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Publié par Saoudi Abdelaziz

"En un mot, la nouvelle Tunisie, qui émergera des élections du 26 octobre prochain, a, plus que jamais, besoin d’une gauche forte, à la fois ambitieuse et réaliste. Seul le Front Populaire est en mesure d’en convaincre les Tunisiens. Tous les espoirs sont permis".

Par Hakim Bécheur

Porte parole de la campagne du Front Populaire tunisien en France

 

 D’aucuns voudraient réduire le prochain scrutin législatif tunisien à un affrontement entre "modernistes" et islamistes. Cette bipolarisation est non seulement réductrice mais aussi biaisée.

Le conglomérat formé pas Nida Tounès ("L'Appel de la Tunisie"), plutôt laïc, est un assemblage hétéroclite qui compte, en son sein, une faction de caciques de l’ancien régime de Ben Ali ou de nostalgiques de Bourguiba rêvant d’un retour au pouvoir.

 La gauche, seule alternative possible pour la Tunisie

 Les islamistes, bien qu’en perte de vitesse suite à une gouvernance calamiteuse, restent toujours très influents. Même s’il existe de réelles divergences quant au modèle de société prôné, "modernistes" et islamistes ne sont pas si dissemblables : même proximité avec les milieux d’affaires et, de fait, même propension à privilégier une orthodoxie néolibérale en termes d’orientation socio-économique, teintée d’une touche sociale et républicaine de bon aloi pour les uns et d’une religiosité plus ou moins rigoriste, pour les autres. A tel point que les islamistes ne cachent pas leur appétence pour une alliance post-électorale avec leurs prétendus adversaires. Pour ceux-là, il n’en est pas question. En tout cas, il ne faut pas le dire.

La gauche peut – et doit – troubler ce jeu de dupes en empêchant qu’une telle alliance achève de désespérer ceux qui attendent un vrai changement.

 Après avoir vécu plus de trois années des plus difficiles, émaillées d’assassinats politiques qui ont ciblé des personnalités de gauche suivis par l’enracinement d’un terrorisme djihadiste inquiétant, les Tunisiens, paupérisés par une crise économique sans précédent, veulent retrouver l’espoir d’une vie meilleure suscité par la Révolution.

Un enjeu majeur pour la gauche tunisienne

 C’est pourquoi les élections législatives du 26 octobre prochain (les 24, 25 et 26 octobre pour les Tunisiens de France), sont cruciales. Comme nul ne pourra gouverner seul en raison de la proportionnelle intégrale, la gauche doit être forte à l’issue de ce scrutin afin que la prise en compte de son poids et de ses propositions alternatives soit réelle dans la constitution de tout gouvernement de coalition qui, dès lors, pourrait fort bien se passer des islamistes.

Rassemblée sous la bannière du Front Populaire – qui comporte nombre de partis progressistes de sensibilités diverses ainsi que quelques personnalités indépendantes – la gauche tunisienne a enfin su conjurer les vieux démons de la division, même si la photo de famille n’est pas complète, en tirant les leçons du scrutin de 2011 qui l’avait laminée.

Cette dynamique d’union a permis au Front Populaire d’occuper une place incontournable dans le paysage politique tunisien. Mais cette sympathie palpable ne peut se traduire dans les urnes qu’à la condition de surmonter plusieurs obstacles.

 Les obstacles à surmonter 

D’abord, le désenchantement de larges pans de la société, notamment les plus jeunes, fait peser le risque d’une abstention massive aux prochaines élections.

 Le deuxième risque est celui de se laisser enfermer dans une caricature – complaisamment véhiculée par certains médias – qui voudrait cantonner le Front Populaire dans un rôle d’opposant systématique, incapable de gouverner. Or, en étant le seul, à proposer en 2014 un budget alternatif rigoureusement élaboré parmi la kyrielle de formations politiques présentes sur la scène politique tunisienne, le Front Populaire a montré qu’il était force de propositions crédibles. Il en a été de même sur tous les sujets abordés lors de la campagne en cours.

Le tiers payant généralisé pour un accès universel aux soins (inscrit dans la Constitution tunisienne), soutenu par une réforme fiscale ambitieuse comprenant un impôt sur la fortune, l’accent mis sur l’économie sociale et solidaire ou encore le rééchelonnement de la dette pour se donner des marges budgétaires indispensables sont autant d’exemples de réformes, argumentés et financés, susceptibles de répondre aux préoccupations des citoyens. 

 Une révolte peut encore survenir

 C’est ce message que doivent entendre les progressistes tunisiens qui savent bien que l’exaspération sociale est à son comble. A défaut de réponses concrètes aux inégalités qui minent le pacte républicain, une révolte d’envergure peut survenir à tout moment. Cette révolte pourrait même prendre une violente forme identitaire.

 En un mot, la nouvelle Tunisie, qui émergera des élections du 26 octobre prochain, a, plus que jamais, besoin d’une gauche forte, à la fois ambitieuse et réaliste. Seul le Front Populaire est en mesure d’en convaincre les Tunisiens. Tous les espoirs sont permis.

 Source : Le plus nouvelobs.com

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