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Publié par Saoudi Abdelaziz

Zoreli Mohamed-Amokrane enseignant-chercheur à l'université de Bejaïa. Photo DR

Zoreli Mohamed-Amokrane enseignant-chercheur à l'université de Bejaïa. Photo DR

"Critique des critiques de notre sociologie politique"est le titre de la contribution -d'une fraicheur rare- parue hier dans El Watan sous la signature de Zoreli Mohamed-Amokrane enseignant-chercheur de l'université de Bejaïa.

EXTRAITS

(...) Les idées préétablies prises pour des vérités partout établies

La troisième faille se rapporte à l’option de notre élite, par la recherche de facilités, pour la démarche consistant à expliquer le contexte local par le moyen des idées préétablies.

Dans l’analyse du docteur Boudaren Mahmoud sur le phénomène de gangs dans la société algérienne, à titre illustratif, l’analyste avance des idées préconçues expliquant d’autres contextes, les Etats-Unis et l’Europe, marqués par ce même phénomène. En résumé, d’après cet analyste, en Algérie «les gangs se livrent la guerre pour contrôler des territoires» et ces gangs sont là parce que, les conditions sociales aidant, «l’ordre républicain a reculé face à l’exercice de la violence... (dans un pays où) en réalité le pouvoir a peur de son peuple».

Si les conditions sociales et d’urbanisation devaient suffire pour que la violence sociale se manifeste, on aurait une situation de violence généralisée parce que partout dans le pays l’aménagement et l’urbanisation entretiennent un climat de tension permanent. Et si le pouvoir avait peur de son peuple et l’ordre républicain avait reculé, on aurait pu voir les initiatives de contestation pacifique de la part des chômeurs, par exemple, aboutir.

En vérité, le pouvoir ne peut pas avoir peur de l’inorganisé et du non-pensé, bien au contraire, les révoltes qui ne peuvent, pour paraphraser Hugo, que mal conclure, ne peuvent que le renforcer.

Si nous voyons de nouvelles formes de violences apparaître facilement dans la société, et de l’autre côté nous voyons l’Etat résister fermement aux actions de contestations légitimes et pacifiques, c’est que, c’est une nouvelle hypothèse, dans ce premier cas l’Etat délègue une partie de son droit de pratiquer la violence illégitime à des groupuscules formés pour et par les crimes. L’utilité de cette stratégie est d’effrayer encore plus le peuple toujours malmené pour qu’il se mette à demander plus d’Etat malgré les injustices de l’Etat.

Le paternalisme plutôt que le relativisme

La plus substantielle des synthèses données récemment, par le moyen de la presse écrite, par l’élite algérienne nous vient de Rachid Tlemçani, savoir qu’en Algérie il y a actuellement des «jeunes sans jeunesse». Cependant, la cause n’est pas, comme l’auteur le soutient, que l’Etat fait de la manipulation et de la répression, elle est que la vieille élite adopte une attitude paternaliste.

En effet, l’élite, c’est universel, est la grandeur. C’est universel aussi parce que, pour paraphraser Jean d’Ormesson, la grandeur naît, grandit et vieillit. Dans le contexte algérien, la vieille élite essaye toujours et vainement de se rajeunir pour se montrer jeune, et la jeune élite ne veut pas grandir de peur de la grandeur.

Le cas du domaine intellectuel est plus ravageur, comme nous le montrent bien Bachelard et Jean
Genet : le deuxième dit qu’on n’est scientifiquement bon que dans la mesure où on se considère dépassable et, par conséquent, on forme une relève pour laquelle on cède la place volontiers.

Le premier, quant à lui, avertit utilement que les intellectuels à un certain âge, comme les antiquaires, finissent par ne faire que s’attacher à l’acquis, les vieilles idées, qui, bien sûr, justifient l’ordre établi et le statu quo, alors que les nouvelles idées, les nouvelles dynamiques et les nouvelles organisations nécessitent «la jeune méthode, la méthode des jeunes».

Texte intégral : El Watan.com

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