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Publié par Saoudi Abdelaziz

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La lettre de félicitation dithyrambique de Gaïd Salah à Amar Saadani, après son élection à la tête du FLN, est-elle un simple mélange de genres sans conséquence? S'inscrit-elle dans un scénario de succession? Est-elle le signe d'un retour au parti unique? Des chroniqueurs s'interrogent.

"Deux adjectifs viennent à l’esprit. Inédit. Irréel écrit  Yacine Babouche dans TSA-Algérie: Pour la première fois de l’histoire de l’Algérie indépendante, le chef d’état-major apporte son soutien public à un homme politique. Ce faisant, il apporte avec lui le soutien de toute la structure de l’omnipotente armée algérienne. En signant cette lettre, le vice-ministre et chef d’état-major ne rebat pas les cartes. Il les déchire et souffle dessus pour les éparpiller. Il brise toute éventuelle illusion qui pouvait encore laisser croire que les dés n’étaient pas pipés".

Le politologue journaliste Abed Charef observe sur son blog : "Gaïd Salah navigue dans un insupportable mélange des genres. Moudjahid, vice-ministre de la défense, chef d’état-major de l’armée, doyen des officiers en activité, il saute d’un statut à un autre, ajoutant de la confusion à une situation déjà complexe, alors que les institutions du pays partent en lambeaux, et que l’exercice du pouvoir devient particulièrement opaque (...). En affichant son soutien à Amar Saadani, Gaïd Salah annonce le soutien de l’armée à une faction du FLN contre une autre. C’est une démarche dangereuse, qui révèle une régression inquiétante dans la perception des affaires de l’Etat. A ce niveau de la responsabilité, on ne peut pas commettre des impairs de cette nature. En 2015, un pays qui aspire à sortir de la crise par le haut, en se dotant d’institutions fiables, ne peut supporter cette confusion entre chef d’état-major, vice-ministre de la défense et partisan de Amar Saadani."

Dans le Quotidien d'Oran Kharroubi Habib voit dans cette lettre la confirmation d'un "scénario": "Voilà qui doit mettre fin aux supputations ayant voulu accréditer que la prise de contrôle du FLN par Saadani aurait été opérée sans le consentement de l'institution militaire. Les félicitations que lui a adressées le vice-ministre de la Défense et chef d'état-major de l'ANP ne sont pas que personnelles. Elles engagent incontestablement l'institution qu'il dirige. Il n'y a que ceux qui cultivent encore l'illusion que Gaïd Salah n'exprime pas la position de l'armée pour persister à penser que celle-ci a une toute autre appréciation de l'intronisation de Amar Saadani à la tête de la principale formation politique du pays. La mainmise sur le FLN de Saadani et ses partisans n'est qu'un acte du scénario dont l'exécution va aboutir à une succession telle que voulue par Bouteflika et le camp présidentiel et auquel l'armée, sous contrôle de Gaïd Salah, a sans aucun doute accordé son blanc seing".

Dans sa chronique de Liberté, Mustapha Hammouche note "Le caractère de cette intervention de l’ANP dans le champ politique est inédit, parce qu’il n’est pas dans la tradition de l’armée de commenter les résultats des congrès des partis. Ce précédent fait du FLN “un parti pas comme les autres”, en ce sens qu’il entretient un rapport spécifique à l’institution militaire (...). Mais ajoute-t-il "Cette affiliation à peine dissimulée de l’institution militaire à l’ancien parti unique est d’autant plus étrange que l’exploitation du sigle FLN ne constitue point une garantie de position politique quand le destin de la nation est en appel (...) . Conclusion : "Le message de l’ANP est donc à décrypter pour ce qu’il est : un message politique motivé par la conjoncture politique".

Si Liberté met l'information dans les pages intérieures, réservant sa une aux péripéties du bac, le quotidien El Watan lui consacre sa une qui affiche spéctaculairement : "Il bafoue le principe de neutralité de l’armée: Grave dérive de Gaïd Salah". Hacen Ouali écrit : "Cette prise de position aussi surprenante qu’inquiétante provoquera, sans nul doute, une division périlleuse dans la société autour d’une armée nationale qui n’a pas vocation à être au service d’un parti et encore moins d’un clan". Le commentauer met en garde contre "le risque de créer un schisme au sein des forces armées" en s'interrogeant : "Comment Ahmed Gaïd Salah a-t-il osé ce glissement dangereux, lui qui a, encore récemment, rappelé «l’engagement de l’Armée nationale populaire à se maintenir à l’écart de toute sensibilité ou calcul politique» et son «devoir de tenir l’ANP loin des questions qui ne la regardent pas» ?

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