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Publié par Saoudi Abdelaziz

LES ECRITS RESTENT.

De janvier 1993 à février 2014, en liaison avec l'actualité, quelques points de vue du blogueur sur le rôle de l'ANP et sur celui du DRS

Avant la dernière élection présidentielle

Quel est l'ordre du jour de l'ANP?

20 février 2014

Quels sont les origines de la crise au sommet? "A deux mois de l'élection présidentielle, la charge anti-DRS aussi inattendue que «radicale» d'Amar Saadani a été la manifestation «clinique» de l'exacerbation de cette crise" affirme K. Selim l'éditorialiste du Quotidien d'Oran. Dans le même quotidien, Kharoubi Habib propose un autre récit: "L'effet déclencheur" de cette crise au sommet " n'a pas été la charge lancée par Amar Saadani contre le DRS et son patron le général Mediene, mais la révélation intervenue bien avant faisant état de la restructuration de ce service décidée par le chef de l'Etat en sa qualité de chef suprême des armées et ministre de la Défense".

K. Selim conclut : "La crise cela veut dire le «moment ou jamais». Cette "opportunité", un autre membre du courant réformateur, Abed Charef la partage. Selon lui, l'appel de Mouloud Hamrouche "invite ceux qui ont le sort du pays entre leurs mains, c'est-à-dire le commandement de l'armée, à se concerter, à discuter, pour arriver à un nouveau compromis, en vue d'élaborer un nouveau consensus national".

Le patron de presse Omar Belhouchet, qui renoue solennement avec sa très ancienne fonction d'éditorialiste, donne aux décideurs militaires la clé de la sortie de crise:" Bouteflika apparaît comme l'un des principaux facteurs d'instabilité du pays". Rien de nouveau, car c'est la revendication de son journal depuis deux ans. Décryptant avec son assurance habituelle les "messages" contenus dans la déclaration de Hamrouche,Mohamed Benchicou écrit dans TSA: " Le deuxième message découle de source : le candidat de l’armée, même non déclaré, eh bien, c’est lui, Mouloud Hamrouche, lui dont il nous est arrivé d’écrire, ici, qu’il reste le meilleur atout des décideurs".

Et si, contrairement aux vœux de Benchicou, l'ANP avait une autre ordre du jour? Et si elle refusait de se conformer aux échéances de "factions" qui l'invitent à trancher dans le vif et à jouer les décideurs? Et si elle voulait en finir avec cette fiction du rôle de "décideurs" assigné aux officiers de l'ANP, alors que ce rôle se limite à faire avaliser par la hiérarchie les choix concoctés dans des cénacles obscurs pour mettre d'accord les oligarchies claniques?

Et si pour l'ANP les temps étaient venus, au diapason de la maturité citoyenne grandissante de la société, d'abandonner ce rôle qui lui a été assigné par les stratégies se revendiquant de l'héritage boussoufiste ?

Et si l'ANP était en train d'affirmer sa "verticalité stabilisatrice" propre? Non pas gardienne de consensus occultes entre groupe d'intérêts, ou force supplétive pour la fabrication de majorités électorales, mais facteur de cohésion institutionnelle au service d'un projet national.

Et si l'ANP avait choisi de se délester des tâches de basse police dont la fonction est de brider la créativité du peuple dans toutes ses composantes?

Au lendemain des élections présidentielles

La fausse bonne idée du coup d'Etat "transitionnel"

24 avril 2014

Assiste-t-on sans coup férir, dès la fin du scrutin présidentiel, à une nouvelle escalade, aggravant le caractère quasi-séditieux des luttes au sommet?

Chafik Mesbah ancien colonel du DRS reconverti en politologue spécialiste des questions militaires, affirme dès le 22 avril sur l'antenne de la radio du site Maghreb Emergent, à propos des violence policières à Tizi-Ouzou: "le général Hamel «avait l'intention de gérer démocratiquement les manifestations » mais il a « subi des pressions pour aller plus loin dans l'utilisation de la violence contre les manifestants». Dans quel but ?".

Dans une clarification publiée ce matin toujours dans Maghreb Emergent, Mesbah confirme ses accusations et oriente la recherche du coupable : " De par mes fonctions antérieures, je n’ignore pas que la Direction générale de la Sûreté nationale est soumise à deux tutelles. L’une virtuelle la place sous le contrôle du ministère de l’Intérieur. L’autre réelle la soumet à l’autorité de la Présidence de la République".

DRS-peuple même combat.

C'est ainsi que l'on pourrait résumer le sens de la très relayée campagne médiatique, menée par ce porte-voix (?) officieux du DRS qui fait, tous azimuts, la promotion de la clairvoyance de la maison-mère. Dans le compte rendu du site Maghreb Emergent, on peut lire: "Reconnaissant la capacité d’anticipation des services du général Toufik, l’ « Invité du Direct » estime que le DRS a compris que « le statu quo pouvait conduire à une implosion du système ». « Je pense que le chef des services de renseignements a exposé ces préoccupations. Ce qui a déplu au cercle présidentiel. D’où la campagne qui visait à déstabiliser le DRS et à l’écarter de la scène », a-t-il dit."

Mesbah définit le maillon de l'évolution politique pour l'après 17 avril : « Si jamais demain la société est encadrée pour s’exprimer politiquement dans la rue, l’armée ne tirera pas ». C'est cet évenement de rue fondateur, qui, espère Mesbah, ouvrira la voie au déclenchement de la "Transition", par l'ANP et son puissant bras politique, le DRS.

"Manifestations de rue encadré par qui?" serait-on tenté de demander au politologue, qui n'ignore pas -contrairement à l'Egypte de juin 2013- la faiblesse considérable des capacités de mobilisation des partis et des associations en Algérie.

A-t-il en vue les leviers accumulés depuis de longues années par le DRS, dans le marché informel de la politique?

Coup d'Etat transitionnel?

Quelques jours avant la controverses sur les violence policières de Tizi-Ouzou, dès le lendemain de la publication des résultats du scrutin présidentiel, Chafik Mesbah, présentait dans plusieurs journaux en Algérie et en France (lire Le Soir d'Algérie) un plan de transitionen huit points, qui serait déclenché lorsque la population le demandera "massivement". Pour l'heure, commentant les résultats des élections présidentielles, dans son style affirmatif-interrogatif habituel : "L’ANP et le DRS, partagés entre la discipline militaire et le devoir moral de prêter attention aux doléances du peuple algérien, resteront-ils sur leur position de neutralité apparente ? Il est trop tôt pour se prononcer".

On connait la proximité des Services égyptiens et algériens. Sans se référer explicitement à cette expérience commune, l'ancien maître-espion note : "Nous disposons, par ailleurs, de l’expérience de nombreux pays qui, à travers les continents, ont testé cette phase de transition démocratique. Rien, pratiquement, n’est à inventer". M. Mesbah affirme: "Il existe, désormais, une science appelée «transitologie".

"Levons tout de suite une hypothèque nous rassure l'ancien du DRS. Cette période de transition n’interviendra pas à la faveur d’un coup d’Etat militaire. Cela est hors de question. Il est révolu le temps des coups d’Etat militaires". C'est sans doute en référence à l'expérience egyptienne du "coup d'Etat populaire démocratique" réussi de l'été 2013 que Chafik Mesbah affirme : "Si, cependant, la population manifeste, massivement, et demande la mise en place d’une transition démocratique, l’armée qui ne saurait tirer sur la foule se rangera à la solution".

Ayant refusé de tirer sur la foule et déposé le président en place, l'armée décrètera donc la transition. Qui va alors conduire cette fameuse transition en Algérie? Le plan Mesbah semble répondre aux réserves constitutionnelles émises notamment par Sid-Ahmed Ghozali. Mesbah affirme donc :"Si une période de transition démocratique devait être engagée, ce serait à travers l’élection d’un nouveau président de la République qui aura en charge la conduite de ce processus". Cependant, cette garantie constitutionnelle n'en est pas vraiment une puisque le point 7 du plan Mesbah, se donne... trois ans pour organiser une nouvelle élection présidentielle. En attendant, le bon vieux et débonnaire général Zeroual fera l'affaire dans les nouvelles fonctions de "coordonnateur" qu'on a créé pour lui. Selon son manager, Il a une "bonne notoriété" en Algérie, et une "image positive" auprès de la communauté internationale. Chafik Mesbah conclut l'exposé de son plan en huit points en assurant que "la communauté occidentale, pour peu qu’elle soit assurée de garanties à propos de ses intérêts essentiels, ne fera pas obstacle" à la transition.

Une fausse bonne idée

Quelques semaine plus tôt, le général à la retraite Hocine Benhadid préconisait dans El Watan, "une transition à marche forcé". Qui va diriger la manœuvre? Ancien officier supérieur du DRS, Chafik Mesbah monte au front de cette fausse transition, qui semble désigner un vrai coup d'Etat. On se souvient qu'en juin 2013, au forum du quotidien Liberté, (Lire: Le général toufik à la tête d'une perestroïka algérienne? ) Chafik Mesbah avait proposé que le général Toufik joue le rôle de Youri Andropov, ancien patron du KGB qui fut à l’origine de la fameuse “perestroïka” qui avait ouvert la voie au démantèlement du système soviétique . Lundi dernier, sur le même Forum, l'ancien officier du DRS rectifie le tir : "Le général Toufik, à mon avis, n’a pas la dimension de Iouri Andropov (...) c’est l’ancien président Liamine Zeroual qui est l’homme de la situation ». (compte rendu de Maghreb Emergent). Pour Mesbah, Il semble superflu de mentionner qu'Andropov était chef de l'Etat, lorsqu'il avait engagé le processus. Ce qui n'est le cas ni pour Toufik ni pour Zeroual.

Dans les colonnes du journal El Watan, Omar Aktouf, "professeur titulaire à HEC Montréal" semble suivre les pas du général Benhadid. Il invoque "le salut public" pour "tout effacer et reprendre à zéro", expliquant que "seule l’amputation rapide et à vif peut venir à bout de la gangrène". Il précise le moyen d'action : "Il faut absolument que l’unique institution qui en est capable, notre armée, «stoppe tout» immédiatement et convoque en urgence une Assemblée constituante en règle".

"Une fausse bonne idée", réagissait dès le lendemain l'éditorialiste K. Selim dans Le Quotidien d'Oran. Il note d'emblée : "Les appels au consensus et à une transition ont, au plan des idées, supplanté les polémiques de la campagne électorale. Il s'agit donc de faire jouer à la politique son rôle qui consiste à trouver les solutions les moins coûteuses, celles qui préservent au mieux les intérêts de la nation.Quand Omar Aktouf appelle «l'armée à tout stopper» et à mettre en «place un «intègre» gouvernement de salut public», il prend bien l'effet pour la cause. L'armée, avec des risques qui se sont amplifiés avec le temps, a fait le gouvernement pendant des années pour lui déléguer le pouvoir sans la responsabilité qui l'accompagne. Ce qu'il faut modifier est bien ce principe de «cooptation» qui évite la reddition de comptes devant les citoyens. Et dont le bilan est, en définitive, imputé à l'armée. Ce nouvel appel à une forme de «despotisme éclairé» - même temporaire - de l'armée qui coopterait des «compétences» fait partie des vieilles lunes qui reviennent régulièrement au firmament des idées reçues. On souhaite une transition à la tunisienne mais sans le peuple et sans les forces politiques, qui sont tout simplement niés. Dans le cas de l'Algérie - où la population est mise sur la touche depuis cinquante ans -, cela équivaut tout simplement à un renouvellement du statuquo. L'armée se chargeant de «choisir» les «bons» technocrates qui, par on ne sait quelle magie, feraient mieux que leurs prédécesseurs. Ainsi l'armée offrirait un chaperonnage politique à un «nouveau personnel» technique éventuellement puisé dans la diaspora, résolvant quasiment ainsi la quadrature du cercle politique".

Avant l'annonce de la candidature de Bouteflika

Les Longs prochains mois de Bouteflika

1er avril 2013

(...) Pour revenir à la candidature de Bouteflika, je pense que le problème nodal réside depuis déjà plusieurs années dans l’incapacité physiologique du chef de l’Etat à assurer en permanence et étroitement les fonctions présidentielles, telles qu’elles sont définies dans la constitution. Cette situation s’est retrouvée sous la présidence de Chadli, qui était un chef d’Etat incapable, mais lui, c'était intellectuellement. Un autre système de pouvoir, pseudo-présidentielle, occulte, a été mis en place pendant ses deux mandats. C’est ce système occulte dont ont hérité Boudiaf et Zeroual. Et qui les a éliminés. Le mérité principal de Bouteflika fut de commencer à remettre les institutions à leur place. Mais il a souffert d’un double handicap. D’abord, dépourvu de « fibre sociale », il n’a a pas réussi à inspirer, comme Chavez par exemple, un mouvement populaire de soutien à sa présidence. C’est la clé de l’efficacité du système présidentiel. Secondo : dans le cadre de la juste ligne consistant à remettre le DRS à sa place, il a eu recourt, le handicap physique aidant, à des réseaux de contrôle et d’influence claniques propices, par essence, à la corruption d’influence.

Les gens de ma génération savent que Abdelaziz Bouteflika croit sincèrement à son destin patriotique. Va-t-il se fourvoyer dans une fin à la Bourguiba ? Ou a-t-il encore des tours dans son sac pour que ses fonctions présidentielles décisives contribuent, encore, au cours des longs mois à venir, à préparer la remise de notre pays sur les bons rails, ceux de l’Etat de droit. Pour tous et avec l’aide de tous, car le pouvoir du DRS doit définitivement être mis aux oubliettes.

 

LE DRS n'exclut pas un coup d'Etat militaire

Chafik Mesbah persiste et signe

19 mars 2013

« Sur le plan du principe, j’ai, effectivement, exhorté l’armée algérienne à se tenir à l’écart du champ politique ». C’est l’opinion de l’ancien officier supérieur du DRS, présenté comme exprimant habituellement les sentiments de sa maison-mère, confirme dans une mise au point dans El Watan. Mais, il « précise sa pensée » en n’excluant pas que l’ANP puisse perpétrer un coup d’Etat si c’est nécessaire ! « Dans un contexte exceptionnel, l’armée serait amenée à exercer un rôle de rempart contre la descente aux abîmes de l’Algérie ». Coup d’Etat préparé et minuté par le DRS, cela va sans dire, puisque en Algérie c’est cette « l’institution militaire » qui est chargée de de tenir les ficelles de la politique en période « normale ».

Sans recourrir au coup d’Etat condamnable, que le démocrate Mesbah inclut parmi les options du DRS, l’ANP, en tant qu’ « armée de ligne », peut et doit peser sur la politiqued’investissement industrielle afin contribuer à renverser le cours du désastre qui la prive de toute base technique nationale. Que l’ANP puisse, comme l’y ont invité les chômeurs du sud, intervenir politiquement dans l’Etat pour que les problèmes des populations frontalières soient pris en compte conformément à toute politique de défense nationale authentique. Que l’ANP intervienne pour mettre en garde contre le risque d’éclatement de la cohésion nationale que fait courir le maintien de la gestion politique anti-citoyenne du pays. Que l’ANP refuse le rôle de supplétif politique qu’on lui fait jouer dans la formation des majorités électorales. Autant de thèmes « politiques » qu’aucun démocrate sincère ne refuserait de partager avec les militaires. L’ANP n’a pas besoin de coup d’Etat pour faire entendre des propositions qui rentre dans le cadre de l'intérêt national.

L’alternative, armée muette ou armée de coup d’Etat, présentée par l’expert, est une élucubration qui ne répond à aucune réalité. Dans les pays « démocratiques » dans lesquels Chafik Mesbah fait ses recherches, on sait que l’armée n’est pas une grande muette dans l'élaboration des objectifs stratégiques des Etats. Les militaires « de ligne » disposent de centres de recherche ouverts, qui publient régulièrement des évaluations et des propositions sur les sujets les plus sensibles sans que ce travail soit accaparé par des gens du SDEC, de la CIA ou autres. En Algérie si ces centres existent , ils ont une réalité subliminales...

En Algérie, le service de renseignement de l’Armée a effectué une Opa sur la parole militaire. La mise au point de Chafik Mesbah confirme une vérité que chaque Algérien ressent : le DRS a longtemps utilisé la couverture ANP pour s’arroger un rôle exhorbitant et a-constitutionnel. Les réorganisations des années de pseudo-présidentialisme chadliste ont transformé les services d’espionnage et de contre-espionnage en colonne vertébrale du régime selon les termes d’un journaliste cité dans notre blog.

Cette préminence du DRS dans l’Etat est le facteur principal de la prolongation de la gestion policière de la société algérienne, même si dans la dernière période les espions sont en perte de vitesse, et d'abord dans la vie quotidienne où ils étaient omniprésents. De nombreux démocrates sincères ont d’ailleurs vu d’un bon œil le découplage opéré depuis le début des années 2000, entre Le DRS et la hiérarchie militaire, mettant notamment l’élaboration des missions et le processus de promotion et de gestion des carrières à l’abri du droit de regard et de véto du DRS devenu absolu -et parfois meurtrier- pendant les années 90.

Après les élections législatives de 2012

L'ANP doit rester aux ordres des maîtres du fichier

3 décembre 2012

Au lendemain des élections, le ministre de l’intérieur donnait le ton : « Comme pour les dernières législatives, je constate qu’il y a des parties qui sont contre le vote des militaires. Ce ne sont que des accusations des partis.» «Tout citoyen qui réside dans une commune pour une durée de plus de 6 mois est considéré comme résident. Les militaires ont le droit d’exprimer librement leur voix et le commandement de l’ANP n’a donné aucune consigne de vote »

Depuis hier, c’est M. Benyounès, un des heureux bénéficiaires du vote de nos pauvres djounouds qui mène la campagne post-électorale. Lu dans la presse, quelques propos en vrac du chef du MPA : Les attaques contre l’Armée sont “une affaire très sérieuse”. Pour lui, les raisons des dénonciations du vote des militaires sur leur lieu d’affectation sont ailleurs que dans le contexte précis des élections. Il estime que ceux qui s’en prennent à l’ANP cherchent à régler un contentieux avec l’institution militaire. “Des partis veulent régler des comptes avec l’ANP”. “L’ANP est une armée régulière qui s’est sacrifiée pour que la République reste debout.” “Cette idée consistant à vouloir créer un différend entre Bouteflika et l’Armée est très dangereuse » et “vise la stabilité du pays”. Surtout “avec tout ce qui se passe à nos frontières”. Précise le chef de parti « patriote ».

Résumons les propos de l’arrogant patriote : sont des ennemis de l’ANP, les Algériens qui pensent que c’est un anachronisme inacceptable le fait de continuer à assigner aux chefs de secteur militaire la tâche de « faire voter » leurs djounouds, imposant à ces derniers de choisir des gens qu’ils ne connaissent ni d’ève ni d’adam. Tout au long des années 90, c’est le chef du DRS du secteur militaire qui aide les djounouds à faire le bon choix. A Jijel, je sais que c'est de cette manière que nos djounouds faisaient invariablement passer les candidats « patriotes » du REN’DOU. (C’était le petit nom du parti de Ouyahia).

L’ANP devra donc continuer à jouer son rôle subsidiaire de bouche-trou dans la mécanique mise au point par les obscures maîtres du fichier, des gens très intelligents choisis pour coordonner, avec virtuosité, à l’Algérienne, la confection démocratique,dans la continuité, des majorités et des minorités.

Dans un pays qui se respecte l'ANP a d’autres chats à fouetter ! "Avec tout ce qui se passe à nos frontières", pour reprendre le propos du chef de parti "patriote".

 

GRAMSCI, Boumediene, Chadli, Zeroual et Bouteflika

15 décembre 2012

Le régime présidentiel de type césariste a sans doute fait son temps en Algérie. Après l’épisode pitoyable du Chadlisme, le sursaut désespéré de Mohamed Boudiaf, la morne résignation de Lamine Zeroual, Bouteflika a essayé de renouer avec la conduite épique de Houari Boumediene. Mais ses vélléités héroïques ont buté devant les mécanismes a-constitutionnels stériles imprimés à l’Etat algérien et à la fonction présidentielle, durant les années 80 et 90. A quoi s’ajoutent sans doute les handicaps dus à sa santé.

Antonio Gramsci distinguait trois types de césarisme : le premier est « progressif » le second est « régressif » le troisième est « de caractère intermédiaire épisodique ».

La différence fondamentale entre le césariste présidentiel de Boumediene et ceux qui ont suivi pourrait être recherchée dans les analyses d’Antonio Gramsci, qui écrit que le premier « a repré­senté la phase historique de passage d'un type d'État à un autre type d'État, un passage où les innovations furent si nombreuses et d'une telle importance qu'elles représentent une véritable révolution ». Le césarisme qui suivra étant « limité »,« sans passage d'un type d'État à un autre type ».

Dans sa première phase « progressive, représenté historiquement par Napoléon Bonaparte, « Les forces militaires régulières ou « de ligne» étaient un élément décisif pour l'avènement du césarisme, qui se manifeste par des coups d'État bien précis, par des actions militaires », écrit Gramsci qui notera l’évolution ultérieure : « le césarisme moderne, plus que militaire, est policier ».

Depuis la perte du rôle institutionnel dominant de l’armée de ligne, en Algérie, comme on le sait, la désignation du président de la république est la résultante d’une compétition entre les clans et les groupes d’intérêts dominants, dans lesquels les généraux d’une sorte de Première armée politique jouent leur rôle, pendant que la seconde armée, technique, l’ANP, continue ses missions habituelles de défense nationale.

En Algérie, les présidents pour être adoubés proposent un programme susceptible d’être accepté par cette machine à consensus qu’on a baptisé du terme orwellien de Système. Ce qui fait la différence entre les différents postulants inscrits dans le casting présidentiel réside probablement dans le choix des instruments de réalisation de ce programme, dans les moyens d’assurer ce consensus et de l’appliquer : organisation de la sélection des cadres et du personnel dirigeant, contrôle médiatique et social de la population, répression des atteintes au Système, surveillance de l’armée de ligne. Depuis une trentaine d’années, ce rôle est assigné aux différents Services de sécurité, chargés dans leur ensemble de protéger et d’organiser cet équilibre présidentiel et de l’imposer à la société.

Jusqu’à quand?

DRS: "il ne sert à rien d'érgoter"

Publié le 24 juin 2011, puis remis en ligne le 17 mars 2013

Les interventions de Mohamed Chafik Mesbah, officier supérieur de la DRS, devenu expert médiatique en questions militaires, sont fréquentes dans la presse algérienne.

Il dispose notamment d’un créneau permanent dans le quotidien Le Soir d'Algérie, où il publie régulièrement ses longues contributions. Une dizaine de milliers de mots pour la dernière, publiée les 22 et 23 juin.

Les analyses et considérations développées ne peuvent évidemment pas être discutées. Il faut être alimenté en munitions et être soi-même un expert pour s’y aventurer. Tout expert sert son maître, car chacune des anciennes possibilités d’indépendance a été à peu près réduite à rien dans les conditions d’organisation de la société présente ». Les volumineux -et toujours envoûtants, car c'est leur fonction d'envoûter- exposés d’experts sont parsemés de messages.

On en a tiré cinq bonnes phrases (200 mots), à propos du rôle de la DRS. http://www.lesoirdalgerie.com

1-« Cela conduit à imaginer que, par rapport à la conjoncture politique prévalant en Algérie, les services de renseignement algériens ne sont plus en mesure d’entraver un puissant mouvement social déterminé à mettre à bas le système. (…)

2-« Faut-il faire du démantèlement des services de renseignement algériens un préalable à la mise en œuvre d’un processus de transition démocratique ? (…)

3-« Pour l’heure présente, il ne sert à rien d’ergoter sur l’influence jugée excessive du DRS sur la vie politique nationale. (…)

4-« Il faut faire le pari que la plupart des cadres des services de renseignement, tant décriés, finiront par se ranger au choix du système démocratique dès lors que la situation aura atteint le stade de mûrissement requis (…).

5-« Seul un véritable processus de transition démocratique, néanmoins, pourra entraîner le repositionnement institutionnel des services de renseignement, conformément aux canons du système démocratique, avec le recadrage de leur mission autour d’impératifs liés à la sécurité nationale, exclusivement. Cette reconversion ne saurait intervenir juste à la faveur de sautes d’humeur de responsables officiels, puissants pour le moment ou de vœux pieux, candidement évoqués par des leaders de l’opposition, eux-mêmes sans prise sur les réalités.(…)

 

Quand l'ANP a raté sa jonction avec le peuple

Propos de Saoudi Abdelaziz, L’Opinion n°187,

18 janvier 1993.

EXTRAIT

"Le césarisme présidentiel en Algérie, c’est un complexe d’éléments a-constitutionnels qui sont, d’abord, utilisation des services de sécurité, leur prééminence dans l’élaboration de la décision et de son application, les interférences claniques régionalistes, c'est-à-dire les réseaux d’influence, et une perversion mafieuse. Tout cela est imbriqué. Ce sont des méthodes obliques qui traversent les institutions. En fait, tout le monde sait ce que c’est : on ne passe pas par des institutions normales, les problèmes ne sont pas soulevés dans les cadres normaux. Et la seule manière de connaître les règles d’un système qui n’en a pas, c’est de ne pas en avoir soi-même ».

L’émergence du « césarisme » coïncide, selon Saoudi, « avec fin 1970, la liquidation de la gauche et des syndicats, leur évacuation du champ de la décision politique de masse, et la mise à l’écart de l’armée de la décision politique. De l’armée en tant que telle, entendons-nous bien. Ce nouveau césarisme, ce n’est pas un appui sur l’armée en tant qu’institution, comme au temps de Boumediène. Ce sont des méthodes de direction qui sont liées elles-mêmes aux influences dominantes : l’esprit de clan, les réseaux, l’émergence de l’individualisme. Même les simples citoyens sont tombés dans le panneau. Le Baril était à 40 dollars ! C’est le congrès du Fln de 1983 qui a parachevé la mise en place du césarisme. Il s’est consolidé au rythme même du développement de l’économie occulte et parasitaire, prenant appui sur les ponctions opérées sur nos ressources à l’exportation. Dans ce système, les règles du marché national et international, les normes d’efficacité sociale, doivent être contournées et, pour cela, ni les circuits ni les mécanismes économiques ne doivent être assujettis à l’Etat de droit. Ni même aux « lois spontanée du marché ». Cette forme de pouvoir est en général admise par les partenaires internationaux lorsqu’elle leur garantit des rapports stables et avantageux avec l’économie utile, notamment le secteur des hydrocarbures. Je pense que, profondément, on a raté une étape intermédiaire. Une étape de mise à plat des choses, dans un sens positif. Disons : enlever Chadli et essayer d’assainir tout cela. Intuitivement, depuis 1988, je ne partageais pas le chemin global suivi. Pour moi, la priorité absolue c’était de casser le chadlisme, car, par delà Chadli et l’aspirant à la succession, Madani, se posait un problème structurel à ce type de régime : « la stratégie de la tension ». Cette manipulation des extrêmes, frères musulmans contre gauche, avec laquelle en 1977 Boumediène voulait rompre. Les groupes et stratégies illégales convergent de l’intérieur et de l’extérieur de l’Etat pour dominer artificiellement le paysage politique par la force et la manipulation. Seulement, le chadlisme n’est pas une vaste parenthèse. L’establishment politique a été profondément influencé par lui. Et la gravité de la situation est liée au fait que tout l’espace politique était occupé par l’establishment. Dans chaque parti, dans chaque mouvement, les débats de fond étaient connectés à de luttes de pouvoir. Et il y a encore ce phénomène d’atomisation, qui est en lui même un sujet d’études tant il est universel. Cette atomisation du corps social, de la société civile qui est un des effets et un des leviers du présidentialisme, du césarisme, par le biais de mécanismes occultes (...). L’armée s’est inscrite historiquement dans la défense des institutions républicaines. Elle est le principal pilier de l’Etat qui reste debout. Mais elle n’a pas rompu toutes les amarres avec le chadlisme. L’armée a jugé, pour des raisons qui sont les siennes, qu’il ne fallait pas rompre. C’est un jugement erroné car, selon moi, il faut qu’à un certain point, un pouvoir, une institution, une nation se délestent. Ceci étant, je considère très important que l’armée préserve son unité autour d’un pacte républicain (...) Texte intégral de l'interview: Comment on a liquidé le Pags

 

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