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Publié par Saoudi Abdelaziz

Livre blanc sur la fraude électorale. 

"L’initiative d’Ali Benflis une première du genre, marque indiscutablement une véritable rupture par rapport à ce qui a prévalu jusque-là, c'est-à-dire tourner la page et oublier"

 

Par Omar Ouali, 1er septembre 2014

 

La fraude électorale fait partie des constantes nationales en Algérie. C’est même un héritage historique qui remonte à l’époque coloniale, précisément à Marcel-Edmond Naegelen, gouverneur d’Algérie dont le nom reste ad vitam lié au tripatouillage grotesque des urnes. C’est dire que l’administration algérienne a de qui tenir sur ce registre. Et avec la répétition des scrutins, notamment depuis l’instauration du multipartisme, le procédé a connu juste une sophistication et une mise à jour, au point d’avoir aujourd’hui sa propre cohérence, sa propre logique en tant qu’instrument qui permet au système de se perpétuer.

Combien de fois des partis politiques, des candidats aux différentes élections, victimes de cette fraude, véritable coup d’État permanent contre l’expression de la souveraineté populaire, avaient promis de rendre publics des livres blancs pour dévoiler, démonter le mécanisme de la fraude. Mais ils ne sont jamais allés au bout de leur menace pour diverses raisons. Ce qui a peut-être permis à l’administration de persister dans sa forfaiture.

C’est en cela que l’initiative d’Ali Benflis, une première du genre, marque indiscutablement une véritable rupture par rapport à ce qui a prévalu jusque-là, c'est-à-dire tourner la page et oublier. Le challenger de Bouteflika avait promis un livre blanc et il vient de le rendre public. Parole donnée, parole tenue même si l’entreprise n’a pas été aisée.

Il va de soi que ce document, qui a d’abord valeur de témoignage mais aussi valeur pédagogique, ne va pas remettre en cause les résultats des élections du 17 avril. Mais il sera certainement un premier jalon posé sur la voie du changement, de la reconquête de la souveraineté populaire pour faire en sorte qu’elle n’obéira désormais qu’aux règles de la transparence et de la saine compétition électorale.

C’est un défi majeur, notamment pour l’opposition, et ce document est de nature à servir de catalyseur à ses forces pour les fédérer et pour en finir avec la fatalité de la fraude, souvent justifiée sous l’argument fallacieux de la stabilité du pays.

Source: Liberté

 

Déclaration liminaire sur le Livre Blanc sur la fraude

Par Ali Benflis

Ali Benflis

Je tiens à vous remercier pour votre présence et à vous exprimer mon plaisir de vous rencontrer pour vous présenter- et à travers vous au peuple algérien tout entier- le Livre Blanc sur la fraude.

Dans l’histoire politique de notre pays, ce Livre Blanc est une première dans son genre. Il, créera, je l’espère, un précédent en tant que moyen d’une saine pratique démocratique qui reste à consacrer dans notre pays. J’aurais tant voulu que son objet fût autre que celui de la fraude qui a réussi à disqualifier la politique en Algérie.

Ce Livre Blanc vient honorer une promesse solennelle faite à nos concitoyennes et à nos concitoyens dès la proclamation des résultats des dernières élections présidentielles. Il vient aussi traduire en acte l’engagement pris envers eux de leur dire ma part de vérité au sujet de la fraude qui est devenue à elle seule une véritable institution née et se consolidant avec pour seul dessein de fausser la compétition politique et permettre ainsi au régime en place de survivre et de durer envers et contre tous.

Honorer cette promesse et tenir cet engagement n’ont pas été chose aisée. Pour étayer ce constat, il me suffit de vous faire part des cinq obstacles majeurs auxquels le projet de Livre Blanc a été confronté de manière systématique et continue.

- Il y a eu d’abord le premier obstacle de la crainte compréhensible des représailles. Le régime est coutumier de cette manière d’agir et vous, mesdames et messieurs des médias, en êtes les premiers témoins puisque le libre exercice de votre profession rencontre souvent l’embûche des représailles subtiles ou grossières, douces ou plus brutales. Cette menace pesante, harassante et, pour tout dire, dissuasive a contribué à assécher les sources de témoignages directs et nominativement assumés. Nous avons eu connaissance de faits précis, de témoignages concordants et crédibles et de rapports circonstanciés concourant tous à établir que lors des dernières élections présidentielles la fraude a atteint des sommets de par son ampleur, sa complexité et la sophistication de ses procédés. Le Livre Blanc ne pouvait, dans ces conditions, faire état de tous ces faits, ces témoignages et ces rapports sans porter la lourde responsabilité de désigner leurs auteurs à la vindicte de l’appareil politico-administratif et de les exposer à ses châtiments les plus sévères.

- Il y a eu ensuite le second obstacle de l’omerta, cette loi du silence que produit la malfaisance organisée sous tous les cieux du monde. La fraude n’est pas un acte isolé ; elle n’est même pas un ensemble d’actes isolés les uns des autres. Elle opère en système organisé. Et chaque unité et chaque partie à ce système est solidement tenue par cette omerta, cette loi du silence que nul n’oserait enfreindre. Des institutions républicaines de même que des administrations nationales et locales opèrent à l’intérieur de ce système et servent à huiler tous ses mécanismes de haute précision. Les centaines, voire les milliers d’élus d’agents et de cadres, y compris des cadres de la Nation servent ce système et en connaissent parfaitement le mode de fonctionnement. En leur âme et conscience, ils savent que la fraude est le moteur du système politique algérien et qu’ils acceptent d’en être les rouages indispensables mais que la loi du silence à laquelle ils sont soumis est plus forte que leur résolution, leur volonté et leur conviction.

Eux aussi, sont des victimes de ce système qui ne connait pas de merci.

Je me permets, pourtant, de vous l’annoncer dès ce jour ces témoignages finiront par voir le jour et lorsque la véritable histoire des dernières élections présidentielles s’écrira, ils révèleront, sinon à cette génération, du moins aux générations à venir, que ses résultats auront été le produit d’une opération frauduleuse jamais égalée dans l’Etat algérien moderne.

- Il y a eu, en outre, l’obstacle de l’opacité absolue qui caractérise nos processus électoraux. Vous, femmes et hommes des médias en savez quelque chose. Tout ce qui concerne de près ou de loin la préparation, l’organisation et l’achèvement de ces processus électoraux relève des secrets d’Etat les mieux gardés. Rappelez-vous avec moi le triste épisode de la polémique diplomatique futile qui a opposé notre pays à l’Union européenne au sujet de la publicité du fichier électoral. Dans tous les pays du monde, la publicité des fichiers électoraux est d’une banalité affligeante tant ils sont connus de tous et même accessibles à tous. Chez nous, par je ne sais quelle perversion des esprits, ils participent de la souveraineté nationale et de la sécurité de l’Etat. Pas moins.

- Il y a, de plus, l’ampleur de la tâche. Dans tous les pays démocratiques lorsque survient une fraude électorale, celle-ci est généralement circonscrite à une situation particulière bien déterminée et par voie de conséquence son traitement est aisé. Chez nous la fraude est présente à toutes les étapes du cheminement de nos processus électoraux. Elle débute avec la prétendue opération d’actualisation du fichier électoral et s’achève avec la proclamation de faux résultats du scrutin en passant par tout le reste.

La fraude est tellement généralisée et tellement présente à toutes les phases du processus électoral qu’il faudrait en fait plusieurs Livres Blancs pour en cerner toutes ses formes et ses manifestations. Il faudrait un Livre Blanc sur le fichier électoral ; un Livre Blanc sur les votes multiples ; un Livre Blanc sur l’opportunité et la rationalité du nombre de bureaux de votes, un nombre qui n’obéit à aucun ratio connu dans le monde ; un Livre Blanc sur le vote itinérant et le vote des corps constitués ; un Livre Blanc sur le bourrage et la substitution des urnes ; un Livre Blanc sur le contrôle et la surveillance des élections, un Livre Blanc sur la manipulation et la falsification des procès verbaux. J’arrête ici cette litanie de livres Blancs possibles car je peux continuer à l’égrener pour de longs moments encore tant la fraude est omniprésente dans le moindre aspect et le moindre recoin de nos processus électoraux.

- Le cinquième et dernier obstacle est celui de la publication de ce livre Blanc. Ce qui vous a été remis n’est pas un livre publié dans les règles de l’art. Je ne sais si c’est par autocensure ou par la pression que sa publication a été contrariée. La raison véritable importe peu. Car la marque distinctive des régimes totalitaires est qu’on ne défère pas seulement à leurs ordres mais qu’on devance aussi leurs désirs. Ce Livre Blanc est loin d’avoir la prétention de lever le voile sur toutes les faces cachées de la fraude. Rapporté à la fraude dans toute son ampleur et dans toute sa complexité ce livre, je le reconnais, n’épuise pas le sujet. Pourtant, il suscite l’embarras et la gêne. Et c’est là son but : dire que la fraude est inacceptable, dénoncer cette banalité qu’elle est devenue et la stigmatiser comme un crime contre la Nation tout entière.

Mesdames et messieurs,

A la lumière des conditions de déroulement des dernières élections présidentielles, ce Livre Blanc établit sans ambigüité aucune que la fraude en tant qu’instrument de pouvoir est devenue, par elle-même, un système pourvu de sa propre cohérence, de sa propre logique et de sa propre raison d’être. Il s’agit d’un système que je dénomme personnellement une «coalition pour la fraude». Et de fait cette coalition a une composante bien identifiée ; elle a sa cohérence particulière et sa raison d’être aisée à discerner. Je m’en explique devant vous.

Les dernières élections présidentielles ont présenté devant nos yeux incrédules la véritable composition de cette coalition pour la fraude. Il s’agit d’abord d’institutions républicaines – Présidence de la République, Gouvernement, Parlement et Conseil Constitutionnel- mis en ordre de marche au service de la candidature du régime en place ; il s’agit de l’administration nationale et locale contrainte de promouvoir et de protéger cette candidature ; il s’agit de larges pans de la société civile tenus par des rapports prébendiers qui ont dû – pour certains d’entre eux s’aligner contraints et forcés sur cette même candidature ; il s’agit des puissances de l’argent douteux dont la présence envahissante a été remarquée lors de la dernière échéance présidentielle ; il s’agit des médias publics et de certains médias privés qui faisant fi de la déontologie de la profession dans ses exigences les plus élémentaires ont laissé prévaloir leurs préoccupations rentières sur leur devoir d’informer et sur leur devoir de vérité. Voilà le visage de la coalition pour la fraude que dévoile le livre Blanc. Vous-mêmes, femmes et hommes des médias avez rapporté les agissements coupables de cette coalition sans jamais être démentis.

Cette coalition pour la fraude a un visage mais elle a aussi une cohérence ; celle-ci n’est pas particulièrement difficile à trouver. Il s’agit de préserver les accès privilégiés à la rente et les perpétuer à tout prix. Nos gouvernants ont fait et font encore un usage pervers et ravageur de la rente au point que s’est formée en eux la conviction définitive que tout s’achète et tout se vend : les consciences, les soutiens, les allégeances, les soumissions et les positionnements politiques. La rente est l’un des enjeux majeurs de la fraude.

La coalition pour la fraude a donc un visage et une cohérence ; elle a aussi une raison d’être. A l’occasion de la dernière échéance présidentielle cette raison d’être de la coalition pour la fraude s’est révélée à nos yeux de manière éclatante.

Un régime politique en fin de parcours, dépassé par la marche du monde, à bout de souffle et n’offrant plus désormais ni perspectives ni espoirs n’avait plus que la fraude comme moyen de survie.

Et de fait la fraude est devenue l’unique instrument à la disposition du régime pour gagner des sursis et assurer une pérennité vacillante.

A qui fera-t-on croire que les scores brejnéviens du 17 avril dernier ont servi à élire un Président de la République et non à faire plébisciter par la fraude une vacance du pouvoir ?

A qui fera- t- on croire que la candidature du régime en place était bel et bien conforme aux pré-requis constitutionnels ?

A qui fera t- on croire que le 17 avril dernier un Président de la République a été élu et que le sort du pays a été mis entre des mains conscientes, responsables et diligentes alors qu’en ces instants mêmes tous nos dirigeants ne sont obsédés que par la seule gestion d’une vacance du pouvoir avérée car matériellement établie.

A qui fera-t-on croire que notre pays vit à un autre rythme qu’à celui de cette vacance du pouvoir dont nul ne sait sur quoi elle va déboucher ni vers où elle va nous mener ?

A qui fera-t-on croire que le 17 avril dernier un Président de la République a été élu alors que le centre de la décision nationale s’effrite et se disperse et qu’au pouvoir d’Etat s’est substitué de fait un pouvoir desgroupes de pression, d’influence et d’intérêt ?

A qui fera-t-on croire que le 17 avril dernier, la république s’est donnée un chef alors qu’en vérité c’est une gestion patrimoniale de la Nation qui venait d’être consacrée au moyen d’une agression sans nom contre la volonté populaire.

Mesdames et messieurs,

Dans le monde qui nous entoure, notre pays est devenu l’un des derniers ilots où la fraude a encore libre cours impunément, sans scrupule et sans retenue. Même si nos sentiments patriotiques doivent en souffrir, nous devons reconnaitre que nous sommes devenus un objet de dérision ou de commisération parmi les Nations.

La fraude est un mal et son antidote est connu. Il s’agit de soustraire l’organisation des scrutins à venir à l’emprise hégémonique et falsificatrice de l’appareil politico-administratif et de la confier à une autorité indépendante et souveraine pour ce qui concerne l’intégralité des processus électoraux.

Cet appareil politico-administratif a fait l’abondante démonstration de son incapacité à organiser des scrutins honnêtes et réguliers qu’il a ramenés à une opération déshonorante de distribution de quotas électoraux préétablis en fonction d’allégeances à rétribuer ou d’insoumissions à punir.

Le refus obstiné opposé par nos gouvernants à la création d’une telle autorité indépendante pour les élections est en soi un aveu et une reconnaissance de l’existence de la fraude comme instrument de pouvoir.

Si nos gouvernants étaient si sûrs de leur représentativité et de leur légitimité pourquoi en refuseraient-ils la confirmation par des élections dont cette autorité assurerait la régularité ?

Si nos gouvernants étaient si confiants en la qualité et en la performance de leur gouvernance pourquoi se déroberaient-ils devant le verdict populaire dont cette autorité garantirait l’expression libre et non faussée ?

Si nos gouvernants étaient si convaincus qu’ils présidaient aux destinées d’un régime politique voulu par le peuple lui-même pourquoi craindraient-ils de soumettre leur assertion à une vérification par les suffrages de nos concitoyennes et de nos concitoyens dont cette même autorité validerait l’authenticité ?

Non, nos gouvernants savent que la fraude est leur seul recours. Sans elle, ils n’ont pas d’avenir.

Ce que notre peuple doit parfaitement savoir c’est que la dernière échéance présidentielle, au moyen d’une fraude à large échelle inégalée, n’a servi, en dernier ressort qu’à perpétuer la vacance du pouvoir, à exacerber la crise de légitimité et à entretenir la crise institutionnelle. En cela, l’histoire politique de notre pays retiendra que le dernier scrutin présidentiel aura été un facteur amplificateur de la crise de régime d’une extrême gravité à laquelle le pays est aujourd’hui confronté. J’invite tous ceux que la gravité d’une telle situation interpelle à un moment d’introspection, à méditer sur toutes les conséquences périlleuses de ce scrutin et à diriger un regard lucide et sans complaisance sur cette situation dégradée dont l’enjeu central n’est pas moins que la stabilité de notre Etat, l’harmonie de notre Nation et la quiétude de notre peuple.

La fraude n’est pas simplement un jeu politique malsain ; elle n’est pas, non plus, seulement une ruse politique qui peut s’absoudre ; elle est encore moins un manquement ordinaire et passager à l’éthique politique. Plus que tout cela elle est fondamentalement une atteinte inacceptable à l’intégrité de l’Etat et un crime contre la Nation.

C’est pour cette raison que le Livre Blanc qui va vous être remis a été conçu pour dire «assez !». Assez à la fraude qui menace l’Etat dans ses fondations et l’affaiblit dangereusement. Assez à la fraude qui prive les institutions républicaines de leur représentativité et de leur légitimité. Assez à la fraude qui brise la relation de confiance entre les gouvernants et les gouvernés. Assez à la fraude qui réduit la citoyenneté et la volonté populaire à des considérations subalternes sans importance. Assez à la fraude qui n’est pas une fatalité sur la voie de l’alternative démocratique.

Assez à la fraude qui sous le couvert fallacieux de la préservation de la stabilité conduit le pays vers l’instabilité véritable.

Je vous remercie

Source: Le Matin

 

LE ROMAN DE LA FRAUDE
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