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Publié par Saoudi Abdelaziz

Silo à grain à Rouen, premier port céréalier européen. Photo DR

Silo à grain à Rouen, premier port céréalier européen. Photo DR

C'est en Afrique du Nord, du Maroc à l’Egypte, que l'on consomme le plus de pain par habitant, environ 200 kg par an. C’est deux fois la moyenne européenne et trois fois celle enregistrée au niveau mondial ! 

« La demande en blé ne cesse de s’accroître avec l’augmentation de la population, dépassant de très loin les capacités productives ». C'est le titre de l'interview de Sébastien Abis, auteur du livre « Géopolitique du blé, un produit vital pour la sécurité mondiale ». Interview paru dans La Presse de Tunisie.

EXTRAITS

(...) Comme tous les produits essentiels à la sécurité alimentaire, il existe des enjeux stratégiques lourds avec ces céréales, mais dont la teneur évolue selon les espaces géographiques. Si l’accent est mis sur le riz, nous nous déplacerons vers l’Asie. Avec le blé, le centre de gravité géopolitique est situé dans le bassin méditerranéen (...). 

Outre le fait que le blé y est cultivé au départ à l’est de la région, dans le croissant fertile il y a environ 10.000 ans, qu’il s’agit d’un produit clef pour les populations et les pouvoirs depuis l’Antiquité. Le blé c’est aussi désormais le baromètre de la vulnérabilité alimentaire en Méditerranée. Vulnérabilité car la demande ne cesse de s’accroître avec l’augmentation de la population, dépassant de très loin désormais les capacités productives, surtout dans un contexte méditerranéen caractérisé par la rareté de l’eau et de la terre, et des effets de plus en plus marqués avec les changements climatiques. Donc la production est largement en deçà de la demande, à l’exception de la France, seul pays du pourtour méditerranéen qui dégage des surplus et peut donc exporter une partie du blé qu’elle produit, contribuant ainsi aux équilibres alimentaires en Afrique du Nord".

Un chiffre résume peut-être à lui seul pourquoi il est légitime de parler d’hyperdépendance en blé à propos de la région Afrique du Nord et Moyen-Orient : pesant pour 6% de la population mondiale, elle capte chaque année, depuis la décennie 1990, environ 35% des importations mondiales de blé ! Actuellement, 100 Mt de blé environ sont consommées dans la région ANMO, soit 20 Mt de plus qu’il y a dix ans. Les importations de blé de la région dépassent désormais 55 Mt. L’Egypte, avec 10 Mt, l’Algérie avec 7 Mt, l’Iran avec 6 Mt, l’Irak, le Maroc et la Turquie avec 4 Mt, l’Arabie Saoudite et le Yémen avec 3 Mt, Israël, la Libye et la Syrie avec 2 Mt font partie du classement des 20 premiers importateurs mondiaux de blé. Il n’est donc pas étonnant que tous les pays exportateurs de blé de la planète regardent en priorité la région Anmo parmi les différents débouchés (...) En Afrique du Nord et au Moyen-Orient, le blé y est donc central dans l’alimentation des populations, le premier produit agricole importé et celui sur lequel les subventions publiques se déversent massivement et ce à des fins sociopolitiques préventives, par-delà la volonté de rendre accessible cette denrée de base pour les couches les moins favorisées de la population. Il est significatif que les étincelles sociopolitiques nées au Sud et à l’Est de la Méditerranée ces dernières décennies soient souvent liées au prix du pain. La Tunisie connaît cela très bien".

C'est le même auteur Sébastien Abis qui signe sur le site de l'IRIS un article intitulé "Le blé, un produit stratégique pour la France et son influence dans le monde". Il écrit d'emblée:

" En 2014, l’exportation de céréales s’est élevée à 9,5 milliards d’euros, le blé étant la céréale phare de cette France agricole performante dans la mondialisation. Un hectare de blé sur cinq cultivé en France se retrouve consommé par les populations du Sud de la Méditerranée, qui captent deux-tiers des exportations françaises de blé en dehors de l’UE. Au lendemain de la Seconde guerre mondiale, la France avait besoin de l’étranger pour couvrir ses besoins en blé. Depuis le dernier tiers du XXe siècle, la France n’a pas de pétrole mais elle a du blé. Dans un contexte alimentaire en évolution rapide depuis le début du XXIe siècle, le blé constitue un atout majeur pour la compétitivité économique et l’influence stratégique de la France dans le monde".

La suite de l'article relève selon l'auteur de la "pure-fiction", mais qui au vu des chiffres plus haut prend "une tonalité géopolitiquement plus profonde".

EXTRAITS

"Alors que la production française s’est améliorée quantitativement, avec la barre des 40 Mt franchie pour la première fois en 2019, elle s’est aussi bonifiée en termes qualitatifs (...)

Comme au cours des deux précédentes campagnes. Les événements de 2018 et 2019 viennent pressuriser des marchés déjà particulièrement vulnérables. La facture à l’importation pour les Etats dépendants en blé explose. Certains n’ont pas les moyens de la régler. En Afrique du Nord, cela fait dix ans que les systèmes politiques sont bousculés par des aspirations sociales de plus en plus fortes. Le pain fait défaut dans de nombreux foyers en 2019. Il est si cher que son accès est difficile pour les populations vulnérables. Les subventions alimentaires en Egypte ont été réduites, tout comme au Maroc et en Tunisie, ce qui fait beaucoup hésiter l’Algérie à faire de même. Le renchérissement du pétrole lui offre un ballon d’oxygène sociopolitique à la différence de ses voisins. Mais l’Algérie achète en 2019 beaucoup de blé pour tenter d’éteindre les étincelles qui se multiplient dans une bande sahélo-saharienne en pleine ébullition (...).

La conclusion est un hymne à l'hégémonie mondiale permise par le blé français :

" Le 18 juin 2020, le Président de la République française termine son discours à la Concorde en rappelant que le blé fait non seulement partie de l’histoire profonde du pays mais qu’il est surtout un produit vital pour la sécurité mondiale. Il appelle les concitoyens à être fiers que la France soit dotée d’un tel atout, contribuant à l’alimentation de base de la population nationale et à l’équilibre des marchés internationaux où la croissance des besoins alimentaires s’affiche comme l’un des principaux moteurs. Le Président français conclut en regardant l’horizon de ces Champs Élysées recouverts de blé : il y voit au loin la défense des intérêts de la France et, au milieu, le triomphe de son modèle diplomatique. Rayonner avec ses atouts dans la mondialisation et savoir être une puissance juste dans son action : tel est le cap fixé pour le développement économique et la politique extérieure de la France".

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Djamal Amran 16/06/2015 19:36

Changer graduellement de modèle de consommation alimentaire de base (révolution socioculturelle par amélioration des revenus et du pouvoir d'achat) au profit de produits alternatifs végétaux et animaux d'origine nationale ou moins vecteurs de soumission à l'hégémonie étrangère, en diminuant la part des céréales que l'Algérie ne produirait pas en dépit de l'extension des surfaces cultivables (au sud et hautes plaines), ou de l'amélioration des rendements, extension de l'irrigué, rénovation des techniques, moyens mécaniques, surfaces moyennes des exploitations. Pour cela, remplacer le régime politique des compradores par un régime de vrais patriotes.