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Publié par Saoudi Abdelaziz

Le 13 octobre 1993, El Watan annonçait qu’« un terroriste du nom de Lakhdar Bouzenia a été abattu mercredi à Taskift (w. Jijel) ». Le quotidien ne mentionnait pas le fait que ce "terroriste" était député à l'Assemblée populaire nationale. Après de nombreuses années d'instruction, le comité des droits de l'homme de l'ONU a condamné "l’arrestation, la torture et la disparition" de ce député jijélien. L'exécution du député islamiste de Chekfa, durant l'été 1993, s'inscrit dans la démarche qui s'est imposée, après l'assassinat de Boudiaf, consistant à dévoyer les luttes politiques en fitna généralisée. Dans la région de Jijel, de Taher à El Aouana, plusieurs enseignants proches du PAGS ont ainsi été assassinés par les terroristes. La mise à l'écart brutale des "politiques" a conduit sur le terrain à l'hégémonie des terroristes et des services antiterroristes. Cette hégémonie de la brutalité sur les Algériens fut combinée à l'affrontement idéologique entre projets antagonistes de société. On connait la suite. 

 

L'association El karama qui révélé et suivi l'affaire a publié sur son site ce rappel des faits:

"Âgé de 38 ans au moment de son arrestation, Lakhdar Bouzenia était père de quatre enfants et professeur de littérature arabe au lycée de Sidi Abdelaziz dans la wilaya de Jijel. Figure politique au sein du FIS, il avait été élu à la majorité absolue des voix (64,81%) pour la circonscription de Chefka dès le premier tour des élections législatives du 26 décembre 1991, élections qui furent annulées à la suite du coup d’état militaire du 11 janvier 1992.

Bouzenia a été arrêté sans raison, le 24 mai 1993, à un barrage routier installé par la gendarmerie nationale dans la localité d’El Ancer dans la division administrative (wilaya) de Jijel. Au cours de cette même période, des dizaines de militants et d’élus du FIS ont été arrêtés dans la même région, dont le propre frère du député, Hussein Bouzenia, maire de la localité voisine de Chefka.

Durant un mois, Lakhdar Bouzenia a été détenu au secret dans plusieurs brigades de la gendarmerie nationale, y compris à El-Ancer, Elmilia, Settara et El-Aouana, puis emmené au siège du secteur militaire de Jijel. Il a ensuite été transféré au Centre territorial de Recherches et d’Investigation (CTRI) de Constantine relevant du Département du renseignement et de la sécurité (DRS). Au cours de sa détention secrète, il a été gravement torturé par les officiers du DRS et les agents de gendarmerie nationale ; il a subi toutes sortes de sévices et a notamment été crucifié.

Présenté devant le tribunal d’Elmilia un mois après son arrestation, le député du FIS était méconnaissable et avait de la peine à tenir debout ; il portait des traces évidentes des tortures subies ; ses mains et ses pieds, clouées pendant les séances de tortures, portaient notamment des plaies consécutives à sa crucifixion.

Lors de sa comparution, le juge d’instruction du tribunal d’Elmilia, Karouane Boualem, n’a pas jugé nécessaire de relever que le prévenu avait été gravement torturé et a refusé de le soumettre à un examen médical en dépit de son état. Il s’est contenté de l’inculper «d’atteinte à la sureté de l’état » et « d’appartenance à une organisation terroriste » en l’absence totale d’éléments matériels justifiant ces accusations.

Emmené à la prison de Jijel, Bouzenia a été détenu en isolement complet dans un cachot où il a encore subi tortures et mauvais traitements. Sa famille n’a obtenu un permis de visite à la prison de Jijel que le 8 août et a pu ainsi constater la gravité des actes de tortures qu’il avait subis.

Au cours de l’une des visites familiales, le député du FIS a informé son frère qu’il avait terminé en prison l’écriture d’un ouvrage intitulé « Le multipartisme en Algérie : Réalités et perspectives » dont il souhaitait faire sortir le manuscrit. Sa famille a alors sollicité une autorisation du directeur de la prison de Jijel qui a rejeté la requête et confisqué le document. A la suite de cet évènement, il a été emmené illégalement dans les locaux du DRS à l’extérieur de la prison pour y être interrogé pendant près de six heures.

Il fut à nouveau sorti de prison le 26 octobre 1993 par les agents du DRS à la veille de son transfèrement vers la prison de Constantine où son procès devait se tenir le 17 novembre 1993. L’ordre de transfert, signé par le procureur général de Jijel Rouainia Amar, ne concernait curieusement que lui, les autres accusés poursuivis dans le cadre de la même affaire ne figurant pas dans la liste ne furent emmenés à la prison de Constantine que le 7 novembre 1993.

Le fourgon cellulaire de l’administration pénitentiaire – où il fut embarqué en présence du directeur Guentas Youcef, du chef de la détention Grimes Saïd, et de gardiens de la prison, et qui quitta l’enceinte de l’établissement le 27 octobre 1993 à 11 heures, escorté par un convoi de plusieurs véhicules de la gendarmerie nationale placé sous le commandement de l’officier Benouda – n’est, selon le directeur de la prison de Constantine, jamais arrivé à destination, et aucun détenu du nom de Lakhdar Bouzenia n’a non plus été admis dans l’établissement.

Le 31 octobre 1993, soit quatre jours plus tard, la chaîne de télévision nationale, citant un communiqué officiel, rapportât que « les forces de sécurité ont réalisé un exploit en neutralisant un dangereux terroriste du nom de Lakhdar Bouzenia à Taskift, à une dizaine de kilomètres à l’est d’Elmilia ». Le quotidien El Watan, dans son édition du même jour, écrit pour sa part, qu’« un terroriste du nom de Lakhdar Bouzenia a été abattu mercredi à Taskift (w. Jijel) » ; les médias n’ont cependant pas fait référence à la qualité de député de la personne « abattue » laissant ainsi planer le doute parmi ses proches.

Surpris et troublés, ces derniers s’adressèrent alors aux autorités judiciaires de la wilaya de Jijel qui refusèrent de leur confirmer l’information. Le directeur de la prison de Jijel leur confirma pour sa part que Bouzenia avait bien été transféré vers la prison de Constantine.

Lors du procès du député de Chefka et de ses coaccusés devant la cour spéciale de Constantine le 17 novembre suivant, le président de la cour s’étonné de son absence dans le box des accusés, fût rejoint par le procureur qui lui murmura quelque chose à l’oreille. Après un long silence, les juges se retirèrent pour délibérer quelques instants. À leur retour, le président prononça, à la surprise de toutes les personnes présentes dans la salle d’audience, « l’extinction de l’action publique pour cause de décès de l’accusé Lakhdar Bouzenia », sans aucune autre explication.

Malgré le climat de terreur – entretenu par les services de sécurité algériens – qui régnait dans la région et les craintes de représailles, la famille du député a entamé de nombreuses démarches afin de s’enquérir de son sort ; ses proches se sont rendus à la morgue des hôpitaux de la région et dans les diverses administrations locales sans résultat ; aucun certificat de décès au nom de Lakhdar Bouzenia n’avait été enregistré sur les registres de l’état civil.

À chaque fois, aussi bien les instances administratives que judiciaires ont refusé de reconnaître le décès ou la disparition de la victime, ont constamment affirmé à sa famille qu’il avait bien quitté la prison de Jijel le 27 octobre 1993 et, contre toute logique, qu’il était bien arrivé à la prison de Constantine ; les autorités ont par ailleurs toujours refusé de confirmer ou d’infirmer que la personne dénommée Lakhdar Bouzenia, « abattue le 27 octobre 1993 par les forces de sécurité » était bien le député de Chefka.

Sollicité par la famille, le procureur de Milia a refusé d’enregistrer une plainte et d’ouvrir une enquête et le procureur général de Jijel, Rouinia Amar, s’est contenté de dire à la famille qu’il ne pouvait rien faire et que « l’affaire le dépassait ».

Jusqu’au 17 novembre 2008, date à laquelle les proches du député ont été convoqués au bureau du procureur de Taher, Boumaali Mabrouk, celui-ci a continué à nier contre toute évidence sa disparition et a refusé de leur délivrer un constat de disparition se contentant de les renvoyer vers « les autorités compétentes » sans même préciser lesquelles.

Source: Le Quotidien d'Algérie

 

photo DR

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Commenter cet article

moh del fobor 21/11/2014 21:08

Dramatique et pathétique! Rabbi yerrahmak ya Lakhdar ainsi que tous nos compatriotes qui ont péri dans cette tourmente manigancée par les puissances de l'argent!

ordalie 20/11/2014 10:32

allah yerahmou, que d'injustices ! un cas similaire en 1993, mon cousin âgé à peine de 18 ans, étudiant enlevé la nuit de son domicile, lors des rafles des années noires, tout simplement parcequ'il portait la barbe et après ses cours ,s'occupait à nettoyer les tapis de la mosquée du quartier, allah yerahmek abdelkrim azri, son père avait chercher en vain de savoir la vérité et meurt de chagrin.