Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Publié par Saoudi Abdelaziz

«Daech n'est pas barbare, il est moderne»

Si les exécutions commises par Daech relèvent d’une mise en scène «hollywoodienne», c’est parce que les terroristes "sont à la fois les enfants de la modernité et de Quentin Tarantino" . (Lire aussi "le spectacle" sur le site assawra)

Par Alain Jourdan, 28 mai 2015. La Tribune de Genève

S’il est de plus en plus utilisé pour exprimer le rejet qu’inspire l’Etat islamique (Daech), le terme «barbare» est trompeur. Il laisse entendre que les terroristes n’ont pas compris le fonctionnement du monde d’aujourd’hui. Telle est l’opinion de la quarantaine d’experts réunis mercredi à Genève dans le cadre d’un colloque organisé par le Centre de politique de sécurité (GCSP), l’Institut international de recherche pour la paix (GIPRI), le site prochetmoyen-orient.ch et l’Institut des cultures arabes et méditerranéennes.

«Il ne faut surtout pas considérer ces groupes comme agissant en dehors de notre réalité. Sinon nous faisons fausse route», défend Gabriel Galice, président du conseil de fondation du GIPRI. Le premier à ouvrir la voie à un recadrage sémantique. «Nous avons toujours tendance à analyser la violence qui nous est renvoyée comme un retour au Moyen Age, mais c’est un pendant de la mondialisation», explique à son tour Karim Bitar, directeur de recherche à l’IRIS.

Les images de violence renvoyées par médias interposés ne sont pas celles d’un autre temps. Ce sont celles du monde d’aujourd’hui. «Elles sont fondamentalement liées à la modernité», constate Mohammad-Mahmoud Ould Mohamedou, directeur adjoint du GCSP et professeur associé à l’Iheid. «Etudier le terrorisme impose un devoir de distance. La réflexion académique doit être clinique», rappelle-t-il.

Web 1.0 Al-Qaida, Web 2.0 avec Daech

Le Suisse Jean-Paul Rouiller, directeur du Geneva Center for Training and Analysis of Terrorism (GCTAT), est là pour en témoigner. Depuis plusieurs années, il étudie la façon dont les groupes islamistes recrutent et communiquent par le biais des réseaux sociaux. «Ces gens-là ne débarquent pas de nulle part. Ils ont acquis une maîtrise dans la communication opérationnelle», rappelle-t-il. «En quelques années, on est passé du terrorisme Web 1.0 avec Al-Qaida au terrorisme Web 2.0 avec Daech», résume François-Bernard Huyghe, consultant et également chercheur à l’IRIS. Si les exécutions commises par Daech relèvent d’une mise en scène «hollywoodienne», c’est parce que les terroristes «sont à la fois les enfants de la modernité et de Quentin Tarantino», poursuit Karim Bitar. Une modernité parfois pétrie de contradictions lorsque Daech, qui conteste l’Etat en Syrie et en Irak, s’emploie à créer son propre Etat-nation.

En avançant, la réflexion prend parfois un tour plus politique avec un constat sévère et sans appel concernant la guerre au terrorisme lancée par les Etats-Unis après le 11 septembre 2001. Mais pas question de s’enfermer dans des raisonnements qui excluraient des causes et facteurs multiples. Cette approche ouverte et pluridisciplinaire défendue par les chercheurs est assumée, même si elle donne lieu à des mises au point. «Aujourd’hui, on découvre que le terrorisme algérien est la matrice originelle de tout ce qui se passe au Proche et Moyen-Orient, mais quand l’Algérie a été confrontée au terrorisme dans les années 80, elle était bien seule», a ainsi rappelé l’avocat algérien Kamel Rezag-Bara. (TDG)

Source: la Tribune de Genève

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article