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Publié par Saoudi Abdelaziz

L'Oranais, de Lyes Salem. © Jean-Claude Lother

 "Ce que je veux, c’est que l’on nous rende notre mémoire, telle qu'elle est. »

 

Quelques propos (souligné par le blog) de Lyes Salem, le réalisateur de l'Oranais, extraits de la longue interview publiée le 9 décembre 2014 sur le site Mediapart.

L’Oranais est en salle en France depuis le 19 novembre. 

Lyés Salem
Lyes Salem.Photo DR

"Avec ce film, j’avais envie de présenter des êtres humains, et non pas les personnages lisses et sans faille qu’on nous présente sans cesse quand on évoque les anciens « moudjahed ». J’ai construit le film de manière que ce soit ce qui se passe dans la sphère privée qui déborde dans la sphère publique. Pour le reste, ce film, c’est un peu « rallumer le passé pour éclairer l’avenir ». Le plus important, ce sont les cinquante ans qui viennent, pas ceux qui sont derrière nous".

"Le film pose la question de ce qu’est l’identité algérienne. Une identité, par définition, ne peut se définir que par soi-même. À partir du moment où elle est imposée, cela ne fonctionne pas. Quand j’ai écrit cette partie du film, nous étions plongés en France dans le débat sur l’identité nationale. Je vis en France, et j’ai été évidemment influencé par cette façon dont on a essayé de plaquer des choses artificiellement sur la question de l’identité. L’Algérie, elle, a un potentiel de multilinguisme impressionnant, chaque Algérien pourrait parler au moins quatre langues : le dialecte arabe algérien, le kabyle, l’arabe littéraire et le français. Et puis non. Pour l’instant, on a manqué cela".

"Si l’Algérie post-indépendante avait affronté ses contradictions, ses démons, nous n’en serions pas là. Aujourd’hui, nous sommes dans une crise identitaire phénoménale, qui est la cause des dérives. Là, réside le principal problème. Cette crise identitaire prend la forme d’un clanisme, d’un régionalisme indépassable, du salafisme le plus bigot, aussi. Ce salafisme vient combler un déficit identitaire énorme. Si ce déficit n’existait pas, il n’y aurait pas besoin de s’affirmer dans cette violence, dans cette austérité. Cette austérité vient donner un sens à une absence de vie".

"En Algérie, il y a ce sentiment de vide, de vide absolu. Il faut redonner du sens. Je le vois bien sur mes tournages : je tourne tout le temps en Algérie. Et sur le plateau, il y a toujours des individus qui, au début, sont fermés, conservateurs. Mais au bout de trois mois, parce que l’on a vécu une aventure humaine autour du film, parce qu’ils servent à quelque chose, qu’ils sont en train de construire quelque chose, ce ne sont plus les mêmes, ce n’est plus la même chanson. Les gens n’en sont pas moins musulmans, mais ils sont beaucoup plus détendus".

"En Algérie, le ministère de la culture ne peut pas tout faire : c’est le parent pauvre du gouvernement. Et la culture, en Algérie, a été laissée de côté depuis toujours. En France, même s’il y a beaucoup de problèmes, il y a une véritable politique culturelle. En Algérie, ça n’existe pas. Il y a aussi un problème de « chaîne industrielle » : il n’y a pas de salles de cinéma, par exemple. Vous pouvez toujours monter une société de production, mais après, qu’allez-vous en faire ? Comment rentabiliser un film sans salles ? Et même s’il y avait des salles, les gens ont perdu l’habitude d’aller au cinéma, à part quelques férus et cinéphiles qui animent encore des ciné-clubs très actifs. Les couvre-feux lors de la décennie noire sont passés par là, et tout cela a accouché d’une société très conservatrice, qui se méfie du cinéma. Récemment, ma productrice me montrait la lettre du Fdatic (Fonds de développement de l'art, de la technique et de l'industrie cinématographique, qui dépend du ministère de la culture algérien), qui notifiait que la commission accordait la subvention du film à l’unanimité, en disant : « l’histoire du pays est abordée avec courage ». C’était écrit comme ça, tel quel. Et quand on a présenté le film à la commission pour obtenir le visa d’exploitation, pour ne pas dire la commission de censure, on l’a eu sans problème. Peut-être quelque chose est-il en train de bouger, c’est peut-être le moment de foncer."

Source: Mediapart.fr

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