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Publié par Saoudi Abdelaziz

Face à la levée de masse contre l'exploitation du gaz de schiste, le pouvoir  respectera-t-il ses engagement antérieurs de prudence? Sera-t-il capable de revoir son plan de route et son calendrier? 

En allumant le 27 décembre dernier la première torche de gaz de schiste près d'In Salah dans la wilaya de Tamanrasset, le ministre de l’énergie Yousfi annonçait, lyrique, une "nouvelle aventure pour l’Algérie" ouvrant "de nouvelle perspectives économiques pour l’Algérie avec pas moins de 8.000 emplois pour 2015". De toute évidence, le pouvoir a opté pour le blitzgrieg rompant avec la prudence sur le calendrier de l'exploitation. Youcef Yousfi veut aller vite. L'annonce, deux semaine plus tard par Sonatrach d'un programme d'investissement de 70 milliards de dollars américains s'inscrit dans le planning de "la nouvelle aventure".

Fuite en avant ou consensus national réfléchi

C'est cette fuite en avant que conteste Segni Laâdjal, professeur à l’université de Ouargla, pour qui l'exploitation du gaz de schiste est "une solution à long terme", "une réserve nationale en énergie" dont "les générations futures pourront profiter le jour où les techniques seront mieux maîtrisées et moins polluantes". Il explique : "Voyez la Chine, qui en détient les plus grandes réserves au monde, qui compte une population plus importante et qui pourtant n’extrait pas son gaz de schiste. Pourquoi la Chine préfère-t-elle acheter son énergie en Iran et en Russie ? Sommes-nous plus malins qu’eux ?" Selon le professeur, les décideurs "ont changé d'avis" :" L’annonce première concernait une exploitation à l’horizon 2030, puis 2022, aujourd’hui c’est 2015. Quelles technologies avons-nous en tant qu’Algériens pour justifier cette précipitation ? Et encore, avec le peu d’engouement des grandes multinationales, ils se sont rabattus sur Total, qui n’est pas spécialiste du gaz de schiste, et qui utilise des techniques et moyens de forage conventionnels."

La question du calendrier sera-t-elle mise à l'ordre du jour?

Dans le Quotidien d'Oran, Yazid Alilat conclut ce matin : "Quant au gaz de schiste, qui chauffe le débat actuellement, il ne saurait être une solution que d'ici 10 à 20 ans."

Selon le politologue Abed Charef, la mobilisation en cours ne fera pas reculer le pouvoir. Il ne voit qu'une alternative : "Soit le gouvernement cède, acceptant une reddition en rase campagne, et délivre aux Algériens un message terrible ; soit il persiste, ce qui provoquera une recrudescence de la contestation, des heurts, des affrontements et une radicalisation de la contestation". "Reddition du pouvoir en rase campagne" ou "radicalisation". La conclusion du politologue est plutôt démobilisatrice: les contestataires " doivent se rendre compte que, faute d'interlocuteur, leur action peut leur échapper et déboucher sur le pire". Un appel à attendre sagement Godot. 

La nappe albienne est-elle vraiment menacée?

Chems Eddine Chitour, professeur de thermodynamique à l’École nationale polytechnique d’Alger, expliquait le 27 mai 2014, sur TSA-Algérie  :

"L’exploitation du gaz de schiste utilise une technologie assez ancienne mais aussi nouvelle. On y procède par une fracturation à forte pression avec énormément d’eau, contrairement aux gisements classiques conventionnels qui utilisent moins d’eau. On administre également des milliers de produits chimiques qui sont pour la plupart aromatiques donc cancérigènes. En plus de cela, le sous-sol contient un certain nombre d’éléments radioactifs comme le radon. Tous ces gaz, tous ces produits chimiques sont utilisés pour drainer les bulles de gaz qui se trouvent entre les couches de schistes. La pollution vient du fait que ces produits vont remonter en surface mais en passant d’abord par la nappe albienne qui sera donc polluée.

Notre nappe albienne algérienne contient tout de même 45 000 milliards de mètres cubes. C’est notre plus grande richesse. Il ne faut pas prendre le risque de la polluer d’autant plus que c’est une nappe que nous partageons avec un certain nombre de pays comme la Lybie, la Tunisie, un peu le Maroc. Il faut donc faire très attention. Même aux États-Unis, il n’y a pas de technologies fiables pour faire en sorte d’éviter cette pollution. D’ailleurs, de plus en plus de gens remettent en cause le gaz de schiste aux États-Unis.

Il faut aussi souligner que nous avons un Sahara qui est déjà abimé. D’abord, par la bombe atomique. Nous avons une radioactivité très importante. Je ne suis pas contre le gaz de schiste mais pas tout de suite. Il faut prendre le temps que la technologie devienne plus sûre, qu’il n’y ait aucun risque pour l’environnement".

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