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Publié par Saoudi Abdelaziz

C'est le nouveau pari ultime, après trois décennies d'incohérence néolibérale. Le secteur privé peut tout faire en Algérie, annonce Ali Haddad. Le président du FCE qui, dit-on, est au coeur du système de décision, précise : "Seule la Défense devra demeurer comme secteur stratégique". 

 

Populisme de comptoir

On sait que la parti des travailleurs, représenté au parlement a réagi à ce bond en avant néolibéral. Louiza Hanoune s'est particulièrement élevé contre le projet de liquidation de la compagnie nationale Air Algérie. Rééditant le "fermez votre gueule" de son collaborateur en 2014, Ali Haddad répond grossièrement à Mme Hanoune, rapporte Le Soir d'Algérie : «Basta à ces gens qui passent leur temps à râler, à critiquer et qui bénéficient de privilèges» notamment lors de l’embarquement tandis que les citoyens lambda «attendent quatre à cinq heures», assènera le président du FCE, dans une allusion à la secrétaire générale du PT."

Ce thème du privilège à l'embarquement est repris ce matin par le chroniqueur du Temps d'Algérie, le quotidien   appartenant à M. Haddad:  "Y a-t-il quelqu’un pour demander à Madame Hanoune de renoncer au salon VIP et cesser ses esclandres quand on ne lui réserve pas en «first class» ? Y a-t-il quelqu’un, surtout, pour lui rappeler que la «souveraineté nationale» n’a pas toujours été sauve avec le monopole du ciel par Air Algérie, que cette compagnie est plutôt un coffre-fort de la corruption, un emblème de passe-droits, de service exécrable et de mauvaise gestion ?".

Quel casting?

Les néo-libéraux bcbg semblent un peu pris de court par l'offensive menée tambour battant par Haddad. El Kadi Ihsan n'est cependant jamais à court d'explication : " Aujourd’hui qu’il est dominé par la famille présidentielle, via la gouvernance du FCE, l’ouverture de l’investissement au privé devient plus opportune, l’argument de la nécessaire diversification aidant". Bon.... Le médiatique néolibéral va quand même à l'essentiel : "Les annonces d’ouverture du champ de l’investissement sont de bonnes annonces". Le scénario est donc bon, mais il faut un casting convenable : " Elles promettent du dynamisme économique. A condition que les acteurs qui feront bouger ces nouvelles filières soient les bons".

Milliardaires noirs

Le politologue Nordine Grim nous assure dans El Watan que les capitaux privés existent pour alimenter ce "dynamisme économique". "Des milliers d’hommes d’affaires ayant accumulé des fortunes colossales à la faveur de l’ouverture économique et commerciale des années 90 ne demandent qu’à placer leurs capitaux là où l’État ne peut plus le faire faute de ressources budgétaires". Il en fait l'inventaire :  "Capitaux oisifs détenus par des milliers d’hommes d’affaires algériens (environ 55 000 importateurs déclarés, plus de 100 000 sociétés de services, un nombre incalculable de milliardaires opérant sur le marché informel, plus de 5000 millionnaires en dollars recensés par un magazine américain, etc.)"

Séoul, il y a 60 ans

Ayant "clairement établi le constat de l’existence de multimilliardaires algériens", le politologue passe outre la question de l'origine des fonds. Exit aussi l'absence de contribution fiscale, car le patriotisme fiscal ne concerne que les salariés.  Pour quoi ces millardaires n'ont pas investi dans des activités productives? Nordine Grim a la bonne réponse : "Ce sont tous ces écueils subis au quotidien qui ont contraint bon nombre de détenteurs de capitaux à créer des entreprises à l’étranger ou à y acquérir des biens immobiliers, car l’argent ne peut pas rester éternellement oisif." On attend dans El Watan, les impobables interviews de ces milliardaires incompris, masserant clandestinement leur frustration patriotique.  

M. Haddad, les économites et politologues néolibéraux algériens espérent peut-être rééditer l'édifiante histoire de la Corée du sud, qui avait réussi à bâtir, il y a 60 ans, des conglomérats productifs en amnistiant l'argent sale accumulé dans le marché noir et le secteur informel ayant prospéré pendant deux décennies grâce aux produits importés par l'occupant américain. Mais l'Histoire repasse-t-elle les plats? Karl Marx disait oui, l'histoire se répéte, mais "la seconde fois comme farce".  

 

 

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