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Publié par Saoudi Abdelaziz

Par Mohamed Saadoune, 9 mai 2015

Mais qu'est-ce qui fait courir Louisa Hanoune? Même ceux qui préfèrent continuer à retenir la période héroïque des années 90 où elle était, avec Abdelhamid Mehri et Hocine Aït Ahmed notamment, dans une opposition franche au régime, se posent la question.

Aujourd'hui d'ailleurs, Louisa Hanoune et le PT n'évoquent pratiquement plus le contrat national signé à Rome en 1995 comme s'il s'agissait d'une erreur de jeunesse ou d'une hérésie commise dans un moment d'égarement.

En tout cas le discours d'aujourd'hui de Hanoune condamnerait sans le moindre doute cette réunion comme un encouragement à l'ingérence étrangère, exactement comme l'a fait le régime à cette époque.

On peut observer que la "ligne" a commencé à s'infléchir à la fin des années 90 avec un discours hyper-alarmiste sur un État-Nation menacé de l'extérieur. Une traduction mécanique, disent certains, du mot d'ordre de l'internationale lambertiste de défense les États-Nations contre la mondialisation capitaliste.

Cela aurait pu être d'ailleurs une opportunité d'élargir la réflexion politique et de poser également la question de la part "nationale" de cette menace contre l'État-Nation. Or, cela s'est traduit surtout par un soutien permanent à la présidence de Bouteflika même si on critique chemin faisant certains ministres.

La visibilité politique de Louisa Hanoune s'est perdue dans le bouteflikisme. Sa campagne actuelle n'est pas lisible non plus. Est-ce de la rancœur à l'égard d'un éventuel "lâchage" du clan présidentiel? Ou est-ce la confirmation d'un ralliement au "DRS Canal-Historique" comme le note un ancien du PAGS qui suit avec attention le semblant de vie politique algérienne?

Acharnement et oublis

Beaucoup de questions? Il reste que son acharnement actuel contre la ministre de la Culture, Nadia Labidi, commence, sans préjuger de la réalité des accusations qui sont portées contre elle -et qu'en théorie la justice officiellement saisie devrait démêler- a déjà un effet contraire à ce qu'elle souhaite.

Un courant de "sympathie" pour la ministre de la Culture commence à s'exprimer dans les réseaux -ou le PT parait singulièrement absent-, en raison même de cette agressivité avec laquelle Mme Hanoune vitrifie à chacune de ses sorties Nadia Labidi.

Cette "sympathie" ne découle pas d'une conviction que Mme Labidi est "clean" ou qu'elle aurait une gestion inattaquable. Elle exprime surtout cette réticence bien algérienne à l'égard de celui qui agresse les "petits".

La manière dont Hanoune massacre régulièrement Mme Labidi est perçue comme une Hogra -elle-même utilise cette formule méprisante de "petite oligarque" en parlant d'elle- car en matière "d'affaires", la dirigeante du parti des travailleurs avait des cibles potentielles autrement plus pesantes que Mme Labidi.

Mme Louisa Hanoune, observe-t-on, n'a jamais dit un traître mot de la décision prise en catimini, sans l'aval du conseil d'administration de la Cnas, par Abdelmadjid Sidi Saïd, secrétaire général de l'UGTA, de placer l'argent des travailleurs -et au sens propre du terme- dans la Khalifa Bank.

C'était d'ailleurs l'événement le plus retentissant du procès de la Khalifa Bank de 2007 avec ce fameux aveu suivi d'un "j'assume" qui n'a pas provoqué -comme on aurait pu le penser en situation normale- une quelconque information judiciaire.

Louisa Hanoune n'a pas non plus éprouvé de répulsion morale ou politique à faire cause commune avec Abdelmadjid Sidi Saïd et à défendre en quelque sorte le syndicat "unique". Bien sûr, il y a également les attaques contre l'homme d'affaires, Ali Haddad, président du FCE, et proche du cercle présidentiel.

La description qu'elle fait d'une oligarchie tentaculaire qui est en train de constituer un État parallèle, qui "privatise" la décision économique et qui est porteuse d'un "projet criminel d'assassinat de l'État algérien" est grave.

Les milliards du FCE sont-ils suffisants pour assassiner l'État?

Si une telle entreprise existe réellement et contre laquelle Mme Hanoune entend nous prémunir -on admet que les complots ça peut exister même si l'histoire n'est pas une succession de complots- alors il y a un problème de casting.

Ali Haddad et les hommes d'affaires du FCE constituent effectivement une force qui grandit et qui, un jour ou l'autre, aspire à faire de la politique et à peser politiquement. Ali Haddad qui ne cache pas sa proximité avec le frère de Bouteflika a gagné probablement de l'influence.

Mais tous les milliards réunis des chiffres d'affaires des patrons du FCE ne leur donnent pas cette capacité fantastique que leur prête Louisa Hanoune "d'assassiner l'État". Ils sont dans le meilleur des cas une "force d'appoint", ils n'ont pas, pour l'instant du moins, le pouvoir d'assassiner l'État.

Louisa Hanoune pense peut-être -on essaie toujours de chercher une "rationalité" à sa démarche- que Labidi et le FCE sont les maillons "faibles" de ce complot ourdi dans lequel elle a tendance, par glissement, à mettre aussi des contestations, indéniablement populaires, comme le mouvement anti-gaz de schiste de In Salah.

Le problème est que ces "maillons faibles" en question ont été aussi désignés par Abdelaziz Bouteflika qu'elle a constamment soutenu et présenté comme une sorte de digue contre la mondialisation et contre l'ultra-libéralisme.

Il y a certes de la redistribution -fortement accélérée d'ailleurs par le printemps arabe qu'elle voue aux gémonies "globalement et dans le détail"- mais c'est une redistribution inégalitaire. Ce qui est dans "l'ordre des choses", le régime n'ayant pas changé.

Les ressources pétrolières ont permis une redistribution populiste -qui n'a rien à voir, il faut le rappeler, avec le respect du droit des classes populaires à investir le champ politique- qui risque de ne pas être durable.

Louisa Hanoune est-elle en train de revenir de son soutien à Bouteflika qui est resté indéfectible y compris pour son "droit" à un quatrième malgré son état de santé?

Parler politique au lieu de complot ourdi

Ce n'est pas certain. Elle continue à marteler qu'il y a des bons ministres qui seraient des ultra-patriotes propres et des mauvais ministres qui seraient des ripoux et inscrits dans des agendas susceptibles de les mener devant les tribunaux pour haute trahison puisqu'il est question "d'assassinat" de l'État algérien.

Il est évident que la situation du pays n'est pas bonne, qu'il y a un sérieux problème de gouvernance et que les institutions sont vides ce qui renforce le caractère informel du pouvoir et de la prise de décision. La situation est d'autant plus délicate que l'Algérie se trouve dans un espace géopolitique et culturel fortement déstabilisé et probablement promis à de fortes turbulences.

Ce constat le FFS comme Mouloud Hamrouche l'ont fait en veillant à ne pas entrer, volontairement ou non, dans le jeu des clans qui a empêché l'État Algérien de se cristalliser réellement et de s'accomplir dans un État de droit et dans la démocratie.

Poser les questions en termes politiques est plus sérieux que de hurler au complot. Selon El-Khabar, Mme Hanoune a déclaré hier qu'elle "bénéficiait du soutien et de la sympathie de responsables au sein de l'État et dans de nombreux secteurs dans la lutte qu'elle mène contre les symboles de la corruption dans le pays et dans l'État".

Qui sont donc ces "responsables" qui ont vent d'un complot ourdi aussi grave qu'un projet de liquidation de l'État mais qui ne font rien et se contentent d'exprimer, dans l'ombre, leur soutien à Hanoune?

Source: Huffpost-Algérie

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