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Publié par Saoudi Abdelaziz

Les relations économiques Grèce-Russie vues par le journal grec Kathimerini)

Les relations économiques Grèce-Russie vues par le journal grec Kathimerini)

"La visite de Tsipras à Moscou constitue un tournant par rapport à la diplomatie grecque de ces dernières années", écrit Amélie Poinssot dans son analyse parue hier dans Mediapart. 

Tsipras à Moscou: les raisons d'un rapprochement

EXTRAITS

(...) Depuis son arrivée au pouvoir en effet, Syriza a sensiblement réorienté la diplomatie grecque, façon de dire à ses partenaires européens que les alternatives existent si ceux-ci refusent toute renégociation de la crise grecque et s'arcboutent sur la poursuite de l'austérité. Dès sa prise de fonctions, le 27 janvier, le gouvernement Tsipras a ainsi fait entendre sa voix : pour son premier geste diplomatique, le tout nouveau premier ministre a rencontré l'ambassadeur de Russie à Athènes. À la suite de quoi le nouveau ministre des affaires étrangères Nikos Kotzias a décrété qu'il ne validerait pas la décision européenne d'élargir les sanctions à de nouvelles personnes et entités russes, dont le vote était prévu à Bruxelles deux jours plus tard. Il a finalement signé le texte européen, mais depuis maintient son cap : il s'opposera désormais à toute nouvelle mesure visant la Russie.

Lors de sa venue à Paris le 20 février, Nikos Kotzias l'avait expliqué à Mediapart : « En cas de vote sur de nouvelles sanctions, nous voterons contre », avait-il affirmé. « S'il s'agit de sanctions pour briser l'autre, nous ne sommes pas d'accord. L'architecture de sécurité européenne doit intégrer la Russie. On doit s'asseoir ensemble à la table des négociations. La Grèce a l'expérience des sanctions, nous savons que ce n'est pas productif, nous l'avons vu lorsque nous avons pris des sanctions à l'égard de la république de Macédoine, cela ne nous a apporté que du commerce illégal ! L'enrichissement de quelques-uns au détriment des autres ! »

(...) Pro-russe ou pas, de fait, le gouvernement Tsipras a très vite joué parallèlement sur les deux tableaux : Bruxelles et Moscou se sont immédiatement imposés comme les deux destinations privilégiées du nouvel exécutif. En deux mois et demi, plusieurs conseillers, des députés, et deux ministres (affaires étrangères, énergie et environnement) se sont rendus dans la capitale russe. Finalement, c'est le premier ministre lui-même qui s'y rend pour une visite de deux jours pleins, sur l'invitation du président russe Poutine.

On est donc loin d'une visite éclair pour une poignée de main symbolique… Car les dossiers qui unissent les deux pays sont nombreux. Questions commerciales, coopération économique, politique d'investissements, politique énergétique, coopération universitaire et culturelle et préparation de l'année « Grèce-Russie » prévue pour 2016 seront au menu des discussions, de même que la question des relations UE-Russie

Des intérêts convergents autour du gaz

Dans l'entourage de Tsipras, on se défend toutefois de vouloir adresser une provocation à destination des partenaires européens dans le contexte des négociations en cours sur la dette grecque, alors que l'annexion de la Crimée par la Russie et la guerre dans l'Est ukrainien ont révélé la difficulté de l'Union européenne à parler d'une seule et même voix. « Il s'agit de rétablir des relations diplomatiques qui étaient gelées », nous précise-t-on au palais Maximou – la résidence, à Athènes, du premier ministre. « Tsipras a une position claire vis-à-vis de la Russie : l'isolement de la Russie n'est pas une situation viable pour la paix en Europe et la sécurité de la région. Il faut établir un pont avec la Russie. »

(...) D'autres sujets seront abordés dans les coulisses de cette visite, non moins cruciaux pour la péninsule hellénique. Car financièrement, Athènes n'est toujours pas sortie d'affaire. Elle fait face à de nouvelles échéances de remboursement dès la mi-avril, sans compter les milliards d'euros qu'elle devra rembourser à partir de cet été… Le gouvernement Syriza ira-t-il jusqu'à demander l'aide de Moscou ? Dans un article publié ce mardi 7 avril, le quotidien russe Kommersant affirme que la question d'un prêt russe à Athènes sera discutée pendant cette visite. Officiellement cependant, il n'en est pas question. L'entourage de Tsipras précise en revanche à Mediapart qu'il discutera avec Vladimir Poutine de la levée de l'embargo russe sur les produits grecs : « Même s'il paraît difficile d'imaginer que la Russie lève l'embargo pour un seul pays, nous allons essayer. »

En réponse aux sanctions européennes face à la crise ukrainienne, Moscou a en effet imposé, depuis juillet, un embargo sur les produits agroalimentaires en provenance de l'Union européenne. Pour la Grèce, cela représente une part non négligeable de ses exportations agricoles, et l'effet de l'embargo s'est fait sentir, dans le contexte d'une économie déjà bien mal en point.

D'après des données publiées par les pages économiques du journal grec Kathimerini ce week-end, les exportations grecques vers la Russie sont déjà passées de 406,03 millions d'euros en 2013 à 356,89 millions d'euros en 2014, soit une baisse de plus de 12 %. Les exportations de fruits grecs vers la Russie, produits les plus exposés à l'embargo, pesaient encore quelque 74 millions d'euros en 2014, pêches et fraises étant les plus exportées. Pour la Russie, lever l'embargo lui permettrait de s'assurer du soutien de la Grèce lorsqu'en juin se posera à nouveau à Bruxelles la question des sanctions visant la Russie, les mesures actuelles arrivant à échéance à la fin du mois de juin.

De fait, les deux économies sont liées et les échanges ont été affectés par l'embargo et la baisse du rouble : la Russie exportait 6,6 milliards d'euros vers la Grèce en 2013, mais seulement 4,8 milliards en 2014. Les deux pays ont des intérêts convergents autour du gaz : la Grèce importe 57 % de son gaz en provenance de Russie (le reste de sa consommation étant importée principalement d'Azerbaïdjan et d'Algérie)… Mais elle paie actuellement l'un des tarifs les plus élevés sur le marché européen. Elle va donc chercher à alléger la facture, un geste qui aura certainement un bon écho auprès de la population grecque, asphyxiée après cinq années de récession et d'austérité.

La Russie, de son côté, souhaite avancer sur un projet encore balbutiant : celui d'un nouveau gazoduc via la Turquie avec un terminal à la frontière gréco-turque, le Turk Stream, qui permettrait d'éviter l'Ukraine par le sud pour fournir les marchés européens. Ce nouveau projet, qui fait suite à l'échec du Southstream via la Bulgarie, ne peut se faire qu'avec le soutien des Grecs.

La visite de Tsipras à Moscou constitue un tournant par rapport à la diplomatie grecque de ces dernières années. Les précédents gouvernements s'étaient concentrés sur les besoins financiers du pays et les politiques d'austérité, délaissant le champ diplomatique. « Ce gouvernement dit au contraire : certes, on est face à des urgences financières, mais il nous faut aussi une politique étrangère active ; certes, l'Otan et l'UE sont des partenaires importants, mais nous allons aussi développer des liens avec la Russie, la Chine, et pourquoi pas le Brésil. En clair, ce gouvernement veut prendre l'initiative, c'est cela qui le distingue de ses prédécesseurs », fait valoir Thanos Dokos, joint par Mediapart.

Cette volonté de rapprochement avec Moscou ne vient pas de nulle part. La Grèce, pays orthodoxe, a des liens historiques et culturels forts avec la Russie, le parti communiste grec fut longtemps affilié à Moscou et l'antiaméricanisme est par ailleurs très développé, à gauche comme à droite de l'échiquier politique grec. La volonté de Syriza de nouer des liens à l'est de l'Union européenne n'a donc rien de choquant pour une bonne partie de l'opinion.

Sur la question de l'Ukraine en particulier, où vit une importante diaspora grecque, Athènes veut être partie prenante des discussions. À Marioupol, à quelques kilomètres de la ligne de front entre armée ukrainienne et troupes séparatistes, vivent ainsi quelque 100 000 personnes aux origines grecques… Au sujet de l'affrontement Russie/Ukraine, le gouvernement Tsipras reste par ailleurs fidèle aux positions de Syriza quand il n'était encore que parti d'opposition. C'est la même ligne que celle du PGE, le Parti de la gauche européenne qui, depuis le début de la guerre en Ukraine, s'est montré très critique à l'égard de la réaction européenne, indulgent vis-à-vis de Moscou, et opposé aux sanctions visant la Russie.

Tsipras fera en outre partie des rares dirigeants européens à figurer aux côtés de Poutine pour le 70e anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale à Moscou, le 9 mai prochain, Angela Merkel ayant pour sa part déjà annoncé qu'elle ne participerait pas aux commémorations russes.

Source: Mediapart.fr

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