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Publié par Saoudi Abdelaziz

Photo DR

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Lorsque Liberté titre ce matin (26 janvier 2015) “Le gouvernement n’a aucune vision économique” reprenant  une phrase de l'interview de Omar Aktouf, on pourrait penser que cet économiste hétérodoxe a rejoint la meute des experts néolibéraux qui à la faveur de la diminution des recettes pétrolières, se relayent pour expliquer que l'Algérie doit sans tarder tenir compte des "réalités de la mondialisation". Ils expliquent l'urgence d'un tournant "anti-populiste", et demandent aux décideurs  de mettre aux oubliettes les responsabilités  sociales de l'Etat algérien qui sont constitutives du pacte national, depuis le 1er Novembre . Les néolibéraux veulent que l'on aille plus loin et plus systématiquement dans le démantélement de cette option sociale déjà fortement rongée. Le drame de la maternité du CHU de Constantine illustre encore une fois les conséquences dramatiques de l'abandon du rôle de l'Etat dans la Santé publique. Omar Aktouf  se situe à contrecourant de la meute. 

Quelques propos

La politique actuelle est "flottante"

"Pour paraphraser un certain Charles de Gaulle, je dirais que nos décideurs font de la politique “qui flotte sur l’évènement, comme le bouchon flotte sur la vague”. C’est là le résultat d’un vide total en matière de vision économique. Ce qui en tient lieu, c’est une religion, un dogme, assis sur les chimères du “Dieu Marché” néolibéral, qui impose la “non-vision” : “laisser faire” et compter sur la régulation magique de la main invisible. Laisser “le bouchon flotter” au hasard".

Les pouvoirs successifs n’ont jamais eu la volonté “ferme” de diversifier l’économie, trop contents de s’appuyer sur la manne des hydrocarbures : on pompe, on vend, on importe, on achète la paix sociale, on se gave et on continue. J’ai vu un embryon d’une telle volonté à une période de l’époque dite “Boumediene”. Lorsque notre pays faisait ce que font les pays émergents : des politiques de développement autocentré. C’est-à-dire, compter sur ses propres ressources en les développant : formation d’ouvriers, techniciens, cadres tous azimuts ; installation de capacités de production ; supervision étatique des infrastructures et moyens d’équipement ; lancement de plans par priorités sectorielles ; contrôle des secteurs stratégiques ; élimination des dépendances extérieures. Mesures s’accompagnant de l’implication (Corée, Malaisie, Chine) d’un secteur privé poussé à être “patriotique” et intraverti. Boumediene et ses technocrates furent vite dépassés par les gangrènes qui commencèrent à ronger le pays : népotisme, clanisme, ascension des incompétents, corruption.

"Il ne s’agit pas de réduire les dépenses de l’État, il s’agit d’en hausser les revenus en allant chercher l’argent là où on sait qu’il est. Mais cela implique de sortir de l’ornière néolibérale et oser autrement. Mais cela implique de sortir de l’ornière néolibérale et oser autrement. Comme la Suède dont près de 60% du PNB provient de l’impôt, ou l’Islande qui, après 2008, a étatisé le système financier du pays. Ils s’en portent très bien. Ces actes “d’austérité” qu’adopte notre pays n’ont que trop montré les dégâts qu’ils peuvent causer, particulièrement en Europe, otage d’un fanatisme néolibéral qui ne profite qu’aux banques et aux multinationales. Notre pays se classe, pour les fortunes privées (connues), parmi ceux qui en possèdent les plus grosses d’Afrique et du monde. Cela donne une idée de l’ampleur des “pertes de revenus” pour l’État et de l’immensité des inégalités. Ce qui se passe en Grèce devrait nous éclairer et nous faire radicalement changer de cap.

La politique d’austérité, une solution?

Absolument pas ! Il suffit de regarder l’Europe et voir ce que près de huit ans de ce genre de “remède” a donné. Toute politique de diversification a déjà été handicapée, annihilée depuis longtemps par l’abandon des mesures “d’auto-centrage”, puis par l’effet des diktats néolibéraux, le bradage de l’économie aux mains d’“élites” vendues au chant néolibéral-néocolonialiste et ses refrains : “libre marché”, “déclin de l’État”, “privatisations”, “coupures”. Diversification annihilée, également, par le recours à des experts dont la compétence est à l’aune de leur vassalité vis-à-vis du modèle américain. Armes de destruction massive en tête : MBA et autres DBA (Doctorate in Business Administration, invention académique US destinée à renforcer, par titre ronflant interposé, la fabrication de la doctrine du “comment plaire aux classes riches” que l’on dénomme “management”). On en voit les résultats aujourd’hui. Et les gros freins à la diversification : d’abord, il est trop tard pour lancer un développement autocentré, et ensuite, trop facile de continuer la stratégie de rente et de captage des retombées de la rente.

Les problèmes structurels de l'économie algérienne
Ces problèmes sont autant techniques que politiques, écologiques, sociaux… Mais, c’est le propre de ces doctrines (surtout de type US) de laisser croire que tout doit être résolu par des “techniques”. Et que tout ce qui est philosophie sociale, écologie, économie politique, projets de sociétés n’est qu’inutiles balivernes. C’est la mission des écoles de MBA et DBA qu’on multiplie comme des champignons : mathématiser, techniciser et tout réduire en service au money making. La nature devient “stocks”, la société “marché d’employables”, l’humain “ressource”, etc. Surmonter les problèmes structurels de notre économie doit passer par une radicale rupture avec le néolibéralisme, comme la Malaisie de Mahathir qui se plaisait à répéter : “Look East !” ou “regarder vers l’Est” (modèles nippon, coréen…). Il nous faut comprendre que ce qui est à la base de la crise structurelle de l’Occident du capitalisme financier, c’est que nul ne songe à couper dans les indécents “salaires”, “bonus”, “parachutes”, que s’octroient (via les cercles mafieux que l’on dénomme Conseils d’administration) les patrons et gros actionnaires. Alors que c’est là que les États iraient chercher “économies” et sources d’équilibres budgétaires. La raison en est simple : les vrais décideurs se trouvent dans les banques et dans les CA des CAC-40 (40 plus grosses firmes de France) de ce monde (soit dit en passant, ce CAC-40 ne paie en moyenne que 8% de ses revenus au fisc français, alors que n’importe quel ouvrier est taxé à 50% ou plus).

26 janvier 2016

Source : Liberté.com

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