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Publié par Saoudi Abdelaziz

En ce moment à Athènes, on représente Médée. Photo Greekcrisis. Avril 2015

En ce moment à Athènes, on représente Médée. Photo Greekcrisis. Avril 2015

Extrait de la chronique de Panagiotis Grigoriou du 3 mars intitulée "Insolite dystopie"

 

(...) Dans la vie effective, on n’entend plus tellement l’éclat de la dernière visite d’Aléxis Tsípras, à Berlin par exemple et on entend à peine, le bruit naissant de sa prochaine visite à Moscou, le 8 et 9 avril. Nombreux sont ceux qui ont éteint leurs téléviseurs, et tout le monde s’attend à la stabilisation... par l’affaissement, ou à la faillite enfin... pour la semaine prochaine... sans trop y croire.

Dans le quartier de Metaxourgeío, mes amis mécanos et artisanats qui portent souvent des sobriquets, attendent la dissipation de la fumée. Le “Géant”, meilleur soudeur du quartier comprend alors l’essentiel: C'est la mondialisation qui nous a mis sous l'eau. La CEE et l'UE, pour le dire autrement. Il fut un temps, l'argent circulait. Rien que l'aciérie et surtout les navires des armateurs donnaient alors du travail à tout le monde ici.

Plus de quatre-vingt métiers différents intervenaient dans un navire. De ce quartier et jusqu’à Éleusis nous travaillons très souvent pour le compte des chantiers. Parfois même, nous recevions des ouvriers et des techniciens venus de Thessalonique car le travail ne manquait pas. Et nous étions si bien payés en drachmes. On pouvait fumer jusqu’à deux paquets par jour, boire deux cafés et quatre bières. Si un ouvrier actuel, un miraculeux qui ne se retrouve pas au chômage, essaye de faire tout cela en une journée, en bien, toute sa paye du mois y passera, voilà la triste vérité de l’euro et de la mise à mort des chantiers, depuis que les armateurs font effectuer presque toutes les réparations et constructions de navires en Asie”.

C’est ainsi que notre pays n’est plus ce jardin d’acclimatation, favorable au travail et aux techniciens divers et si variés. L’hiver européiste et européen sont certainement passés par là, et voilà que le reptile “égaré” depuis l’été dernier dans les profondeurs d’un lac en Crète, vient d’âtre découvert inanimé ; “l'hiver européen l'a tué” ont alors affirmé les spécialistes, tout le monde a aussitôt compris l’essentiel et depuis, l’île pleure son crocodile

Place de la Constitution toujours, devant les lycéens d’un établissement de l’île de Naxos, le député SYRIZA Nikos Maniós originaire de Naxos également et détenu politique de l’île de Gyáros durant la dictature des Colonels, expliquait le fonctionnement de la vie du Parlement. Le Printemps s’y prête, le soleil ne manque pas, sauf que les lois du pays ne sont pas (pour l’instant ?), libérées de l’emprise de la Troïka.

En faisant l’appel de leurs élèves avant le départ, les enseignants ont ainsi pu établir un premier bilan de cette visite scolaire. Le Parlement, l’Acropole, le Musée, les élus... la Démocratie. Personne n’a évoqué cet autre bilan de la... Démocratie hémorragique, à quelques mètres de là seulement, se trouve l’arbre sous lequel Dimitri Christoúlas, retraité pharmacien et engagé politiquement (SYRIZA), s’est suicidé il y a exactement trois ans, laissant derrière lui un message politique écrit, pour dénoncer cette nouvelle Occupation de la Grèce.

En attendant mieux, espérons que Romaric Godin a raison lorsqu’il écrit dans un excellent papier paru dans “La Tribune”, que “la Grèce préparerait désormais la rupture. Jeudi 2 avril, Reuters a publié une information officiellement démentie (évidemment) par Athènes comme quoi, lors de la réunion de travail de l'Eurogroupe (Euro working group) du 1er avril, le représentant grec aurait informé ses ‘partenaires’ que, faute d'un accord, la Grèce ne paierait pas le FMI le 9 avril. Ce vendredi 3 avril, un article du Daily Telegraph, signé Ambrose Evans-Pritchard, généralement bien informé, affirme, de sources grecques, que le gouvernement hellénique prépare concrètement la rupture, en envisageant de prendre le contrôle des banques et d'émettre des ‘lettres de créances’ gouvernementales ayant valeur monétaire. Ce serait évidemment une première étape vers une sortie de la zone euro”.

Avec cette stratégie de temporisation, Alexis Tsípras donnait l'impression aux Européens qu'ils se renforçaient, alors qu'en réalité, ils s'affaiblissaient. Plus le temps passait, plus les Grecs s'exaspéraient de l'attitude européenne, et plus Alexis Tsípras devenait populaire par sa capacité à ne pas céder. Les exigences de la nouvelle troïka ressemblaient de plus en plus à celle de l'ancienne. De plus en plus, les négociations ressemblaient à une nouvelle façon de vouloir ‘humilier’ les Grecs. Et progressivement, le mot "rupture" (rixi, ρήξη) est devenu de plus en plus dans l'air du temps en Grèce. Le 25 mars, jour de la fête nationale, il a été prononcé par le ministre des Finances Yanis Varoufákis, en réponse à un message de soutien envoyé de la foule: "il faudra nous soutenir après la rupture", a-t-il répondu.

La Grèce, reste toujours accrochée aux mêmes amarres, sauf que notre printemps impose enfin ses couleurs à notre dystopie insolite. Le mot "rupture" est certainement dans l'air du temps en Grèce, il n’y qu’à observer nos animaux adespotes (sans maître), ils... miaulent leurs ruptures et autant leurs unions sur les arbres de la ville en ce moment.

Le Parlement, l'Eurogroupe, l’Acropole, le Musée, les élus, la Démocratie et les chats, toute une vie politique entre despotisme et son contraire. Quel progrès ?

Source : Greekcrisis

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