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Publié par Saoudi Abdelaziz

Brigitte Lainé (photo Yann Mambert)

Brigitte Lainé (photo Yann Mambert)

Brigitte Lainé vient d’être promue chevalier dans l’ordre de la Légion d’Honneur. Nous sommes nombreux à nous en réjouir, et à lui associer son collègue Philippe Grand. Ces deux archivistes ont été “placardisés” pendant plusieurs années pour avoir témoigné au procès que Maurice Papon avait intenté à Jean-Luc Einaudi.

Leurs témoignages en février 1999 avaient été déterminants pour la condamnation de l’ancien préfet de police pour son implication dans les massacres des Algériens à Paris en octobre 1961. Ils ont tous deux contribué à la mise en en évidence de la réalité et de l’ampleur de ces massacres. La promotion de Brigitte Lainé en constitue une reconnaissance.

 

Brigitte Lainé : bannie à cause de Papon

Par Benoît Lagarrigue, 23 janvier 2013

Un témoignage confortant l’implication du préfet de police [Maurice Papon] dans le massacre d’Algériens le 17 octobre 1961, lui a coûté cher dans sa carrière de conservateur en chef du patrimoine.

Rien, dans la vie de Brigitte Lainé, ne l’avait préparée à cela. Si ce n’est son haut sentiment de la justice et de la vérité. En 1998, Maurice Papon assigne en diffamation Jean-Luc Einaudi à la suite de la publication de son ouvrage La bataille de Paris - 17 octobre 1961. L’historien y pointe la responsabilité de l’ancien préfet de police de Paris dans le massacre des Algériens ce jour-là.

Quelques mois plus tôt, Einaudi, sur les conseils du père Georges Arnold, qui avait vécu cette tragique journée à Saint-Denis (il habitait rue Brise-Échalas), s’adresse pour ses recherches au conservateur en chef du patrimoine dépendant du ministère de la Culture et mis à la disposition des Archives de Paris. C’est Brigitte Lainé. Mais pour consulter ces documents, il faut une dérogation, qui n’est jamais arrivée. Einaudi lui demande de témoigner lors de son procès.

Le 11 février 1999, Brigitte Lainé s’approche de la barre de la 17e chambre du tribunal de grande instance de Paris. Pas facile pour cette férue d’histoire depuis toujours et qui a trouvé dans son métier d’archiviste un travail qui mêle sa passion et sa discrétion. « Je trouvais injuste qu’il n’ait pas eu accès à ces documents qui, je le savais bien, existaient et confirmaient sa thèse. »

C’est cela qu’elle est venue dire au tribunal. Son témoignage fût déterminant ; Einaudi gagna le procès. Et c’est ce jour que ses ennuis ont commencé. Avec un autre collègue qui avait pris la même position, la voilà littéralement mise au placard avec obligation de présence mais sans rien n’avoir à faire ! Et cela a duré jusqu’en … septembre 2005. Changements de ministres de la Culture et de maires de Paris n’y ont rien changé. « Nous étions bannis », s’insurge-t-elle encore aujourd’hui.

Les soutiens sont rares mais appréciés : « Les anciens élèves de l’École des chartes où j’avais étudié, des chercheurs américains, les groupes verts et communistes au conseil de Paris – mais pas Delanoë ! –, la CGT, mais aussi des gens de droite… Cela remonte le moral car, dans ces situations, il ne faut pas être dépressif ! » Sans doute sa foi profonde l’a aidée à surmonter cette épreuve et à repartir avec autant d’enthousiasme.

Aujourd’hui à la retraite, elle n’arrête pourtant pas de travailler : elle vient de publier une somme, le Guide des sources judicaires des juridictions ordinaires et d’exception de Paris de 1790 à 2010. Dionysienne depuis 1994, Brigitte Lainé s’est aussi attelé à un grand projet : un ouvrage sur la basilique de Saint-Denis pour une collection dédiée aux cathédrales de France chez l’éditeur La Nuée bleue, dont elle parle avec enthousiasme et pour lequel elle travaille en lien étroit avec Michael Wyss, de l’Unité d’archéologie. « C’est un beau projet pour Saint-Denis », se réjouit-elle.

Car elle aime défendre sa ville (« il y a ici l’un des plus beaux musées d’Île-de-France ») même si elle fustige l’état de la propreté des rues, « catastrophique ! ». Mais elle revient vite à sa passion. « Archivistes, nous sommes comme les archéologues : on essaie d’attraper un fil et de le dérouler, même s’il casse et qu’il repart ailleurs … » Elle se lève, continue à parler en marchant d’un bon pas, toujours habitée par sa vive et délicate passion, le regard tourné vers la basilique ...

Référence : Le Journal de Saint-Denis,

Source: http://ldh-toulon.net

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Le pédagogue 03/10/2015 19:50

Le pédagogue :


Un peu partout, dans Paris et sa région des hommes, des femmes et des enfants marchent.
Pour soutenir la résistance des Indigènes contre le colonialisme français.
Des basanés.
D'habitude, ils passent inaperçus.
Ils quittent rarement leurs réserves et les lieux où ils triment.
Et les voilà subitement en masse.
Comment est-ce possible ?
Comment osent-ils devenir visibles ?
Ils marchent.
Des hommes, des femmes, des enfants.
Depuis combien de temps ?
Quelle distance ont-ils parcouru ?
Pour eux, le temps ne compte pas et ils ne mesurent pas l'espace.
Un immense souffle est en eux.
Le but est dans leur coeur et rien de ce qui est éphémère ne les atteint.
Ce qui doit être sera.
Ils s'approchent de la Seine au rythme de battements tels ceux du coeur de la mère que tout enfant béni garde en lui.
Une marche pleine d’espoir.
On aurait dit l'aurore de la vie.
Un peu partout, des rangs noirs formés par des forces dites de l'ordre.
Par moments, de lourds nuages voilent la clarté du jour.
Mais pour ces êtres qui marchent, le ciel est d'un magnifique éclat et la Seine est radieuse.
Mohammad sourit à sa mère qui lui caresse les cheveux, et serre fort la main de son père.
Les rangs noirs explosent, des véhicules ternes vrombissent.
L'arsenal du maintien de l'ordre se répand en un déversement de haine.
Les marcheurs sont encerclés.
Dans Paris et sa région, plus de douze mille arrestations.
Des camps de détention et de torture.
Des blessés.
Des tués.
Des corps d'hommes, de femmes et d'enfants jetés dans la Seine.
Des moyens dits d'information ont informé :
Des semeurs de désordre, terroristes musulmans, ont été mis hors d’état de nuire.
La liberté.
Taratata.
L’égalité.
Taratata.
La fraternité.
Taratata.
Le ciel infini est bleu.
La Seine coule.
Depuis des années, Mohammad, maintenant grand-père, y vient assez régulièrement.
Il s'arrête, fixe le fleuve et sourit à ses parents, jetés dans la Seine le 17 octobre 1961 (selon le calendrier dit grégorien).

axime 02/08/2015 16:14

Bravo à cette dame et à ce monsieur pour leur courage, leur amour de la vérité et leur abnégation.Il y a des gens qui vous réconcilient avec le genre humain contrairement à des Papon, Delanoë et autres politiques de tous poils.Ceux-la par contre sont à vomir.
Assassin, vindicatif et rancunier de surcroît. Pour les autres politiques qui ont participé ou ont collaboré passivement, connivence vaut complicité.