Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Publié par Saoudi Abdelaziz

Par Pr Chems Eddine Chitour, 8 Decembre 2014

 

On dit que l'Algérie aurait près de 7000 milliards de m3. De quoi rester paresseux et dormir pendant encore une cinquantaine d'années. A toutes les anomalies signalées, s'agissant d'un pays en stress hydrique permanent comme l'Algérie, engager 15.000 m3 d'eau douce par forage est un gaspillage d'une ressource rare. Il faut savoir en effet qu'il faut environ 500 à 600 forages si on veut produire 1 milliard de m3 et 1million de m3 d'eau douce par milliard de m3 de gaz valeur minorée selon d'autres experts. D'où allons-nous les prendre? Où allons- nous les rejeter quand ils seront pollués par le millier de produits chimiques pour la plupart aromatiques et cancérigènes.

On dit que l'albien est moins profond que la profondeur du forage. C'est méconnaître la dynamique des fluides et les migrations de ces milliards de m3 d'eaux contaminés Par ailleurs, les effets de la fracturation du sous-sol sont une inconnue du point de vue stabilité géologique. Enfin, le prix d'un puits de gaz de schiste est de l'ordre de 10 millions de $ aux Etats-Uns et trois fois plus cher en Algérie.
La rentabilité n'est pas évidente en plus du désastre attendu. Du point de vue de l'environnement, on fait fi, naturellement, de l'écosystème saharien de la faune et de la flore qui y habitent.
Nous épuisons frénétiquement l'énergie, croyant être malins alors qu'il serait plus sage de n'exploiter que le strict nécessaire, sachant que notre meilleure banque est notre sous-sol. Par ailleurs, on achète n'importe quoi. On achète des équipements électroménagers qui sont des gouffres d'énergie électrique (four, frigidaire). Des voitures qui dépassent toutes 150 g de CO2 par km. Chose qui est interdite en Europe. Parce que la norme en Europe est de 120 g. Donc, c'est 30% d'énergie qui va dans l'atmosphère. A ce rythme de gaspillage frénétique de nos ressources, l'Algérie épuisera avant 2030 ce qui reste du pétrole. Imaginons, par contre, un gouvernement fasciné par l'avenir, la première chose à faire c'est de miser sur l'intelligence et le savoir. Le modèle énergétique algérien prenant en compte les profondes mutations du marché énergétique mondial dans un contexte dangereux doit être mis en place.

En fait, rien ne peut remplacer un effort national pour la définition d'un modèle énergétique qui part de l'identification de l'ensemble des gisements de ressources qui ne peuvent être seulement matérielles (fossiles et renouvelables), des modes de consommation adossés. Il nous faut donc mettre rapidement en place des états généraux de l'énergie qui concerneront tous les départements ministériels et même la société civile qui devra être convaincue de la nécessité de changer de cap: passer de l'ébriété énergétique à la sobriété énergétique.

Le maître-mot en tout, est l'autonomie, la production nationale qu'il faut encourager. Nos gisements sont sur le déclin. La stratégie à mettre en oeuvre consistera justement à un triple objectif: assurer une relève graduelle par les énergies renouvelables, modérer et dimensionner notre production en fonction des stricts besoins de l'Algérie en rompant une bonne fois pour toutes avec la culpabilité de «nos engagements». Faire la chasse au gaspillage qui représente un gisement perdu d'au moins 20%, selon l'Aprue. Le meilleur gisement d'électricité dans le pays, c'est l'électricité que l'on ne consomme pas, c'est l'essence que l'on ne consomme pas. De plus, chaque baril de pétrole exporté devrait être adossé à un savoir et un savoir-faire. Imaginons que ce Plan Marshall réussisse, c'est un million d'emplois réels qui vont prendre en charge la construction de dizaines de milliers de chauffe-eau solaire, fabriqués par des ingénieurs et des techniciens formés par l'université. Par ailleurs et à titre d'exemple, nous avons importé en 9 mois 420.000 véhicules, soit 4 milliards de $ avec des moteurs énergivores et avec des centaines de millions de dollars pour le gasoil importé.

C'est donc une politique volontariste de mise en place du sirghaz qui fera économiser des centaines de millions de dollars au pays et permettra la création de milliers d'emplois. Imaginons un million de logements qui répondent aux normes d'économie d'énergie, avec toute la sous-traitance pour les isolants. Imaginons un réel démarrage du Barrage vert avec les dizaines de milliers d'emplois créés par la valorisation de la biomasse.

J'ambitionne pour mon pays un nouveau 24 Février d'une stratégie énergétique pour le XXIe siècle avec les outils des nouvelles technologies. Rien ne doit alors s'opposer à une remobilisation de l'Université qui doit faire preuve d'imagination, qui doit former des créateurs de richesse. Ce modèle aura à consacrer la vérité des prix qui nous permettra d'éviter le gaspillage et d'assécher l'hémorragie d'essence et de gasoil par les frontières...

Cette stratégie énergétique responsabilisera tous les secteurs, pas seulement celui de l'énergie, celui de l'eau, celui du commerce responsable de l'hémorragie de devises par la porte ouverte à l'importation débridée, l'université ainsi que les citoyens.

Le problème du gaz de schiste trouvera toute sa place si une stratégie énergétique était mise en place. Nous aboutirons à un «bouquet énergétique» tout en rappelant que le gisement d'économie d'énergie sera déterminant pour former l'écocitoyen de demain. C'est en fait cela le développement durable et la prise en compte des générations futures. La stratégie énergétique est de mon point de vue l'un des débats structurants dont devrait s'emparer cette honorable assemblée. Tout le secret de la gouvernance est justement de mobiliser le plus grand nombre autour d'une utopie, seule capable de sauver l'Algérie, quand la rente ne sera plus là.

 

*Conclusion de l'article intitulé: "l'énergie et les gaz de schiste expliqués aux député(e)s. Quand la rente ne sera plus là". Source: http://www.lexpressiondz.com

photo DR

photo DR

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article