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Publié par Saoudi Abdelaziz

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"Au lieu d'investir dans un pays et y posséder des terres et usines, il suffit de l'endetter et d’utiliser la souveraineté de son propre État et en faire le délégataire de la capture".

 

Les États de l’Eurogroupe sont les délégataires des rentiers financiers

Par Ahmed Henni*, 24 août 2015

Les gouvernements de l'Eurogroupe ont imposé au gouvernement grec un certain nombre de mesures permettant, grâce à des prêts qu'ils lui accordent, d'opérer des transferts de richesse de la Grèce vers les autres pays, particulièrement vers les institutions financières détenant des créances sur l'État ou l'économie grecs.

Traduction : pour capturer de la richesse sur le peuple grec, on a utilisé la souveraineté des États pour mettre sous protectorat un autre État. Les rentiers financiers ont donc : 1) délégué aux États le soin de mener cette capture ; 2) évité d'investir dans le système productif grec pour en tirer leurs profits. La souveraineté des États permet aujourd'hui de capturer de la richesse par délégation et le fait mieux que la propriété de moyens de production, relégués, eux, dans des pays exotiques.

J'avais dans mon livre publié en 2012, Le Capitalisme de rente, décrit cette transformation dans les pays capitalistes développés. J'y annonçais que la forme actuelle que prend le capitalisme, dominé par la capture rentière, utilise davantage les ressources de la souveraineté des États, transformant ceux-ci en simples délégataires des rentiers et reléguant la propriété des moyens de production matérielle au deuxième plan.

Or, la principale source de rente est, aujourd’hui, la puissance monétaire. Elle exige un statut éminent indiscutable et indiscuté par une affirmation de souveraineté. Elle demande à se doter de moyens de pression garantissant l’ordre monétaire et le recours à des actions épisodiques périodiques pour faire exemple. J'ai évoqué à ce sujet la pratique de la cryptie, utilisée par Sparte : organiser périodiquement des raids terroristes contre leurs esclaves ilotes pour les soumettre et les dissuader de toute velléité de révolte. Or, que nous apprend M. Varoufakis, ancien ministre grec des finances ? Que M. Schäuble, le ministre allemand, aurait voulu utiliser le cas grec pour terroriser le gouvernement français qui, lui aussi, fait face à un sérieux problème de comptes publics. Selon lui, il viserait « l’État-providence français, son droit du travail, ses entreprises nationales et considère la Grèce comme un laboratoire de l’austérité, où le mémorandum est expérimenté avant d’être exporté » (Le Monde, 22 août 2015).

De ce fait, si, dans le capitalisme industriel, la propriété des moyens de production matérielle était recherchée par les uns et combattue par les autres (elle est au centre de la réflexion socialiste accompagnant la société industrielle), aujourd’hui, c’est la souveraineté sur l’économie mondiale qui est recherchée. Elle procure, comme toujours, des rentes et devient un enjeu central. D’un autre côté, lorsqu’il s’agit de modifier le partage des rentes que permet la souveraineté, les différents États et groupes sociaux, rentiers ou protestataires, délaissent les ressources que procure la propriété des moyens de production pour renforcer les moyens de la souveraineté ou revendiquer un meilleur accès aux rentes qu’elle procure.

L’appui sur la capacité souveraine et sur la loi nécessite de la puissance. Celle-ci doit s’exprimer aussi bien au niveau international – garantir l'ordre monétaire et la sécurité des différentes circulations (monétaire et autres) et contraindre les différents États à les respecter et payer les intérêts des dettes et autres droits à redevance (sur les logiciels, etc.). Les menaces ressenties ne viennent plus des conflits liés à la propriété des moyens de production mais de possibles atteintes à la souveraineté.

Cet usage de la souveraineté revient au premier plan. Il consiste à instrumenter de plus en plus l’État lui-même à des fins de prélèvement de richesses sur les populations. Le capitalisme de rente actuel se caractérise par un retrait de l’État de la sphère productive – « libéralisme » – et son cantonnement dans le double rôle d’État minimal assurant la sécurité de la circulation économique, ce qui l'a rendu plus répressif, et d’État endetté prélevant des impôts pour payer des intérêts à ses créanciers. Au lieu d'investir dans un pays et y posséder des terres et usines, il suffit de l'endetter et d’utiliser la souveraineté de son propre État et en faire le délégataire de la capture.

 

(*) Ahmed Henni est professeur d'économie à l'Université d'Artois, en France. Il a notamment publié Syndrome islamiste et les mutations du capitalisme (Non Lieu, Paris : 2007) et Le Capitalisme de rente : de la société du travail industriel à la société des rentiers (L'Harmattan, 2012).

Source: Maghreb-Emergent

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Commenter cet article

Zinou 28/06/2016 20:36

A lire

Marcel 20/01/2016 21:22

Content de voir qu'il existe encore des sites qui font un vrai travail d'analyse et de recherche.
Merci!

Djamel Ghamraci 25/08/2015 16:16

revenir un peu en arrière crise de 1929---les rentiers créent une situation de crise et ordonnent les états a y est coopérer voila le nouveau ordre économique.