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Publié par Saoudi Abdelaziz

Photo DR

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Par Amira Soltane, 22 février 2015

«Il y a aujourd'hui, en France, une tentation moraliste, militariste, occidentaliste qui ressemble à ce que fut le néoconservatisme aux États-Unis.» Dominique de Villepin

L'Académie française des arts et techniques du cinéma a «indélicatement» récompensé Timbuktu, le film du cinéaste mauritanien Abderrahmane Sissako lors de la quarantième cérémonie des Césars. Produit par Sylvie Pialat, (femme du réalisateur Maurice Pilat) ce film qui est un véritable réquisitoire contre l'intégrisme et l'obscurantisme islamiste a obtenu sept Césars, dont ceux du meilleur film et du meilleur réalisateur (du jamais-vu pour un film dont le sujet n'est pas français).

Certains observateurs se sont interrogé sur la «véritable» place de ce film qui est plus calé dans la catégorie des films étrangers. On s'est interrogés sur ce choix alors que le film Deux jours, une nuit, de Jean-Pierre et Luc Dardenne, avait été placé dans la catégorie «Meilleur film étranger». Au-delà de l'oeuvre artistique basée sur des clichés et surtout un fait divers réel, c'est véritablement ce plébiscite des membres de l'académie des Césars qui sonne faux et qui intervient six semaines après la tuerie de Charlie Hebdo et de l'Hyper Cacher de la porte de Vincennes, plongeant la France dans une vaste campagne médiatique, politique et sociale contre la menace du djihadisme.

Ce film avait d'abord été soutenu par les autorités françaises et sélectionné «d'office» au Festival de Cannes, car il était à l'époque un excellent plaidoyer pour l'intervention militaire française au Mali. Aujourd'hui, il est récompensé à cause de la vague Charlie. On aurait aimé que l'académie des Césars pense à récompenser Ousmane Sembène, l'un des pionniers du cinéma africain. Mais l'auteur du film Camp de Thiaroye, qui a remporté le Prix spécial du jury à la Mostra de Venise en 1988 et prix Unicef, qui fut censuré pendant dix ans en France et dont le film n'a jamais été diffusé par la télévision française, n'aurait jamais caressé ce rêve. Car la cérémonie des Césars c'est plus une cour des affaires étrangères qu'une fenêtre du ministère de la Culture.

On aurait aimé que le présentateur de la cérémonie des Césars sur Canal+ qui a déclaré que Sissako était le premier cinéaste africain à recevoir cette statuette, accepte l'idée que Abdellatif Kechiche est tunisien et par extension africain. Surtout que ce dernier avait reçu deux fois le César du meilleur réalisateur pour ses films L'Esquive et La Graine et le Mulet en 2005 et en 2008. Et surtout Palme d'or en 2014 pour La Vie d'Adèle. Mais voilà, le cinéma ce n'est pas que le talent, c'est également des concessions politiques qui obéissent à certains calculs. Sissako, qui était surnommé par certains médias africains «le BHL des dunes», était assis à côté de la maire de Paris, Mme Hidalgo. De la tribune des Césars, il a tenu à remercier la France pour son soutien: «Ce pays magnifique, capable de se dresser contre l'horreur», avant d'ajouter: «Sans la France, sans Arte, sans le Festival de Cannes, (Normal de faire de la complaisance, quand est fraîchement installé président de jury pour la ciné-fondation), je n'aurais pas pu être le cinéaste que je suis aujourd'hui.» Cette consécration de Sissako aux Césars par la famille du cinéma français, est calculée au regard de la vision française sur le terrorisme. Un film sur la menace des djihadistes au Sahel est plus acceptable pour les professionnels français qu'un film sur la décennie noire en Algérie. C'est pour cette raison incongrue que le film de Karim Moussaoui n'a pas été récompensé. Ce n'est pas la force de l'oeuvre qui intéresse les membres de l'académie mais ce que peut apporter le film à l'intervention française au Mali.

Source: L'Expression-dz

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