Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Publié par Saoudi Abdelaziz

"Le ministre de l’intérieur Bernard Cazeneuve a donc induit l’opinion publique en erreur en déclarant, vendredi, que « rien ne témoignait du fait » que les frères Kouachi et Amedy Coulibaly « pouvaient s'engager dans un acte de ce type. Leur situation n'avait pas été judiciarisée ».

Sous le titre "Kouachi-Coulibaly, le réseau terroriste oublié par les services de renseignement" Mediapart publie aujourd'hui 10 janvier une enquête de Fabrice Arfi et Karl Laske.

 

EXTRAITS

 

Les archives ont parlé. Dans les heures qui ont suivi l’attentat contre la rédaction de Charlie Hebdo, la police a compris qu’elle avait un dossier pour remonter très vite aux assassins. L’oubli – délibéré ou non – de la carte d’identité de Saïd Kouachi, l’un des deux auteurs du massacre avec son frère Chérif, dans une voiture pendant leur fuite, le 7 janvier, a suffi. Le nom des Kouachi a aussitôt fait émerger le dossier de l’enquête antiterroriste ouverte en 2010 sur l’opération visant à faire évader de prison plusieurs chefs islamistes, parmi lesquels Smaïn Aït Ali Belkacem, l’artificier des attentats parisiens de 1995. La police a ainsi rapidement multiplié les perquisitions en région parisienne (...).

Déjà condamné en 2008 dans le dossier de la filière de recrutement djihadiste dite “des Buttes-Chaumont”, Chérif Kouachi avait été soupçonné, en 2010, d’avoir rejoint ce nouveau réseau chargé de l'évasion de Belkacem. Tout comme Amedy Coulibaly, mis en cause dans les assassinats de Montrouge et de la porte de Vincennes, ces 8 et 9 janvier. Actuellement recherchée pour son implication présumée dans les dernières actions, Hayat Boumeddienne, la compagne de Coulibaly, avait elle aussi été arrêtée, entendue et perquisitionnée dans cette même affaire. Alors que Kouachi a bénéficié d’un non-lieu à l’issue de l’instruction, Coulibaly a été condamné à cinq ans de prison, le 20 décembre 2013 (...).

Amedy Coulibaly, mort vendredi lors de l’assaut du magasin HyperCacher porte de Vincennes, où quatre otages ont également péri, n’est pas un inconnu des services de police. Alors qu’il est employé chez Manpower, il a déjà été impliqué dans seize affaires de vols à main armée, violences et trafic de stupéfiants. Présenté comme un « islamiste rigoriste » en mai 2010 par la sous-direction antiterroriste (SDAT) de la police judiciaire, il minimise pourtant sa radicalité religieuse devant les enquêteurs lorsqu’il est entendu.(...)

Des écoutes téléphoniques effectuées en mars et avril 2010 sur le portable de « Doly » montrent « sans ambiguïté », selon les enquêteurs, « sa foi radicale » et « l’emprise idéologique » exercée sur lui par Djamel Beghal. L’artificier des attentats de 1995, Smaïn Aït Ali Belkacem, le considère pour sa part comme un militant « fiable et déterminé ». « En plus, il est bien dans la religion, il est en dedans. Il est sérieux dans la religion », jugeait le terroriste islamiste durant une conversation téléphonique interceptée sur un portable utilisé clandestinement en prison (...).

Même s’il a bénéficié d’un non-lieu, la justice ayant estimé n’avoir « pas assez d’éléments démontrant son implication » dans les projets d’évasion, Chérif Kouachi est cependant apparu au fil de l’enquête comme un membre actif du réseau. Étroitement surveillé par les policiers en avril 2010, il a rejoint Djamel Beghal dans le Cantal pendant une semaine, accompagné de deux autres islamistes déjà condamnés pour des faits de terrorisme.

Lors de ses onze auditions en mai 2010 par les policiers, Kouachi s’est montré obstinément mutique. « L’intéressé garde le silence et fixe le sol », ont noté jusqu’à l’agacement les enquêteurs de la SDAT. « Avez-vous conscience que votre refus à tout dialogue avec nous, y compris sur les choses les plus anodines, le refus d’effectuer une page d’écriture, le refus de regarder les photos qui vous sont présentées, le refus de vous alimenter, relève d’un comportement typique et habituellement constaté chez les individus fortement endoctrinés et appartenant à une organisation structurée ayant bénéficié de consignes à suivre durant une garde à vue ? », ont fait remarquer les policiers au futur auteur du massacre de Charlie Hebdo.

Les archives informatiques de Kouachi, elles, ont été plus bavardes. De nombreux textes – la plupart anonymes –, découverts dans son ordinateur ou sur des clés USB, témoignent d’un enrôlement djihadiste structuré. Il s’agit la plupart du temps de textes sur des opérations martyres et la conduite à tenir. Tous ont été téléchargés en 2009.

L’un d’entre eux, baptisé Opérations sacrifices, décrit un modus operandi qui n’est pas sans rappeler l’attentat contre Charlie Hebdo. « Un moudjahid (combattant – ndlr) entre par effraction dans la caserne de l’ennemi ou une zone de groupement et tire à bout portant sans avoir préparé un plan de fuite ni avoir pensé à la fuite. L’objectif est de tuer le plus d’ennemis possibles. L’auteur mourra très probablement » (...)

Un autre texte, intitulé Le Prophète de la Terreur, commence par ces mots : « Je suis venu vous apporter le carnage. » Habillé de références religieuses, le texte est en réalité un appel au terrorisme : « Le Coran parle de se préparer le plus que l’on peut à terroriser l’ennemi. » Mieux encore : « horrifier l’ennemi », souhaite-t-il.

Un ouvrage de l’imam salafiste jordanien Abou Mohamed al-Maqdisi développe quant à lui des « séries de conseils sur la sécurité et la prévention » à l’attention des militants radicaux. Exemple : « Il n’est pas indispensable dans la plupart des circonstances, pour un financeur, de savoir quand et où l’opération aura lieu, ni par quelles mains. De même, pour ceux qui vont exécuter le stade final de l’opération (c’est-à-dire le pirate de l’air, le kidnappeur, celui qui se sacrifie, l’assassin, etc.), il n’est pas indispensable pour eux de savoir qui finance la cellule ou le groupe. »(...)

L’enquête de 2010 sur la cellule Beghal avait clairement montré que ses membres étaient déterminés à passer à l’attaque. Un proche de Kouachi et Coulibaly, un certain Teddy Valcy, alias “Djamil” (condamné à 9 ans en 2013), avait été arrêté en possession d’une kalachnikov, avec un chargeur engagé contenant vingt-deux cartouches. « Cette arme m’appartient et je n’aurais pas hésité à l’utiliser contre vous si j’en avais eu le temps », avait-il déclaré aux policiers au moment de son interpellation.

Dans une vidéo enregistrée sur son téléphone portable en avril 2010, il apparaît vêtu d’une djellaba, portant son fusil-mitrailleur à l’épaule. Il prononce alors un discours de guerre : « Il est venu le temps où il faut agir. La communauté musulmane est en danger (…). La dignité des musulmans est bafouée. Nous n’avons pas d’autres solutions que de prendre les armes pour défendre notre communauté. Je vous exhorte à prendre les armes le plus vite possible, avec une très grande détermination, et n’oubliez pas la récompense du martyr (…). On nous appelle “terroristes” mais le mot est faible parce qu’on doit vraiment plus les terroriser, les ennemis, les infidèles. Il n’y a pas de discussion avec eux. » Les 7, 8 et 9 janvier 2015, une partie du réseau Beghal a répondu à l’appel.

Source : mediapart.fr

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article