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Publié par Saoudi Abdelaziz

Y a-t-il une alternative au capitalisme?

Cinq chercheurs anglo-saxons – Immanuel Wallerstein, Randall Collins, Michael Mann, Craig Calhoun et Georgi Derluguian s'interrogent sur la fin du capitalisme. Ils tentent de répondre à la question qui donne son titre au livre qu'ils viennent de publier : Le capitalisme a-t-il un avenir ? (Paris, La Découverte, coll. « L'horizon des possibles », 2014, 200 p).

 

Pour Immanuel Wallerstein, historien et économiste émérite à l’université de Yale, le « capitalisme est un système, et tous les systèmes ont une durée de vie, ils ne sont pas éternels ». Le théoricien des « systèmes-monde » défend l’idée que le système capitaliste « traverse actuellement la phase terminale de sa crise structurelle ».

Sa recherche persistante de l’accumulation sans fin de capital et sa volonté de pénaliser les acteurs cherchant à fonctionner sur la base d’autres valeurs ou d’autres objectifs constituent, pour Wallerstein, des impasses.

Pour lui, « le système-monde moderne dans lequel nous vivons ne peut plus se perpétuer parce qu’il s’est trop écarté de l’équilibre et ne permet plus aux capitalistes d’accumuler indéfiniment du capital. Par ailleurs, les classes subalternes ne croient plus qu’elles sont du bon côté de l’histoire et que l’avenir leur appartient. Nous vivons donc une crise structurelle qui se caractérise par une lutte autour des alternatives systémiques ».

Randall Collins, qui enseigne la sociologie à l’Université de Pennsylvanie, fait l’hypothèse que la fin du capitalisme pourrait être provoquée par la disparition de sa base politique et sociale au sein de la classe moyenne. Il met en effet l’accent sur les conséquences d’un chômage structurel de masse qui guette les classes moyennes sous l’impact du remplacement du travail humain par des machines avec l’essor des nouvelles technologies, notamment dans les domaines de l’information et de la communication.

Pour lui, aucune des soupapes de sécurité qui avaient permis au capitalisme de surmonter, aux XIXe et XXe siècles, la mécanisation du travail manuel, n’existe aujourd’hui, en particulier la compensation de cette mécanisation par la croissance d’emplois exigeant une formation supérieure. À partir de là, il estime que c’est cette « évolution structurelle à long terme qui mènera très probablement le capitalisme à sa perte d’ici trente à cinquante ans ».

Pour Craig Calhoun, directeur de la London Scool of Economics, un capitalisme réformé pourrait être sauvé, parce que ce mot ne désigne pas seulement une économie de marché, mais aussi une économie politique.

Selon lui, il est également nécessaire de re-contextualiser les discours catastrophistes qui ne font « que refléter l’opinion qui prévaut dans les vieux pays du centre du système-monde capitaliste, inquiets de perdre les bénéfices liés à leur position privilégiée. Si vous considérez les choses depuis nombre de pays d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine, c’est une autre histoire ».

Constat auquel il faut ajouter la non-pertinence de l’idée que le capitalisme pourrait s’effondrer comme a pu le faire le communisme soviétique. Pour lui, cette idée « impliquerait une transition soudaine de l’existence à la non-existence, en quelques années seulement », qui était envisageable dans le cadre du système étatique de l’URSS mais pas dans le système beaucoup plus complexe qu’est le capitalisme mondialisé.

Une des voies d’évolution du capitalisme qu’envisage Calhoun serait que la mondialisation ne soit pas irréversible et que des systèmes moins étroitement connectés voient le jour pour faire face à la fois aux menaces externes et aux risques internes qui perturbent le fonctionnement du capitalisme aujourd’hui.

Michael Mann, sociologue à l’Université de Californie (UCLA), juge quant à lui quasiment impossible de prévoir l’avenir du capitalisme, car les sociétés ne sont pas des systèmes mais « un enchevêtrement de multiples réseaux d’interaction dont les quatre plus importants sont les rapports de pouvoir idéologiques, les rapports de pouvoir économiques, les rapports de pouvoir militaires et les rapports de pouvoir politiques ». Une complexité accentuée par le fait que les régions du monde sont très différemment affectées par les évolutions à l’œuvre. « La crise capitaliste est aujourd’hui très profonde en Grèce, elle l’est beaucoup moins dans la Turquie voisine, et presque pas en Chine. Il est également possible que ces différences engendrent des trajectoires de développement historiquement distinctes à l’échelle planétaire. »

Mann estime, en divergeant de l’analyse de Randall Collins, que « le chômage de masse ne sonne pas nécessairement le glas du capitalisme », notamment pour des raisons démographiques qui exigeront encore plus de travail envers les personnes et des rééquilibrages migratoires profonds.

Il envisage ainsi un scénario où « toute l’humanité pourrait vivre dans une économie presque stationnaire, comme le font déjà les Japonais depuis vingt ans. En fin de compte, plutôt que catastrophique, l’avenir du capitalisme risquerait d’être simplement un peu ennuyeux ». À moins qu’un effondrement écologique ne précipite les choses…

Enfin, Georgi Derluguian, qui enseigne les sciences sociales à la New York University d’Abu Dhabi, repose la question commune aux cinq auteurs à l’aune de l’effondrement du système soviétique. Il juge en particulier que la société qui remplacera le capitalisme ne ressemblera pas au modèle communiste, et que l’urgence est aujourd’hui en priorité « d’analyser les divers programmes politiques et économiques, ainsi que les coalitions et les compromis possibles afin de minimiser les incertitudes de la transition en cas de crise majeure ».

Source: Mediapart.fr

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