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Publié par Saoudi Abdelaziz

Mohamed Bouhamidi. Photo DR

Mohamed Bouhamidi. Photo DR

"Comme d'habitude, les plus faibles vont payer les pots cassés, écrit Aït Benali Boubeker  dans une chronique du Huffington-post-Algérie. Et surtout, il ne faut pas s'attendre à ce que le régime réduise les privilèges de sa clientèle, car c'est elle qui lui assure la pérennité. Faut-il déduire, dans ces conditions, que si la crise persiste, les Algériens ne seront pas logés à la même enseigne". Mohamed Bouhamidi refuse cette fatalité. Le philosophe indigné révèle, dans raïna-dz, ce qui se cache derrière le slogan médiatique lancé par les néo-libéraux pour interdire à l'Etat d'"acheter la paix sociale"

 

Par Mohamed Bouhamidi, 12 janvier 2015

Pour les Algériens qui ont de la mémoire, la chute du prix du pétrole réveille le souvenir du processus qui a mené à la grande fracture d’octobre 1988 puis à la lutte sanglante qui en a résulté et qui devait démembrer l’Algérie.

Nous retrouvons des similitudes frappantes avec la conduite générale de l’Etat et des acteurs politiques d’aujourd’hui. Les années 80 ont vu une partie importante des revenus pétroliers détournée de leurs destinations d’investissement productif (1) vers l’importation de produits de consommation éphémère.

Les nouvelles forces qui avaient investi le sommet de l’Etat, à la mort de Boumediene, cherchaient à convaincre le peuple du bien-fondé du retour à une économie de marché et à son consumérisme à la place de l’austère politique de développement. Elles brandirent le slogan : « Pour une vie meilleure ».

En moins d’une décennie elles démembrèrent des entreprises publiques parvenues au seuil de concentration et d’optimisation des ressources humaines nécessaires à leurs missions de développement. La corruption socialement marginale à l’époque commença à gangréner l’Etat avec la naissance du clientélisme.

La forte présence dans l’Etat de partisans d’une politique indépendante de développement économique appuyé sur de grandes entreprises d’Etat, avait contrarié cette conquête de la totalité de l’Etat par les partisans de l’économie de marché et de l’abandon du pacte de Novembre qui appelait clairement à un « Etat social ».

La chute du baril de 27,01 à 13,53 dollars et la division par deux des rentrées pétrolières en 1986 a modifié profondément les conditions de confrontation entre les deux camps. Le pouvoir neuf des libéraux risquait de sombrer avec la fin peu glorieuse de l’importation de fruits exotiques alors que nous avions un besoin pressant d’usines et d’universités.

Pour défendre leur pouvoir et ce modèle, ses partisans ont déclenché une campagne de presse d’une grande violence reportant sur les partisans d’une voie nationale pour le développement, les raisons de leur échec. Ils allèrent droit au but derrière l’affirmation péremptoire que « L’Etat n’est pas la vache à traire » en remplacement de leur promesse « pour une vie meilleure ».

C’était un retournement contre le peuple accusé de nourrir des prétentions ruineuses en espérant l’Etat social et l’équité promis par la proclamation du 1er novembre 1954 et le peuple l’a ressenti comme une trahison et un holdup. C’est par cette rupture que s’est engouffrée la violence des années 90 au cours de laquelle furent expulsés de l’Etat tous les représentants notoires du socialisme.

Aujourd’hui, les réformes ont produit les oligarques algériens aux puissants réseaux à l’intérieur de l’Etat et à l’influence sans partage sur les médias. Les partisans d’une politique de développement se battent dans des conditions difficiles et défavorables.

Les dirigeants honnêtes ont touché du doigt à quel point l’accord d’association avec l’Europe nous a rendus impuissants. La ligne de confrontation s’est déplacée du choix de la voie économique à la simple survie de l’Etat algérien dont on sait qu’il ne pourra tenir sans l’attachement à la guerre de libération et à la mémoire des Didouche (2) et sans équité dont les Algériens, anthropologiquement, n’accepteront jamais le déni.

Dans cette configuration hautement dangereuse dans les circonstances des menaces terroristes, des tensions dans le sud du pays, des poussées des idées autonomistes, les oligarques et leurs représentants à l’intérieur de l’Etat, du pouvoir, de l’opposition et des médias impatients de faire main basse définitive sur l’Algérie ont déclenché une violente campagne contre les mesures d‘urgence palliatives aux effets de la dégringolade du prix du baril et accuse le pouvoir qui est essentiellement entre leurs mains de vouloir « acheter la paix sociale » et se débarrasser par ce subterfuge des derniers obstacles à leur soif d’hégémonie.

Comme à l’époque des « l’Etat n’est pas une vache à traire » les adeptes de la transition sont prêts à en découdre avec le peuple pour régler la question de la propriété du pays. De la mort de Boumediene à 1990, cette politique aventurière nous a amené à la décennie infernale. Aujourd’hui, cet appel à la guerre sociale entrainera la dislocation de l’Algérie pour laquelle, 45 ans d’illusions libérales ont réunies suffisamment de conditions pour la fin de son Etat national.

Notes

(1) « Economie algérienne – Le développement national contrarié » de Abdelatif Rebah- Editions INAS – Alger – 2012 – est une mine d’informations en plus d’être un ouvrage décisif pour tout débat sur les options et questions économiques de nos cinquante ans d’indépendance.

(2) « Si nous venions à mourir, défendez nos mémoires » : recommandation de Didouche Mourad, l’un des dirigeants du Comité qui a préparé l’insurrection du 1er novembre 1954.

 

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