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Publié par Saoudi Abdelaziz

Salariés en grève squattant le parvis de la centrale UGTA. Photo DR

Salariés en grève squattant le parvis de la centrale UGTA. Photo DR

Lorsque Sidi Saïd affirme sans vergogne “oui, nous sommes l’UGTA du pouvoir, nous sommes les soldats de la République”, on sait que c'est de la fausse assurance. Cette forfanterie est le chant du cygne du chef d'un groupe bureaucratique qui renie la dignité syndicale et quémande la protection pour survivre. Sidi Saïd n'est désormais qu'une trop longue parenthèse, qui tarde à se refermer comme d'autres anachronismes nationaux. C'est le dirigeant syndical par défaut. L'un des atouts de Sidi Saïd est aussi l'effet de repoussoir que suscitent l'absence de cohérence, les divisions et parfois les fuites en avant des syndicats autonomes concurrents.

 

Une histoire de l'UGTA en raccourci

 

En 1963, au moment où se préparait le premier congrès de l'indépendance, les militants syndicaux étaient dans leur grande majorité favorables à la rupture du lien ombilical avec le FLN. Avec la libération du pays, les nouvelles réalités étaient en effet radicalement différentes de celles qui ont présidé à naissance de la centrale, en pleine guerre de libération. Lors de ce congrès, Bachir Boumaza, le ministre le plus proche de Ben Bella fut chargé de maintenir par la force la férule du FLN, faisant envahir le congrès par des groupes de choc recrutés parmi des chômeurs et dockers occasionnels et plaçant à la tête de l'UGTA un dirigeant malléable. Ce fut la première caporalisation.

Cependant cette caporalisation n'a pas pu être menée jusqu'au bout. Les principaux syndicats et fédérations corporatistes, de nombreuses unions territoriales ont résisté, puis ont repris l'initiative et deux ans après le courant autonomiste a réussi à s'imposer au congrès de 1965.

Le coup d'Etat du 19 juin 1965 suivra de peu ce congrès. Après une période où Boumediene semblait s'accommoder de l'autonomie de la centrale, la deuxième caporalisation fut déclenchée, favorisée par le coup de force avorté de Tahar Zbiri en décembre 1967 qui a fragilisé la gauche algérienne. Cette caporalisation a été parachevée à la fin de 1968. L'opération a été menée par une alliance entre le parti industrialisant de Belaïd Abdesslam, l'appareil central du FLN du tandem Messaâdia-Kaïd Ahmed et un groupe de syndicalistes "reclassés", coalisés autour de l'union régionale d'Alger.

Comme en 1963, la résistance autonomiste viendra des syndicats corporatistes, des fédérations et de certaines unions locales emblématiques, comme celle d'Alger-centre. Cette résistance débouchera sur une nouvelle relance autonome de l'UGTA à partir de 1975, après le signal de la grève historique des métallurgistes du Gué de Constantine et celle des cheminots de Blida. Cette relance autonome bénéfiera d'une attitude plus ouverte de Boumediene à l'égard du mouvement ouvrier, bien que cette ouverture coîncidait avec une infiltration sans précédent de la Sécurité militaire dans les milieux syndicaux.

Coïncidant avec l'infitah libérale engagé sous Chadli, la troisième caporalisation du début des années 80, a utilisé "l'article 120" (il faut être adhérent au FLN pour se porter candidat à une responsabilité syndicale). Les caporalisateurs ont utilisé la méthode Boumaza consistant à envahir les congrès, notamment celui de l'influente Union d'Alger centre. Cette nouvelle opération a été favorisée l'influence acquise par la Sécurité militaire dans l'UGTA.

Après les évènement d'octobre 1988 et l'"ouverture" qui en a résulté, la main mise politique sur l'appareil de l'UGTA est passée de la férule d'un parti unique, à une caporalisation pluraliste: celle d'une coalition des partis FLN et RND auquel se joint le parti des travailleurs de Louisa Hanoune. Sidi Saïd est l'apothéose de cette ultrapolitisation opportuniste de l'action syndicale, n'hésitant pas hier dans son discours de clôture à vanter la qualité de membre de la CEN de Saidani, l'actuel chef du Fln et la présence de nombreux membres du PT. On dit cependant que les adhérents du PT sont de plus en plus nombreux à refuser d'hypothéquer avec Sidi Saïd l'avenir de l'influence de leur parti.

A suivre

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