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Publié par Saoudi Abdelaziz

Moncef Marzouki à Mahdia, le 11 novembre. Photo DR

A mesure qu’approche l’échéance fatidique du 23 novembre, une donnée dont ne dispose pas l’opinion publique contribue à déterminer la teneur du climat électoral : ce sont les baromètres et sondages semi confidentiels commandés par les grands partis, destinés à une diffusion en interne. En l’occurrence, ils montrent que l’écart se resserre rapidement entre les deux favoris que sont Béji Caïd Essebsi et Moncef Marzouki.

 

Par Seif Soudani, 13 novembre 2014

Après avoir atteint son rythme de croisière, la campagne électorale pour la présidentielle se radicalise : pas une journée sans polémique, propagande voire diffamation. Nous nous penchons ici sur les candidats les plus sérieux ainsi que sur les principaux trouble-fêtes.

 

Une « doctrine Marzouki » qui se révèle dans l’adversité

A mesure qu’approche l’échéance fatidique du 23 novembre, une donnée dont ne dispose pas l’opinion publique contribue à déterminer la teneur du climat électoral : ce sont les baromètres et sondages semi confidentiels commandés par les grands partis, destinés à une diffusion en interne. En l’occurrence, ils montrent que l’écart se resserre rapidement entre les deux favoris que sont Béji Caïd Essebsi et Moncef Marzouki.

C’est selon la direction de campagne de ce dernier ce qui explique la férocité croissante des attaques dont fait l’objet le président sortant. Le 12 novembre, face à un parterre d’étudiants et de bénévoles dans le secteur de la santé, le candidat Marzouki fut contraint de répondre à ceux qui guettent le moindre signe de complaisance avec le radicalisme religieux (notamment son utilisation du terme « taghout ») que « sans la mauvaise gouvernance des cinquante dernières années, le problème de l’extrémisme ne se poserait même pas ».

Plus généralement, c’est sous les tirs croisés de la calomnie et du retour aux affaires de l’ordre ancien que la rhétorique de la campagne Marzouki se libère peu à peu du politiquement correct, en opérant un retour aux sources au discours initial du CPR (et avant cela du CNLT), une entité pensée dès le départ davantage comme un laboratoire d’idées universalistes anti dictature qu’un parti politique à proprement parler. C’est ce qui explique en partie sa déconvenue subie aux dernières législatives, l’amnésie collective aidant.

Arithmétiquement parlant cependant, non seulement le recul aux législatives est moindre par rapport aux partis d’autres présidentiables (ceux de Chebbi et Ben Jaâfar n’existent quasiment plus dans la prochaine Assemblée), mais les voix combinées des électeurs potentiels de Marzouki (une majorité des électeurs Ennahdha, ceux du CPR, d’Attayar, Wafa, etc.) suffisent à lui garantir un passage au second tour.

Les « restaurateurs » divisés

En face, le camp Essebsi tente de « vendre » l’idée d’une alternance, là où il y a en réalité une grande part de restauration (comme l’explique ici ce schéma du blog el Kasbah).

En trois années post Constituante, les forces anciennement exclues par l’article 15 ont eu le temps de tirer les leçons d’un paysage politique extrêmement volatile, où un nouveau parti comme la Pétition Populaire avait pu se hisser à la troisième place.

Car la « droite populaire » mobilisée par le référentiel bourguibiste (à commencer par le nom Nidaa Tounes, l’appel de la nation, qui correspond à un vocabulaire militariste) sur fond identitaire, en appelle à une fibre patriotique qui n’est pas moins populiste que les ressorts auxquels fait appel Hechmi Hamdi dans un autre registre, lui qui est toujours en lice par ailleurs.

En cela, les élections de 2014 accentuent un trait déjà apparu en 2011 propre aux balbutiements démocratiques, celui de l’efficacité des populismes dans un terrain où le débat politique est encore simpliste et où l’idéologie est réduite à sa plus simple expression (réponse sécuritaire VS peur irrationnelle). Auteur d’une fausse rencontre avec les militaires du Mont Châambi, le candidat ex ministre de Ben Ali, Mondher Zenaïdi, l’a bien compris également.

Le phénomène Slim Riahi (nouvelle troisième force politique) est une autre illustration de cette « bouffonisation » de la vie politique, biaisée par le cynisme mercantile qui promet monts et merveilles aux foyers de pauvreté pandémique dans le pays.

Si les électeurs de l’UPL ne sont pas a priori susceptibles de voter Béji Caïd Essebsi, le ticket qui fera le plus de dégâts dans le camp destourien au premier tour est celui de Mustapha Kamel Nabli, candidat dont l’indépendance autoproclamée pourrait séduire un tiers voire plus des électeurs qui se rabattraient sur « BCE » en dernier recours.

Plombé par une lecture digne d’un bêtisier lors de son spot de campagne à la TV nationale, le candidat Kamel Morjane a probablement enterré ses chances d’une percée significative.

Le candidat de l’extrême gauche Hamma Hammami sera ce weekend à la Qobba d’al Menzah, « tout un symbole » d’embourgeoisement, ironisent les réseaux sociaux.

Quant à l’outsider Mustapha Ben Jaâfar, sa campagne éclair ne démarre réellement que le 15 novembre via la parution d'un livre d’entretiens avec le politologue Vincent Geisser qui sera présenté ce samedi à la médina de Tunis devant un parterre de journalistes. S’il espère faire un score honorable, l’électorat potentiel du « père de la Constitution » reste imprévisible dans un scénario Marzouki – Essebsi au deuxième tour.

 

photo DR

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