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Publié par Saoudi Abdelaziz

MEMOIRE. 27 février 2012: Youcef Yousfi refuse le débat sur le gaz de schiste

“ceux qui veulent discuter n’ont qu’à discuter !” avait lancé avec mépris le ministre de l'Energie, il y a cinq ans, jour pour jour, à Oran, devant le gratin des multinationales pétrolières. Le lendemain, D. Loukil rapportait dans Liberté ce refus de débat, tandis que dans le Quotidien d'Oran, Idir Ahatim expliquait que le pouvoir avait déjà tranchée:  "L'Algérie a déjà arbitré contre l'eau pour le gaz de schiste". 

Appréhensions face à un débat public demandé

Par D. Loukil, 28 février 2012. Liberté-Algérie

 Le ministre de l’Énergie et des Mines, Youcef Yousfi, a éludé la question autour de la nécessité de mener, en Algérie, un large débat public autour de la question du développement et de l’exploitation du gaz non conventionnel, gaz de schiste (Shale Gas), alors qu’il venait assister à l’ouverture des travaux des workshops sur ce thème. En effet, ce débat voulu par nombre de participants et d’associations écologiques poserait la question cruciale du risque environnemental que fait peser la technologie d’extraction du gaz de schiste, à savoir l’utilisation de la fracturation hydraulique pour faire exploser la roche et libérer ainsi le gaz prisonnier des particules. Or, ces fracturations hydrauliques, nécessitant de grandes quantités d’eau, ne peuvent se faire qu’avec l’injection de produits chimiques, d’où l’inquiétude et les remises en cause du développement du gaz de schiste dans nombre de pays occidentaux, y compris au Canada et aux États-Unis, pays précurseurs. La mobilisation des opinions publiques ayant même abouti à des décisions politiques de moratoire, nous dit-on sur place (...).

Pour le ministre de l’Énergie, interrogé sur la nécessité de “convaincre les sceptiques” quant aux risques environnementaux qui se poseraient dans le sud du pays, étant donné que c’est là où se trouveraient les gisements les plus importants, celui-ci estimera que “nous ne sommes pas au stade de convaincre les sceptiques, nous sommes au stade d’évaluation de notre potentiel et de voir les pilotes pour savoir s’il est possible de les exploiter ou non”, ajoutant plus loin. “Il s’avère que l’Algérie a un potentiel considérable en matière d’hydrocarbures non conventionnels. Nous allons sous peu construire des pilotes pour voir les conditions à réunir pour l’exploitation et nous mènerons les études d’évaluation.”

Plus loin, le ministre aura encore cette phrase par rapport au débat que le thème suscite en lâchant : “ceux qui veulent discuter n’ont qu’à discuter !” Durant les conférences, le potentiel de réserves de gaz de schiste en Algérie à partir de données géologiques fournies en 2010 par Sonatrach fait état de 4 000 TCF (140 milliards de m3 équivalent). Source: Algérieinfos-saoudi

 

Comment l'Algérie a déjà arbitré contre l'eau pour le gaz de schiste

Par Idir Ahatim,  28 février 2012

Une réunion est prévue à Oran pour prospecter le système fiscal rattaché à la future exploitation du gaz de schiste dans le pays. Le ministère algérien de l'Energie poursuit donc l'évaluation du «potentiel considérable en gaz de schiste» du grand Sud. L'italienne ENI est déjà sur un périmètre pour engager une aventure qui lui est interdite dans tous les pays d'Europe où le principe de précaution est respecté. L'Algérie veut passer outre. Explications.

En France, trois permis accordés pour l'exploration de gaz de schiste ont été abrogés, confirmant ainsi l'interdiction de la très polluante technique de fracturation hydraulique. Cette décision concerne les deux permis de l'Entreprise américaine Schuepbach, en Ardèche et dans l'Aveyron, et celui de Total à Montélimar, a précisé la ministre de l'Ecologie, Nathalie Kosciusko-Morizet. Face à une levée de boucliers contre l'exploration des gaz de schiste en France, le gouvernement a interdit l'usage de la technique de la fracturation hydraulique, jugée hautement polluante. Les permis sont automatiquement invalidés en cas de demande d'utilisation de cette technique. Or, la fracturation hydraulique est considérée comme la seule technique disponible pour extraire les hydrocarbures piégés dans d'étroites fissures de schiste.


Les dessous d'une technique «non conventionnelle»

Le New York Times a consacré de gros moyens au déchiffrage des quelque 30.000 pages de documents confidentiels provenant de l'agence américaine de protection de l'environnement, l'EPA, et de différentes sources internes à l'industrie qu'il s'est procurés.

La version on-line du quotidien New York Times publie également une carte qui recense la radioactivité présente dans 149 des quelque 200 puits installés dans l'Etat de Pennsylvanie et recense 42 puits dont l'eau rejetée dépasse la norme autorisée pour l'eau potable en radium, 4 dans le cas de l'uranium, 41 dans celui du benzène, 128 les dépassent pour le «gross alpha», des radiations causées par les émissions d'uranium et de radium.

Le quotidien américain a également réalisé un reportage vidéo où l'on voit des habitants des montagnes rocheuses (Colorado) obligés de déménager parce que les gaz de schiste les ont «empoisonnés». Nausées, diarrhées, saignements de nez… ils se disent contaminés par les fuites provenant des extractions réalisées autour de chez eux.


L'incohérence de la stratégie algérienne

Le développement volontariste du gaz de schiste aux USA, outre les graves dommages infligés à l'environnement, a créé une bulle gazière qui plombe les prix du marché spot du gaz naturel liquéfié (GNL). De nombreux pays qui pensent que tout ce qui vient des USA est forcément bon à prendre ont vite dû réviser leur position devant la mobilisation de la société civile.

L'Algérie, en revanche, ne semble pas mesurer l'impact catastrophique à très long terme du choix d'une telle filière. De plus, cette option est marquée du sceau de l'incohérence :

- Le développement du gaz de schiste va faire chuter de manière durable les prix du gaz conventionnel ; même les contrats à long terme ne pourront pas résister longtemps à cette dynamique. Au mieux, ils seront respectés jusqu'à échéance, mais ils ne seront pas renouvelés.

- Le ministère de l'Energie algérien est dans la posture délicate de celui qui demande à Doha, lors de la dernière réunion des pays membres du Forum des Pays Exportateurs de Gaz (FPEG), l'alignement des prix du gaz naturel avec ceux du pétrole, à parité énergétique, et qui, avec le gaz de schiste, contribue à l'émergence d'une filière rivale.

- La technologie de fracturation hydraulique, incontournable pour la production du gaz de schiste, requiert des quantités considérables d'eau pour chaque puits foré. Le Sahara étant ce qu'il est, un désert, il faudra dépenser de grandes quantités… d'énergie pour pomper vers le Sud de l'eau qui manque déjà cruellement au Nord du pays.

- Aucun expert, dans le monde, n'est en mesure de garantir que l'immense richesse que se partagent trois pays du Grand Maghreb, à savoir la nappe albienne, ne sera pas définitivement et gravement polluée par des activités que l'ENI italienne, et d'autres compagnies à l'affût, s'est vu interdire de développer en Europe.


Il y a du gaz dans l'eau !
Le projet algérien de développer le gaz de schiste télescope celui de la préservation des ressources hydriques sur lequel s'est engagée l'Algérie à la conférence d'Istanbul de 2009. Les ressources en eau potable se raréfient sur la planète alors que les besoins continuent d'augmenter. Les eaux malsaines ou polluées sont responsables de 80% des maladies et décès des pays en voie de développement. Plus d'un milliard de personnes n'ont pas accès à l'eau potable, et ce chiffre pourrait atteindre les 3 milliards dans moins de 20 ans. L'eau est devenue une ressource stratégique. Près de trois milliards de personnes vivent dans des régions qui pourraient connaître des tensions du fait de l'accès à l'eau potable. En 2030, ce chiffre pourrait atteindre 3,9 milliards et la communauté des experts converge pour affirmer que les plus grandes tensions géopolitiques de l'avenir auront l'eau comme principal enjeu. C'est d'ailleurs déjà le cas pour les pays qui partagent un même fleuve ou une même rivière. Devant un tel danger, les ministères algériens des Ressources en eau, du Tourisme et de l'Agriculture n'ont pas eu de réactions connues à l'avancée par petits pas du projet gaz de schiste du ministère de l'Energie.

Source : Le Quotidien d'Oran

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