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Publié par Saoudi Abdelaziz

Azzou, agriculteur sans terre. Photo DR

Azzou, agriculteur sans terre. Photo DR

Par Abdou Semmar, 18 janvier 2015

A Guelma, la nature est vraiment la seule maîtresse des lieux. Les paysages verdoyants et marécageux au coeur de cette wilaya accueillent une faune et une flore comptant parmi les plus riches d’Algérie. Mais, à Guelma, on ne fait pas que contempler la nature. Non, pas du tout ! A Guelma, les fellahs, les agriculteurs, travaillent d’arrache-pied depuis des années pour labourer ses terres propices à la culture de plusieurs plantes. De la culture du blé jusqu’à la tomate, Guelma est une ferme géante où l’agriculture algérienne tente de se réformer, de se moderniser pour augmenter sa production et répondre aux besoins des Algériens. Des tentatives quelques fois encourageantes, quelques fois décevantes. Ici à Guelma, l’agriculture est une histoire d’amour que de nombreux obstacles empêchent de s’épanouir.

Petits fellahs, grandes volontés 

Une histoire d’amour écrite chaque jour par des petits fellahs qui se réveillent au petit matin sous la brume pour se rendre sans tracteurs, sans matériel moderne et sophistiqué, sur des champs immenses. Des champs qui ne leur appartiennent même pas ! Oui, ici, la majorité des agriculteurs pratiquent l’agriculture sans posséder un seul lopin de terre. Oui, des fellahs sans-terre qui portent sur leurs épaules l’essentiel de notre production agricole. “Nous n’avons pas de terres parce que l’Etat refuse de nous en donner. Dans notre pays, posséder des hectares de terres cultivables est un luxe que seuls 20 % des agriculteurs peuvent se permettre. Il faut avoir hérité ou bénéficié d’une concession de l’Etat pour posséder sa propre terre. En attendant ce privilège, nous louons des terre pour les cultiver avec l’espoir que nous allons récupérer notre argent en faisant de bonnes récoltes”, témoigne Azzou, la quarantaine bien entamée. Cet homme bien bâti n’a presque jamais quitté ses bottes avec lesquelles il parcourt jours et soirs les plantations de tomates, pommes de terre ou des terres de blé à qui il a consacré toute sa vie. “Depuis 30 ans, je loue des terres avec mon argent personnel. Je cherche depuis toute cette période des terres où je peux semer et récolter pour ensuite revendre mes fruits et mes légumes en sillonnant tous les marchés de gros en Algérie. Je n’ai jamais touché le moindre sou de l’Etat. Je ne suis éligible à aucune aide parce que je suis un sans-terre”, confie Azzou, la tête chauve, mais l’esprit bien rempli de tant de souvenirs et d’expériences au cours desquelles il s’est retrouvé dans des misères noires.

Trouver de l’engrais à 7500 Da le quintal, des semences à 6500 Da le quintal, un camion pour transporter la récolte jusqu’aux mandataires des marchés, de la main-d’oeuvre qui se fait de plus en plus rare, etc., les milles et une épreuves d’Azzou n’ont jamais cessé au cours de toutes ces années où l’agriculture algérienne a connu des crises structurelles. Des crises qui ont abouti aujourd’hui à un appréciable taux de croissance de 11 %. Le secteur agricole algérien est le seul secteur qui connait une croissance à deux chiffres. “Mais grâce à qui ? A ces propriétaires terriens qui possèdent des centaines d’hectares et qui bénéficient de toute l’aide de l’Etat ? Non jamais ! Ce sont des agriculteurs comme nous qui sillonnent l’Algérie avec leurs camionnettes pour livrer à nos concitoyens fruits et légumes”, tempête Amar, le visage sculpté par des petites rides d’expression et des lèvres asséchées par des paroles colériques.

Source: algerie-focus.com

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