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Publié par Saoudi Abdelaziz

Photo DR

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C'est le titre de la longue analyse que l'économiste indépendant Frédéric Lordon publie aujourd'hui sur son blog du monde diplomatique. Avec sa verve démonstrative pointue, il affirme que Syriza devrait "contester vraiment l’austérité de la seule manière possible, la rupture, signifier à la face de l’« Union » la sédition ouverte d’avec son ordre néolibéral, c’est-à-dire créer un événement libérateur, pour le peuple grec, mais aussi pour tant d’autres qui espèrent avec lui."

 

Quelques extraits résumant la démonstration de l'économiste.

"On ne peut pas dire que les choses se présentent idéalement pour Tsipras. C’est que l’Allemagne, très consciente du danger, a par anticipation savonné la planche en déclarant que la sortie de la Grèce (de l'euro ndlr) est une éventualité à laquelle la zone euro pouvait désormais très bien faire face(...)

"Merkel bluffe-t-elle ?" (...)

"Si les effets collatéraux proprement financiers d’une sortie-défaut semblent assez contrôlables, qu’en est-il cependant des effets collatéraux politiques – alias la contagion ? Car il est bien certain que la sortie d’un pays aurait l’effet d’un coup de tonnerre, aux fortes propriétés d’émulation. Spécialement au Portugal et en Espagne, où des élections législatives doivent se tenir respectivement en novembre et décembre (...) Un processus de sortie-défaut commencera par une phase passablement chaotique, dont la stabilisation, puis la matérialisation des bénéfices, demanderont au moins douze et plus probablement dix-huit mois. Fin 2015, ce sera le fond du creux – soit la plus mauvaise image possible à offrir pour une stratégie de sortie de l’euro, et un caviar pour les « on vous l’avait bien dit » européistes" (...)

"Dans ces conditions, disons tout de suite que, pour Syriza, le gosse se présente par le siège. Il est vrai que le parti de Tsipras s’est lui-même mis dans un mauvais cas, à soutenir, avec la plus complète inconséquence, et son projet de revenir sur le mémorandum, et son désir de rester dans l’euro. Il y avait là une contradiction que son aile gauche, incarnée par des économistes comme Stathis Kouvelakis, n’avait pas manqué de relever, et depuis quelque temps déjà : la marge des accommodements avec l’Euro-Allemagne sur la dette grecque a été épuisée avec la restructuration imposée aux créanciers privés, imaginer qu’elle pourrait être étendue aux créanciers publics, a fortiori quand on compte parmi ceux-ci la BCE, tient maintenant du rêve éveillé. L’alternative pour Syriza est donc des plus simples : plier ou tout envoyer paître. Mais il n’y aura pas de tiers terme. Et si Tsipras imagine qu’il pourra rester dans l’euro et obtenir davantage que des cacahuètes, il se raconte des histoires (...)

" Mais que veut Tsipras exactement ? Tendanciellement de moins en moins, semble-t-il. En deux ans, Syriza est passé d’une remise à plat complète du mémorandum à un très raisonnable rééchelonnement de la dette détenue par les créanciers publics. Il est certain qu’à ce degré d’affadissement, pour ne pas dire de renonciation, les contradictions sont moins aiguisées… Il ne l’est pas moins que toute entreprise de délestage réel de la dette, et d’affranchissement de la camisole de force des politiques économiques, conduirait à une éjection de fait de la zone euro (...).

Après deux ans d’édulcoration déjà si prononcée, ne serait-il pas de l’ordre du miracle politique que Syriza ait la ressource interne d’en revenir à sa radicalité première pour envisager à nouveau une sortie de l’euro au cas – probable – où la renégociation du mémorandum ne livrerait que des queues de cerise ? La politique n’étant pas exactement le lieu d’élection du miracle, l’écrasement sous le poids des institutions européennes et du parlementarisme national réunis, et l’abandon de fait de toute ambition d’en finir avec la camisole néolibérale, sont bien le résultat prévisible de cette chronique d’une normalisation annoncée. Rude – mais salutaire – leçon de choses pour tous les partis de la (vraie) gauche européenne qui, à l’image du Front de gauche, n’en finissent pas de tourner autour du pot – s’ils tournent encore… – pour se perdre dans le rêve d’une « transformation de l’euro de l’intérieur », cette chimère dont Syriza leur montrera bientôt et l’inanité et le coût politique (...).

Le salut pour Syriza ne viendra ni de quelque compromis européen, ni d’une chimérique reconstruction institutionnelle à froid, promesse aussi vide de réalisme politique que faite pour être renvoyée à des horizons perpétuellement repoussés. Mais l’inanité des fausses solutions n’exclut pas qu’il y en ait de vraies. Puisqu’il y a toujours une alternative. En l’occurrence, non pas caler le pied de table, pour ravauder son estime de soi avant de passer dessous, mais la renverser.

Pour tous ceux qui, au loin, contemplent dans un mélange d’inquiétude, de doute et d’espoir ce qui peut advenir en Grèce, il ne reste qu’une chose à faire vraiment : contre la force gravitationnelle des institutions qui s’efforce de ramener les déviants à leur ordre, rappeler à Syriza, en ce point de bifurcation où elle se trouve, tout ce qui dépend d’elle – et qui est considérable : contester vraiment l’austérité de la seule manière possible, la rupture, signifier à la face de l’« Union » la sédition ouverte d’avec son ordre néolibéral, c’est-à-dire créer un événement libérateur, pour le peuple grec, mais aussi pour tant d’autres qui espèrent avec lui."

Texte intégral : http://blog.mondediplo.net

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CHAINEUX Guy 19/01/2015 20:34

à mon avis l'Euro (pe) a du souci à se faire ! Les euro-technocrates ont le vent "de travers"