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Publié par Saoudi Abdelaziz

Les riches algériens préfèrent le lait en sachet. Photo DR

Les riches algériens préfèrent le lait en sachet. Photo DR

"Plus la part alimentaire dans le budget est élevée plus le ménage est pauvre et l’inverse est vrai". C'est ce qu'énonce la loi Ernest Engel du nom du célèbre statisticien allemand. En Algérie, cette loi n'est pas applicable selon El Watan qui nous apprend que pour le lait, l'huile et le sucre, " les ménages les plus riches en consomment deux fois plus que les ménages à faibles revenus". 

"Dans le domaine de la consommation alimentaire, l’Algérie est derrière les pays voisins ou comparable. Elle est loin d’être ce « tube digestif » dont se gaussaient parfois, à la légère, certains billettistes !" écrivait en 2009 le professeur Ahmed Bouyacoub dans une contribution intitulée "Le paradoxe de la consommation inégalitaire en Algérie", publiée le 28 septembre 2009 dans El Watan.

Il reprennait les conclusions d'un rapport de la FAO, un organisme de l'Onu. Pour le groupe " viandes rouges, blanches et poisson" considéré comme un indicateur de développement, nous étions derrière le Maroc, la Tunisie ou l'Egypte. Même place pour les légumes et les fruits.  Après avoir établi ces classements peu honorables, le professeur Bouyacoub ajoutait : "Dans cette série de groupes de consommation alimentaire, il y a lieu de signaler que l’Algérie ne se distingue que par la consommation du lait et dérivés avec 112 l/an, niveau plus élevé que celui des autres pays comme le Maroc (47,20), la Tunisie (100), l’Egypte (56) mais deux fois plus faible que le niveau européen (223). Mais il faut souligner quand même que, pour l’Algérie, le lait est encore un produit subventionné dont l’importation représente 91% de la consommation, alors qu’elle ne représente que 29% au Maroc, 11% en Tunisie et 19% en Egypte".

Les riches avalent deux fois plus de lait en sachet

C'était en 2009. Les choses auraient changé de manière significative depuis cette date? On se rappelle qu'au cours de la crise du lait de janvier 2014, le ministre du commerce Bendada avait effectué une enquête que Walid Aït Saïd commente dans le Quotidien l'Expression : "Le département de Benbada nous sort encore une fois son excuse habituelle en accusant le citoyen et sa consommation". Il cite les propos de Abdelhamid Boukahnoune, un directeur général du ministère : "Allez, vérifier les congélateurs des foyers, vous les trouverez pleins de sachets de lait. Ils en achètent plus que leur consommation et les congèlent!». Aït Abderrahmane, un autre DG du même ministère renchérit: «Oui, il y a un manque de culture de la consommation. On trouve des gens aisés qui achètent le lait en sachet de 25 dinars.»
Le quotidien El Watan reprend ce matin cette idée, mais va plus loin. Reprenant une mystérieuse "conclusion du ministère des finances"
Samira Imadalou écrit : "les ménages les plus riches sont ceux qui profitent des subventions du lait. Cette catégorie dépense deux fois plus que les ménages défavorisés en lait en sachet".

Cet excès de zèle est dans l'air du temps. Il est dans le sous-titre d'El Watan : "Le soutien aux produits alimentaires profite aux riches". Le journal élargit donc son constat à l'huile et au sucre : " Là aussi le ministère des finances a conclu que les ménages les plus riches en consomment deux fois plus que les ménages à faibles revenus".

Cette conclusion ministérielle semble contredire frontalement celle de Youcef Bazizi, le directeur technique chargé des statistiques sociales et des revenus à l’ONS, qui a supervisé une enquête publiée en novembre 2013. Il concluait : "Plus la part alimentaire dans le budget est élevée plus le ménage est pauvre et l’inverse est vrai"

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