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Publié par Saoudi Abdelaziz

Nouveau siège de la Banque centrale européenne à Francfort. Photo Michael Probst/ap

Nouveau siège de la Banque centrale européenne à Francfort. Photo Michael Probst/ap

Alexis Tsipras appelle à en finir avec "le cercle vicieux de l'austérité" et affirme: : "Notre victoire est en même temps la victoire de tous les peuples européens qui se battent contre l’austérité qui détruit notre avenir européen commun". Y aura-t-il un effet d'entraînement provoqué par les élections grec dans l'espace européen. Dès 2015 déjà, deux formations de la gauche anti-austérité sont favorites en Espagne et en Irlande? Qui est le curieux allié de Syriza dans le gouvernement anti-austérité dirigé par Alexis Tsipras. Le secret de l'ascension de Syriza mais aussi la complexité des tâches à venir, sont évoqués par une ancienne responsable du parti grec, notre camarade Αliki Papadomichelaki, bien connue parmi les progressistes algériens. Trois articles pour essayer de faire le tour.

 

EUROPE. Un encouragement pour les forces anti-austéritaires

 

Par Gaël De Santis et Julia Hamlaoui, 27 Janvier, 2015

En Italie, en Belgique, en Allemagne, en Espagne, en France... Les partis de transformation sociale entendent s’appuyer sur la victoire de Syriza pour bouleverser les rapports de forces et changer les politiques de leur pays et des institutions européennes.

Quand Alexis Tsipras a invité le peuple d’Athènes à faire la fête, dimanche, ils étaient là. Il y avait des militants et des dirigeants de gauche italiens, irlandais, espagnols, français… Mais le dirigeant de Syriza a aussi annoncé qu’à partir de lundi, il y aurait beaucoup à faire. À Athènes comme ailleurs, les militants qui refusent l’austérité le savent. Car la victoire de Syriza est une chance pour faire bouger les rapports de forces. « Les politiques d’austérité reposent sur l’idéologie thatchérienne du Tina » (There is no alternative, il n’y a pas d’alternative), avance Eleonora Forenza, eurodéputée italienne élue sur la liste l’Autre Europe avec Tsipras. « Si l’on montre qu’il y a une alternative, c’est l’architecture de l’austérité qui s’eff rite », avance la députée. Même son de cloche du côté du porteparole du Parti du travail de Belgique, Raoul Hedebouw. « Notre gouvernement de droite a peur que le succès de Syriza ne fasse tache d’huile en Europe. » Quant à l’eurodéputé Die Linke Fabio De Masi il craint que « la Banque centrale européenne et le gouvernement allemand ne fassent chanter la Grèce parce qu’ils ne veulent pas qu’on montre une alternative à l’austérité ».  

Car c’est une nouveauté. « Pour la première fois, excepté à Chypre (entre 2008 et 2013 – NDLR), dans une situation nationale bien particulière, un parti de notre famille est à la tête d’un gouvernement en Europe », se réjouit Anne Sabourin, représentante du PCF au sein du Parti de la gauche européenne (PGE). L’exécutif Syriza sera un point d’appui pour travailler à une évolution de la construction européenne. Car Alexis Tsipras, qui a été, l’an dernier, candidat à la présidence de la Commission européenne pour le PGE, siégera maintenant à la table du Conseil européen. « L’enjeu numéro un sera d’appuyer ce que le gouvernement grec mettra sur la table », avance-t-elle, soulignant que Tsipras a déclaré qu’« Angela Merkel n’est qu’une chef de gouvernement parmi 28 ». Cette victoire est donc une chance, à condition qu’un travail politique soit engagé dans chacun des vingt-huit États de l’UE. Chacun s’y attache, à sa manière, estimant que cela peut changer les rapports de forces chez lui.

« J’entends, dans mes rencontres, notamment avec les syndicalistes : les Grecs se sont révoltés contre l’Europe néolibérale », témoigne Raoul Hedebouw, porte-parole du Parti du travail de Belgique.

À Sinn Féin, « nous nous réjouissons de ce résultat », nous déclare Lynn Boylan, eurodéputée. Car en Irlande, les choses évoluent. « Il est intéressant de voir que de nombreuses personnes se rapprochent de nous. Le slogan en Grèce était “l’espoir vient”. Nous espérons qu’il viendra aussi chez nous. » Sinn Féin est en tête, crédité de 22 % d’intentions de vote, et l’actuel gouvernement pourrait ne pas tenir jusqu’en mars 2016. « La question aujourd’hui est comment faisons-nous campagne entre forces de gauche, contre l’austérité ? » analyse la députée. En Irlande, la contestation de l’austérité prend corps. « La moitié des Irlandais ont refusé de s’enregistrer pour payer la nouvelle taxe sur l’eau », raconte Lynn Boylan. Une journée d’action est d’ailleurs prévue samedi prochain.

En Allemagne, Fabio De Masi, eurodéputé Die Linke, estime que le rôle de sa formation est de « construire à la base un mouvement de solidarité avec Syriza ». Une mobilisation est prévue en mars, lors de l’inauguration des nouveaux locaux de la Banque centrale européenne. Dans ce pays, la solidarité avec l’Europe du Sud n’est pas évidente. « Il faut retourner l’argument. En prêtant à la Grèce, l’Allemagne n’a pas prêté aux Grecs, mais a sauvé les banques françaises et allemandes », explique-t-il.

En Italie, cette victoire de Syriza a déjà un effet. Jusqu’alors réticent à s’allier à d’autres forces, le dirigeant de Gauche écologie et liberté, Nichi Vendola, a proposé hier une « coordination des forces de gauche ». Idée avancée de longue date pour faire face à la fragmentation des forces antilibérales par le Parti de la refondation communiste, lui-même déjà engagé dans un regroupement de forces autour de la liste l’Autre Europe avec Tsipras qui a envoyé trois députés européens au Parlement européen en juin dernier.

La victoire de Syriza a également résonné de tout son poids en France, où elle soulève une vague d’espoir parmi les forces favorables à une alternative à l’austérité et à la politique libérale conduite par le gouvernement socialiste. « En France, c’est possible aussi, toutes les forces anti-austérité de gauche et écologistes doivent se rassembler pour construire une alternative politique sociale et écologique », a déclaré le secrétaire national du PCF, Pierre Laurent, dès dimanche soir, saluant dans le résultat du scrutin grec « un encouragement extraordinaire ». « J’espère » qu’en France « nous (serons) capables de créer un élan comparable », a pour sa part souhaité Jean-Luc Mélenchon (Parti de gauche), hier sur France 2. Aux côtés de ces têtes de pont du Front de gauche, ce sont des personnalités d’Europe Écologie-les Verts, de Nouvelle Donne, du PS, d’associations ou encore des syndicalistes qui s’étaient retrouvés dès la semaine dernière pour dire leur espoir d’un changement en Europe lors d’un meeting de soutien à Syriza, à Paris. (...)

Source: l'Humanité.fr

 

Qui est l'allié de Syriza?

 

Alexis Tsipras le nouveau chef du gouvernement disposera d'une majorité de 162 députés en s'alliant avec la formation souverainiste anti-austérité des Grecs indépendants (ANEL). Mais qui est ce parti ?  

Son fondateur Panos Kammenos a émergé au devant de la scène politique fin 2011 en refusant son vote de député au premier gouvernement de la coalition entre la social-démocraties et de la droite- PASOK -Nouvelle Démocratie. Exclu du groupe parlementaire de parti Nouvelle Démocratie, il reste membre de ce parti de drote, jusqu'à ce qu'il récidive trois mois plus tard en votant contre le deuxième « mémorandum » d’austérité imposé par la Troïka. Il fonde alors une formation concurrente.

Sur la base du refus commun de l'austérité, pendant la campagne électorale de 2012, une éventuelle collaboration entre Syriza et les Grecs indépendants avaient été évoquée par les médias. Ces Grecs indépendants avaient obtenu en juin 2012 10,6 % des voix, soit la 4e place. Avant hier, le résultat est beaucoup plus modeste avec 4,75 % des voix, et 13 sièges à l’assemblée. Comparé aux 149 députés de Syriza, ANEL apparaît donc comme un partenaire mineur, dont il ne faut pas surestimer l’importance.

Au niveau européen il est allié avec Debout la France, la formation du souverainiste Nicolas Dupont-Aignan, lequel a salué l’accord entre Syriza et les Grecs indépendants.

Nationaliste, populiste, le parti de Panos Kammenos n’a toutefois pas dépassé la ligne rouge du racisme et  de la haine envers l’étranger qui ne font pas partie de son logiciel, contrairement à l’organisation néo-nazie Aube dorée. Pour Dimitris Psarras, auteur de nombreux ouvrages sur l’extrême droite grecque, cité par Mediapartle parti des Grecs indépendants n’est pas une formation d’extrême droite. « Lorsque le parti s’est créée en 2012, il y avait en lui quelques éléments que l’on retrouve traditionnellement dans des partis d’extrême droite, comme le nationalisme, la dimension populiste, le rapport avec l’Église, un agenda anti-immigration. Mais l’identité de ce parti, c’est son positionnement anti-austérité. Dans son mode et son discours, je le caractériserais plutôt comme national-populiste. Il a par ailleurs complètement mis de côté les thèmes qu’il agitait en 2012. » Mediapart cite aussi le professeur de sciences politiques Michalis Spourdalakis: «Syriza n’avait pas le choix. Le parti n’a pas eu la majorité absolue. Aller vers de nouvelles élections aurait été perçu comme un chantage et aurait été irresponsable. Il fallait donc former une coalition au plus vite. Or le Parti communiste a de lui-même refusé toute alliance avec Syriza, et Syriza de son côté ne pouvait aller avec les partis responsables des politiques d’austérité, ni avec La Rivière, une formation fourre-tout qui rassemble opportunistes, néolibéraux et amis des marchés… ».

 

La génèse du succès et les tâches à venir

 

"Le travail doit se faire en profondeur, avec l'adhésion et la mobilisation permanente du peuple" explique Αliki Papadomichelaki. Cette économiste spécialiste en géopolitique, fut responsable du Département de politique extérieure de Syriza, correspondante du journal Avgi en France. (Nous la voyons sur la photo assise entre Jean-Luc Melenchon et AlexisTzipras). Aliki est l'épouse de notre camarade Sadek Hadjerès. Juste avant les élections historiques de dimanche dernier, elle avait accordé une interview au journal l'Humanité où elle dresse le parcours historique de la gauche grecque à laquelle elle a lié son destin, depuis cette année de 1947 où, à l'âge de deux ans et demi, elle accompagnait ses parents communiste et antifasciste déportés dans le camps de l'île de Makronissos, "le plus affreux camp de concentration qu’a connu l’histoire grecque". Nous publions des extraits d'une interview au journal l'Humanité où après avoir évoqué sa vie de militante et de fille de militants, elle explique les raisons de l'ascention irrésistible de son parti et explique la complexité des tâches qui attendent le gouvernement d'Alexis Tsipras. (Aliki est l'épouse de notre camarade Sadek Hadjerès). 

Comme ancienne dirigeante de Syriza comment expliquez-vous la place prise par ce parti sur la scène politique ?

À partir des années 2008, la Grèce est devenue le cobaye du néolibéralisme national et européen. Les élites politiques ont choisi de faire supporter par la population les méfaits de la crise économique structurelle que traverse, à divers degrés, le continent européen.

Les gouvernements du PASOK et de la Nouvelle Démocratie ont démantelé le secteur d’Etat, ont détruit les services sociaux publiques (sécurité sociale, santé, enseignement), ils ont privatisé une partie importante de la richesse nationale (ports, aéroports, routes, électricité, côtes, forêts).

Le chômage a atteint des niveaux jamais vu depuis 50 ans, 30% du total de la population active, plus de 60% chez les jeunes de moins de 25 ans.

Depuis deux ans, les retraites au-dessus de 1200 euros ont connu des diminutions considérables et le SMIG n’existe actuellement que dans les statistiques.

Cette situation plus qu’alarmante, que vous aurez l’occasion de rencontrer auprès d’un grand nombre de ceux que vous aborderez durant votre séjour, a abasourdi et enragé une grande partie de la population surtout citadine.

SYRIZA a joué un rôle multiple. Il a éclairé les causes de la crise néolibérale, il s’est battu aux cotés de la population -sans prétentions hégémonistes (exemples les luttes des indignés, des travailleurs, des chômeurs), il a proposé des solutions alternatives à l’impasse.

Ceci n’a pas été ni facile ni immédiat. Il a fallu un travail persévérant, à tous les niveaux du parti. Travail conceptuel et sur le terrain de luttes.

SYRIZA est arrivé, à mon avis, à convaincre une partie des citoyens, la plus consciente, de la faisabilité de cette alternative, sous condition d’un combat ciblé, suivi activement par une masse critique de la population.

Toutes ces conditions ensemble expliquent la place prise par la Gauche radicale de notre pays sur la scène politique nationale, mais aussi internationale.

Mon séjour en France, mon récent voyage en Algérie, mes contacts en Europe et en Amérique Latine me le confirment.

Une stratégie de rupture avec l’austérité peut-elle vraiment aller au bout, avec toutes les pressions de Bruxelles, des autres gouvernements et des marchés ?

C’est une question posée par la vie et chaque jour. Mais n’oublions pas que la vie est fonction du mouvement du rapport de forces. Nos impressions et opinions peuvent malheureusement être par moment figées. La vie réelle ne le reste jamais.

Bruxelles, la troïka, les autres gouvernements et les marchés, sont aussi fonction et résultat de ce rapport. Le capital financier devient de plus en plus spéculatif. N’est-t-il pas nécessaire de faire front, tous les peuples ensemble pour lui barrer la route ?

La devise communiste était « prolétaires de tous les pays unissez-vous ». Cette exigence me paraît d’une grande actualité. Elle devient plausible avec l’intensification de la mondialisation et le niveau intellectuel élargi et haussé dans le monde et en particulier en Europe.

Pourquoi SYRIZA ne pourrait-il exiger une révision de la dette, une révision des conditions et des préalables au paiement ? Tout économiste vous dira que la dette d’un pays n’est pas une simple somme d’argent. Elle a sa structure, ses délais, les particularités de ses intérêts. Peu de monde en Allemagne et en France sait que les intérêts d’emprunt auprès de la BCE ne sont pas partout du même niveau. À la Grèce est appliqué un taux de 8%, alors que pour l’Allemagne - et pour la France si je ne me trompe pas- ne dépasse pas le 1%. Pourquoi cette différence ? Les « marchés » financiers vous diront que s’est fonction du risque. Les économistes de la véritable gauche vous répondront qu’il s’agit d’une forme déguisée de néocolonialisme économique.

Certes il ne sera pas facile de renégocier la dette. Il sera encore plus long de faire face à l’austérité.

Les faucons de la finance et leurs serviteurs aux medias crient l’impossibilité de réalisation du programme électoral du parti. Les électeurs portent une oreille attentive. Il s’agit de leur avenir, de celui de leurs enfants et de leur pays.

Le programme de SYRIZA est élaboré en détail. Ici je cite les quatre axes essentiels.

1-prise en charge de la crise humanitaire, par l’utilisation judicieuse d’un montant de 2 milliards d’euro;

2-renégociation de la dette sous préalable d’un index de développement;

3-redémarrage de l’économie réelle;

4-restructuration effective du cadre institutionnel.

Il s’agit donc d’un travail en profondeur et par étapes, qui demandera en permanence l’adhésion et la mobilisation du peuple.

Il demandera aussi la solidarité européenne et internationale.

À toutes les forces démocratiques, humanistes écologistes dans l’Europe, à toutes les forces du PGE, d’y contribuer positivement. Notre lutte vous concerne. Votre solidarité est pour nous d’une importance majeure.

Que changerait une victoire de Syriza pour les autres peuples de l’Union européenne ?

C’est une question difficile. Malgré les orientations néolibérales, appliquées aux simples citoyens dans l’ensemble de l’UE, il existe des particularités majeures en matière de niveau de développement, des acquis établis précédemment. Les représentations chez chaque peuple sont forgées par des spécificités historiques, par l’aiguisement de la conscience collective, par les traditions de luttes syndicales ou/et spontanées.

Le modèle unique, n’as pas encore perverti le cheminement historique des nations. Et la Grèce, par son vécu pénible, a été en partie vaccinée contre le virus de ce modèle unique. L’avenir prouvera nos capacités de résistance.

Je suis de l’avis que la victoire probable de SYRIZA aux élections de cette semaine pourra avoir un retentissement positif aux peuples européens et en particulier aux forces éprises de réelle démocratie (y compris sociale et de participation).

Il dépendra aussi des forces locales dans chaque pays d’en faire l’écho objectif. Parce que les déformations du miroir médiatique néolibéral n’en manqueront certes pas.

Permettez-moi d’être un peu plus retenue en matière de boule de neige politique éventuelle à d’autres pays européens. Certes, la lutte et les succès d’un peuple peuvent servir d’exemple. Cependant ils ne s’exportent pas. Ils sont surtout le fruit mûr des conditions intrinsèques du processus historique à chaque coin du monde.

L’emblème du sacrifice internationaliste de Chez Guevara reste un acte individuel de bravoure, mais la transformation sociétale de Bolivie a pu être avancée par un fils de l’Altiplano bolivien, le Président Evo Morales.

Lien: Socialgerie.net

 

 

Aliki assise entre Mélenchon et Tsipras. Photo DR

Aliki assise entre Mélenchon et Tsipras. Photo DR

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