’hui, c’est qu’on ne puisse pas mettre ce conflit de côté même quand il s’agit d’art. Lors du dernier Festival panafricain d’Alger, les Marocains n’ont pas participé. Pourtant, ils ont été invités. Ils se sont abstenus à cause de la participation des Sahraouis. C’est fou ! Il faut arrêter la démagogie et les discours sur le Maghreb Arabe et l’Oumma. Ce n’est pas du tout crédible quand deux pays voisins n’arrivent pas à résoudre le problème de près de 800.000 personnes. Ils ne sont même pas capables de faire face au terrorisme dans le Sahel. Ils ont laissé la France ré-envahir l’Afrique.

Source : nawaat.org

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