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Publié par Saoudi Abdelaziz

Le livre d'Alain Ruscio sort en librairie, aujourd'hui

Bonnes feuilles

"Nostalgérie... Belle trouvaille que ce néologisme, subtile association d’un nom propre, cher au cœur de beaucoup, et d’un nom commun teinté de mélancolie. Expression née au terme de la guerre de 1954-1962, puis de l’exil des Européens ? Non pas. Contrairement à ce qui est souvent écrit, l’usage du mot est attesté dès le xixe siècle. Il a même droit au début du suivant à de belles formules : « Ceux qui ont vécu sous notre ciel d’Algérie sont à jamais captivés, il suffit de connaître ce pays pour l’aimer [3]. » On trouve également le mot sous la plume du poète Marcel Faivre (nom de plume : Marcello Fabri, 1889-1945), natif de Miliana, dans un poème intitulé précisément « Nostalgérie » : « Alger, je t’ai rêvée ainsi qu’une amoureuse/Toi parfumée, et soleilleuse, et pimentée/Tu es plus belle encore d’être aussi loin/La pluie d’ici, la pluie habille comme une magie/Le gris du ciel, avec tout l’or de ton soleil [4]. »

Lorsque l’Algérie était française, ces sentiments étaient parcellaires, individuels et temporaires. Colons et « Européens » pouvaient, lors d’un séjour en métropole, avoir le mal du pays, mais il leur suffisait de prendre le bateau pour y retourner... Avec l’indépendance de l’Algérie, ce sentiment va se teinter d’une immense amertume, car une certaine Algérie, celle de la période coloniale, allait apparaître pour eux comme irrémédiablement perdue. On a bien le droit d’avoir « quitté son pays, quitté sa maison, quitté sa mer bleue », d’avoir « une triste vie [qui] se traîne sans raison » (comme le chante Enrico Macias dans Adieu mon pays en 1962). Et d’en rester marqué à vie. La nostalgérie est une maladie qui ne guérit jamais tout à fait. En octobre 2014, la simple entrée de ce mot sur un moteur de recherche sur Internet aboutissait à 18 500 réponses. Et il existait alors quarante-six associations de pieds-noirs rapatriés, certaines « généralistes », d’autres liées aux régions d’origine (Oranais, Algérois, Constantinois, etc.).

Oui mais... Ce sentiment compréhensible a souvent servi pour les « anciens d’Algérie » et leurs enfants de paravent commode pour oublier ou minimiser la discrimination d’essence raciste vis-à-vis des « indigènes » qui était au fondement de l’Algérie colonisée, durant cent trente-deux ans, par la France. Ce qui a contribué ensuite en France à la captation durable par une minorité extrémiste de la « nostalgérie », victime du coup d’une détestable utilisation manipulatrice. « Les tenants de l’Algérie française et tous ceux qui sont arrivés [en France en 1962] dans les bagages de l’OAS ne sont pas propriétaires de la nostalgie », a écrit à juste titre l’humoriste Guy Bedos, né à Alger en 1934 et « exilé » en France en 1949 [5]. Certes. Mais le fait est que, depuis plus d’un demi-siècle, cette mouvance reste extrêmement active sur ce terrain. Les anciens de l’OAS ne sont pas propriétaires de la nostalgérie ? Ils font pourtant comme s’ils l’étaient (et leurs héritiers à leur suite). C’est pourquoi il a paru nécessaire de rappeler ce que furent et ce que firent ces individus, ce que fut et ce que fit l’Organisation armée secrète, matrice de cette réécriture de l’histoire.

Alain Ruscio

 [3] « Nostalgérie », L’Oued Sahel, Bougie, 10 août 1902.

[4] Marcello Fabri, « Nostalgérie », in Les Chers Esclavages, La Cité nouvelle, Paris 1938, cité par Pierre Grenaud, La Lttérature au soleil du Maghreb. De l’Antiquité à nos jours, L’Harmattan, Paris, 1993.

[5] Guy Bedos, Mémoires d’outre-mère,Stock, Paris 2005.

Source: http://ldh-toulon.net

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