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Publié par Saoudi Abdelaziz

John R. MacArthur, président et éditeur de «Harper’s Magazine». Photo DR

John R. MacArthur, président et éditeur de «Harper’s Magazine». Photo DR

"De quoi rire ou pleurer, la tragicomédie américaine outre-mer n’en est pas à sa fin".

Par John R. MacArthur, 4 mai 2015 

John R. MacArthur est éditeur de «Harper’s Magazine». Sa chronique revient le premier lundi de chaque mois. 

J’apprends avec surprise la formulation d’une nouvelle doctrine de politique étrangère par Barack Obama, jusqu’à présent connu davantage pour ses contradictions que pour sa cohérence. Cela a été annoncé avec pompe durant l’entretien exclusif accordé début avril par la Maison-Blanche à Thomas Friedman, grand chroniqueur au New York Times et fiable porte-parole du pouvoir à Washington.

D’après Friedman, paraphrasé par Le Monde, le président « revendique pour la première fois une “doctrine”, assise sur la conviction que, malgré le terrorisme et les attaques asymétriques, la domination des États-Unis reste telle qu’ils n’ont rien à perdre à tendre la main à leurs ennemis ». Obama, ainsi que Friedman, voudrait faire savoir que l’Amérique, « avec sa puissance écrasante », est libre de pratiquer une diplomatie normale. L’ouverture à Cuba et l’accord provisoire avec l’Iran seraient les premiers pas dans cette nouvelle direction.

Or, je ne suis pas convaincu qu’il s’agisse d’une doctrine. En 1823, la doctrine Monroe, par exemple, a claironné une interdiction à tout pouvoir européen d’intervenir dans l’hémisphère occidental au-delà de colonies déjà établies. À l’époque, le président Monroe avait précisé son raisonnement dans un discours détaillé prononcé devant le Congrès américain. Je ne perçois pas un tel effort chez Obama, qui a choisi Friedman comme interprète de sa « philosophie » au lieu de la rendre officielle sur papier.

Pas très original

Même si on veut croire que les phrases soigneusement choisies du président Obama signalent une nouvelle approche de l’Amérique envers le monde, il y a quelque chose là qui ne tourne pas rond. Faire de la diplomatie avec les ennemis ne me paraît pas très original. À quoi sert la diplomatie si cela ne vise pas des objectifs difficiles à atteindre avec des gens et des pays qui ne sont pas forcément d’accord avec vous ? N’avoir « rien à perdre » dans une négociation avec un vieil adversaire n’est pas un bon début pour une conversation qui cherche le compromis. Malgré mon approbation des initiatives iraniennes et cubaines, je trouve la doctrine Obama-Friedman essentiellement vide.

Cependant, pire que la banalisation du mot doctrine, il y a l’hypocrisie. Obama, c’est clair depuis longtemps, ne tient pas à des principes très fermes. En matière de droit international et de droits de l’homme, son refus d’insister sur la fermeture de Guantánamo en est peut-être le meilleur exemple ; son soutien au gouvernement militaire en Égypte en est un autre. Mais la révélation que des drones avaient tué deux otages tenus par al-Qaïda au Pakistan, dont un Américain et un Italien, n’a fait que souligner une stratégie qui ressemblerait plus à la vraie doctrine obamienne : la guerre perpétuelle par télécommande.

Il est vrai qu’Obama hésite plus que les Bush père et fils à utiliser des soldats. À part son « déferlement » cynique de 30 000 soldats en Afghanistan — tactique militairement stupide et inutile, car Obama avait en même temps, en décembre 2009, annoncé le retrait futur de ces mêmes troupes —, la tendance du président est d’éviter les « bottes sur le sol ». Mais la campagne d’assassinats par drones, avec des cibles parfois choisies par Obama lui-même, reste la signature de la politique étrangère de celui qui, lors de la campagne de 2008, avait promis sinon la rupture avec George Bush, au moins un grand changement.

Au fond, le meurtre par drones, même quand cela ne tue pas des innocents à côté de terroristes supposés, ne fait que rebondir sur l’Amérique. À propos de « rien à perdre », chaque fois qu’on élimine un commandant des talibans, de l’État islamique ou d’al-Qaïda, un fanatique plus jeune prend sa place. Comme l’a bien dit Sherard Cowper-Coles, ancien ambassadeur britannique en Afghanistan, « en tuant des commandants talibans avec qui on devrait parler, on ne fait que retarder la résolution du problème ».

Toutefois, l’agressivité d’Obama — qu’on pourrait appeler son anti-diplomatie — ne se limite pas aux attaques organisées au Nevada par les « pilotes » installés dans des fauteuils de bunkers bien protégés. La présence de GI et de marines en Afghanistan reste certaine jusqu’à la fin de 2016, en négation des constats précédents du président. Et les forces spéciales américaines sont de nouveau en guerre en Irak, en coalition tacite avec les Iraniens, alors que le Proche-Orient sombre dans le chaos, attisé par l’Arabie saoudite, alliée de l’Amérique et ennemie de l’Iran, qui n’arrête pas d’alimenter le terrorisme par des subventions directes et la construction d’écoles wahhabites.

De quoi rire ou pleurer, la tragicomédie américaine outre-mer n’en est pas à sa fin.

 

Source: Canada-Le devoir

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