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Publié par Saoudi Abdelaziz

Habituellement boycotté -comme les autres composantes de l'opposition radicale de gauche- par les medias publics ou "indépendants", le Parti socialiste des travailleurs, a eu ce matin accès aux colonnes du quotidien El Watan. Pour aller à l'essentiel, Mahmoud Rechedi, secrétaire général du PST a réussi à contourner les longues questions raccoleuses de Mohamed Aziri. Nous avons donc préféré mettre de côté les bavardes diversions du journaliste. Nous reproduisant ici les propos de Mahmoud Rechedi consacrés aux  récentes initiatives politiques. (Nous avons pris la liberté de souligner les repères principaux).

 

"Il est important de savoir à quoi et à qui ils s’opposent. Est-ce que cette opposition pose des problèmes économiques et sociaux ? Non ! Et même lorsqu’il arrive qu’elle les pose, c’est dans le genre : la rente, y’en a marre ; elle sert a acheter la paix sociale… Que la manne pétrolière, les réserves de change ne doivent pas profiter à la masse des Algériens, etc. Il se trouve qu’on est en présence d’un discours ultralibéral. Ils disent cela alors que le front social est en ébullition, avec une quantité record de grèves, de manifestations quotidiennes sur le chômage, le logement…

Ceux qui se réclament de l’opposition ont en réalité tourné le dos à ce mouvement social formidable. Le contenu de leur opposition ne prend nullement en charge les revendications de ce mouvement social. Pire. Dans la plateforme du Mazafran figure ce point, où il est question, entre autres, de la nécessité de faire cesser ce qu’ils appellent «les grèves sauvages». Ils demandent donc davantage de verrouillage du droit syndical, qui est déjà remis en cause.

De ce point de vue, ils sont sur la même longueur d’onde que le pouvoir qui, à travers le projet de code du travail, ne fait pas moins qu’attenter au droit de grève, qui fait partie des droits démocratiques. Sur les questions démocratiques non plus, ils ne sont pas conséquents. Sur le plan crédibilité, la composante de la CNLTD a du souci à se faire.

Non seulement les anciens chefs de gouvernement portent leur part de responsabilité dans la gestion, mais également les partis RCD et MSP qui ont été au pouvoir, Jil Jadid – qui en réalité est un «jil qadim», de la vieille garde – dont le porte-parole était au PRA de Boukrouh qui a été également au pouvoir et d’autres aussi. Cela étant, au PST, nous ne sommes pas dans une démarche anti-CNLTD, de diabolisation. Nous demeurons prêts à défendre, avec eux, ne serait-ce qu’un seul point démocratique.

L’essentiel de la démarche était centrée sur l’amorce d’une période de transition. La CNLTD part des postulats de crises politique et institutionnelle, de la maladie de Bouteflika, et a demandé dans un premier temps l’application de l’article 88 avant de solliciter une présidentielle anticipée comme elle vient tout juste de le faire.

La problématique se résume, pour eux, à la destitution de Bouteflika pour ce qu’il est, à savoir un Président incapable, et pour ce qu’il représente comme ailes à l’intérieur du régime, et demande une période de transition. La CNLTD ne dit pas que les structures qui doivent piloter cette transition se doivent d’être élues par le peuple. Le peuple ne doit donc participer à aucune des phases préconisées. C’est aux partis, à la classe politique, aux experts de décider et, plus tard, on fera peut-être appel à ce peuple pour cautionner. Cette démarche, on ne la partage pas. Nous nous inscrivons dans une autre : celle de l’Assemblée constituante. Nous, nous avons été contre tous les mandats de Bouteflika. De son premier à son quatrième, contre son programme libéral, néolibéral.

En réalité, il s’agit d’une opposition libérale. En témoigne le fait qu’elle s’en prenne aux orientations dites de patriotisme économique. A la nomination de Sellal, nous avons dit qu’il s’agissait là d’une accentuation du cours libéral. A posteriori, on comprend la réaction d’Ouyahia qui avait dit, en substance, que la mafia avait fini par gagner et que l’argent sale commandait.

La question de fond, et c’était valable aussi pour Barakat, est comment faire adhérer les masses populaires si les intérêts évidents de la majorité ne sont pas transposées – dans les plateformes – et que les questions socioéconomiques n’y sont même pas articulées. Souvenons-nous, les islamistes n’ont pas conquis le peuple parce qu’ils parlaient de Dieu, mais parce qu’à Djamaâ Essouna, Ali Benhadj parlait de ces questions économiques et sociales, des prédateurs et des pillards de richesses, etc.

Les questions démocratiques, nous partageons entièrement. A la seule condition que tout soit précis et défini au préalable. Que ce soit Bouteflika ou Djaballah qui appellent à soutenir les droits des femmes, nous partageons. Et si ce pouvoir est sérieux, pour commenter la démarche du FFS, qu’il commence par suspendre tous les projets qui hypothèquent l’avenir.

Notre opposition au régime s’articule aussi bien sur les questions démocratiques que les questions économiques et sociales. Si on est pour l’application de cet article de la Constitution – Constitution que nous rejetons au demeurant – on devrait l’être aussi pour un tas d’autres articles qui méritent qu’on se mobilise soit pour les appliquer, soit pour les abolir.

Nous sommes pour une Assemblée constituante. C’est ce que nous avons signifié à Ouyahia : la Constitution ne doit pas s’élaborer à la Présidence, sans débat public. Nous avons dit que les élections, les dernières en date comme celles de 1999 et les autres, n’ont pas été démocratiques. On ne reconnaît aucune légitimité à ce pouvoir, qui est un pouvoir de fait. Et face à ce dernier, nous n’avons que nos revendications, dès lors que le rapport de force ne nous est pas favorable.

Nous pensons que la solution à la crise qui correspond à la majorité des Algériens, des masses populaires, c’est celle de l’Assemblée constituante. Je dis bien la majorité, ce qui implique non seulement les partis politiques mais les travailleurs, leurs syndicats, les femmes, les étudiants, les chômeurs… Et cette Constituante doit être élue à la proportionnelle intégrale. La seule chose qui peut nous prémunir du chaos, ce sont les libertés démocratiques, l’auto-organisation populaire. Si le peuple algérien n’a pas le droit de parler, de s’organiser, tous les apprentis-sorciers s’y mettront, toutes les barbaries deviendront possibles.

Tout ce qui relativise, pose des conditions, minimise la maturité des Algériens est inacceptable. On a connu cela après les événements d’Octobre 1988 avec un raisonnement absurde : faut-il prolonger la vie des dictatures pour rendre le peuple plus mûr à la démocratie ? Non. S’il n’y a pas maturité, c’est d’abord du fait du verrouillage des espaces démocratiques.

Dans l’absolu, oui, il faudrait une transition mais, entendons-nous bien, l’aspect technique des choses, les forces sociales doivent être associées au même titre que les partis politiques au processus de préparation de l’élection d’une Assemblée constituante souveraine. Les Algériens doivent être associés à chacune des étapes qui engagent leur avenir et leur projet de société"

 

Source: El Watan

 

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