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Publié par Saoudi Abdelaziz

2015. L'heure des comptes va-t-elle sonner en Europe?

Au tournant de la nouvelle années, deux évènements pourraient être les indices de l'émergence d'une option nouvelle en Europe. Le français Thomas Piketty, auteur du célèbre "Capitalisme du XXIè siècle" refuse la légion d'honneur alors qu'en Grèce l'heure des comptes vient de sonner.

 

 

Merci Thomas Piketty !

Par Paul Jorion, 1er janvier 2015

« Je refuse cette nomination car je ne pense pas que ce soit le rôle d’un gouvernement de décider qui est honorable »

Et voilà donc des propos qui sont honorables en soi.

Thomas Piketty ne dit pas qu’il aurait accepté la Légion d’honneur de certains gouvernements plus honorables que ceux à quoi l’Europe a malheureusement uniquement droit en ce moment mais il aurait pu selon moi. Il avait proposé une politique fiscale authentiquement progressive et redistributive avant les élections présidentielles dont on attendait qu’une majorité socialiste la fasse sienne ; cela aurait été parfaitement logique puisque le rejet d’une telle politique aurait signifié une trahison des idées de gauche. Au lieu de cela, une majorité socialiste a préféré ignorer ce projet et, dans un geste suicidaire dont il faudra un jour quand même offrir l’explication, s’est appliquée de manière générale à réduire à néant le capital de confiance qui était le sien.

Si le plan fiscal de Piketty avait été adopté, la nation lui aurait été reconnaissante et il n’aurait eu, à mon sens, aucune raison particulière de refuser la Légion d’honneur : l’acceptation ou le refus aurait été une question d’appréciation personnelle. En tant que « parcelle de l’opinion publique », je ne lui en aurais certainement pas voulu, ni dans un sens, ni dans l’autre.

Pendant que M. Sapin recommande aux entreprises françaises de ne surtout pas augmenter les salaires, l’économie américaine reprend du poil de la bête parce que les salaires ont augmenté en un an de 4% aux États-Unis. Pendant que la France offre à Thomas Piketty la Légion d’honneur mais l’insulte en considérant son plan fiscal comme quantité négligeable, les États-Unis ont fait de son ouvrage Le capitalisme au XXIème siècle le coeur d’un débat de société et de la traduction de son livre en anglais, l’événement de l’année 2014.

Le dicton « Nul n’est prophète en son pays », ne contient pas seulement une opinion sur les prophètes, il en exprime une aussi sur les pays.

Source: pauljorion.com/blog

 

Et si la Grèce refusait les règles européennes?

 

Extrait de l'article de l'économiste Jacques Tapir intitulé "L'Euro au risque de la chouette", publié le 30 décembre 2014.

 

On voit qu’à l’évidence ce n’est pas d’un prolongement de la politique d’austérité meurtrière (ou, l’austérité tue, le taux de mortalité a fortement augmenté en Grèce ces dernières années) dont le pays a besoin. Il lui faut d’urgence une politique de relance par l’engagement massifs de dépenses publiques. Mais, c’est ici que se noue le conflit entre un possible gouvernement de SYRIZA et les autorités de la Troïka. Le programme de SYRIZA, que les sondages donnent actuellement largement en tête, prévoit entre autres les mesures suivantes :

  • Moratoire sur les dettes des ménages et des petits entrepreneurs aux banques ;
  • Hausse du salaire minimum ;
  • Annulation de près des deux tiers de la dette publique considérée comme « injuste ».
  • Instauration d'une « clause de développement » garantissant que les sommes dépensées pour une relance de l’économie ne seront pas comptabilisées dans le budget.
  • Recapitalisation des banques (dont la solvabilité est problématique), sans que les sommes en question soient comptabilisées dans la dette publique du pays.

Ce programme est contradictoire avec les règles européennes. Il ne faut pas s’en étonner. Aujourd’hui, 52% des grecs interrogés considèrent qu’ils se sentent plutôt étrangers aux idéaux européens. Dans ce sondage, réalisé par l’institut Gallup International, 52% des personnes interrogées considèrent qu’il serait préférable de retourner à la monnaie nationale (la Drachme) et seulement 32% considèrent qu’il faudrait conserver l’Euro. C’est un point important, et il est clair que les résultats de ce sondage sont intégrés par les diverses forces politiques grecques. Il entrainera une dynamique tant économique que politique mettant à mal les structures européennes qui imposent aux peuples cette politique d’austérité, et en premier lieu, l’Euro.

Texte intégral : http://russeurope.hypotheses.org/3211

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