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Publié par Saoudi Abdelaziz

Dans un article de janvier 1993, je notais que les tirs massifs et délibérément mortels de l'ANP sur les manifestants, le 10 octobre à l'entrée de Bab El Oued, après ceux de Kouba, marquaient spectaculairement le principal ratage historique des événements d'octobre 1988. L'ordre de tirer a consacré l'échec d'une conjonction possible entre le mouvement populaire et l'ANP, empêtrée dans un système de pouvoir stérile qui la détourne de sa mission patriotique. "La possibilité d’une jonction pour un redressement de la situation existait sur le terrain. Elle a été sabotée le jour J, lorsqu’à Bab-El-Oued, l’armée a tiré sur le peuple".

 

"Le 10 octobre, à 17h, c’est la boucherie à Bab-el-oued, rapportait un document du parti de l'Avant-garde socialiste (PAGS). Après avoir tiré sur la foule, les policiers et les militaires poursuivent les manifestants dans les rues en leur tirant dans le dos. Le sol est jonché de cadavres. Partout, il y a du sang. Les morts sont parqués dans une pissotière, près du siège de la DGSN". 

Chirurgien orthopédiste et "militant des droits de la personne humaine", Salah-Eddine Sidhoum a vécu les tragiques événements de cette journée. Il raconte : " Ce jour-là, un confrère traumatologue de garde à l’hôpital Mustapha, débordé par l’afflux des blessés, m’appela pour lui prêter main forte. Je fus bouleversé par le spectacle désolant qui s’offrait à mes yeux. J’ai eu à opérer plus particulièrement deux patients, l’un de 19 ans, lycéen demeurant à Alger qui avait participé à la marche qui avait démarré du quartier de Belouizdad pour rejoindre Bab El Oued. Il fut fauché devant le siège de la direction nationale de la police (DGSN) par des tirs venant d’un blindé selon ses dires. Sa cuisse était réduite à une véritable bouillie cutanée, musculaire et osseuse. La peau et les muscles étaient totalement calcinés et son fémur totalement éclaté. Aucun traitement conservateur n’était possible devant cette importante perte de substance. Je fus contraint de pratiquer une amputation au niveau de la cuisse pour sauver ce jeune citoyen qui perdait énormément de sang. Le 2e patient était âgé de 32 ans, manœuvre, originaire de Jijel et travaillant dans un chantier de la capitale. Lui aussi fut grièvement blessé par balles lors de la même manifestation. Les importants dégâts provoqués au niveau de sa jambe m’amenèrent là aussi à pratiquer une amputation. Je me suis interrogé avec mon confrère de garde sur le type de balles utilisées, car nous n’avions retrouvé aucune trace des projectiles. Seulement des pertes importantes de substance, des brûlures et une bouillie osseuse. Alors que les jours précédents, nous avions eu à opérer des blessés par balles et on retrouvait toujours un orifice d’entrée, parfois de sortie de la balle sur le membre, quand cette balle ne se logeait pas dans le muscle ou l’os. J’avais conclu ce jour là que les balles utilisées n’étaient pas des balles conventionnelles. Il s’agissait bel et bien de balles explosives. D’autres confrères chirurgiens me rapportèrent les mêmes constatations".

Ce jour là, un collectif de 70 journalistes algériens dénonce, dans un communiqué à l'AFP, l'interdiction d'informer objectivement des événements, le non-respect de la liberté de la presse, les atteintes aux droits de l'homme.

 

Le 10 octobre 1988, le journaliste Sid Ali Benmechiche, chef du service reportage à l’APS, est parti couvrir cette manifestation. Il n’est en pas revenu. Kaci Abdmeziem qui l’a bien connu lui rend un vibrant hommage. A sa manière. Personnelle, intime, moqueuse et acérée.

 

Un hommage à Sid-Ali Benmechiche,

journaliste mort au travail le 10 octobre 1988, à Alger

Par Kaci Abdmeziem

Dans trois jours exactement, puisque nous sommes le 7 octobre, cela fera vingt-cinq ans que tu auras réussi ta grande harga vers l’autre rive.

Vingt-cinq ans ! C’est un bel âge !

Je ne sais pas ce que tu en fais sur les bords, que l’on dit fastueux, du fleuve Kawthar.

Je suppose que tu fais des ravages parmi les houris avec ton jean désormais immortel, ta chemise à carreaux largement ouverte sur ton poitrail velu et tes baskets qui ont fait ce qu’elles ont pu pour toi, le 10 Octobre 1988, devant la Direction générale de la Sûreté Nationale.

Tu dois faire fureur aussi avec tes deux incisives du haut fendues de biais et légèrement espacées, ton merveilleux défaut de langue et ta démarche de zazou, une main toujours planquée derrière le dos, entre les reins et ta ceinture de cow-boy.
Va ! Ne fais pas l’innocent !

Ta vieille Passat passée à la moutarde, cette incroyable guimbarde capable de rouler sans huile, sans glacéol, avec juste une goutte d’essence, te sert toujours n’est-ce pas ?

Allons ! Voilà que tu baisses les paupières comme un adolescent pris la main là où il ne faut pas !
Je suis à peu près sûr que tu ne penses plus à nous. Hé bien, je vais te déranger et rappeler à ton souvenir ce bourbier malodorant où tu nous as laissés.

Sur cette rive-ci, mon pote, rien n’a changé. Absolument rien !

De mauvaises langues font courir le bruit que nous sommes revenus à la même situation d’avant ta Harga.

Dès que j’aurai trouvé un moment, je ferai un tour devant le lycée Emir Abdelkader. Je me mettrai à plat ventre à même la chaussée de ce fameux boulevard qui mène vers Bab-El-Oued et j’en humerai le goudron.

Je flairerai peut-être un indice de ce que sera demain.
J’en profiterai, sois en sûr, Sid Ali, pour recueillir ce qui reste du parfum de ton corps tombé là il y a vingt-cinq ans.

PS: J'ai effectué avec Sid Ali une mission homérique à Montevideo. Nous avons rigolé, rigolé, rigolé, une semaine durant- comme des dingues. On s'est foutus de la Centrale quelque chose d'incroyable. Nous avons écrit absolument ce que nous devions partant du principe qu'il était hors de question de faire dans l'auto censure. On savait qu'on allait mettre dans l'embarras les gens d'Alger mais on s'en foutait royalement!!!!!

Source : HuffPost Algérie

 

Communiqué de l'Association des victimes d'octobre 88

26 ans de luttes

 

C’est dans la douleur que vivent les victimes d’Octobre 88. Un régime finissant a imposé une amnistie pour faire taire toutes les demandes de justice, instaurant ainsi une tradition d’impunité.
Les sacrifices de la jeunesse ont été dévoyés par des apprentis sorciers de la politique, pervertissant le sens des appels à l’ouverture démocratique pour mieux confisquer le pouvoir. Cependant, la date du 5 Octobre continue et continuera à être commémorée.
Pour rappeler les aspirations au changement radical aussi bien politique que social, accompagner ceux qui restent meurtris dans leur chair et se recueillir à la mémoire de ceux ayant trouvé la mort lors de la tragique répression qui a suivi les protestations populaires.
26 années de combats immenses pour édifier une Algérie démocratique et sociale. 26 années à résister à un pouvoir chevillé dans des intérêts étroits, tournant le dos à toutes les aspirations des Algérien(ne)s. Mais jamais les Algérien(ne)s n’ont renoncé à faire avancer les luttes liées à la question démocratique.
Il faut entamer une nouvelle décennie avec optimisme, les nombreuses luttes syndicales, les soulèvements répétitifs des populations dans les quatre coins du pays autour de leurs problèmes quotidiens. La célébration du 5 Octobre doit être l’occasion de relancer le travail de rassemblement et de remobilisation afin d’édifier une alternative démocratique.
A cette occasion, citoyennes, citoyens, qui se reconnaissent dans le combat pour un Etat démocratique moderne et social, venez le 10 octobre à 11h, pour un dépôt de gerbe de fleurs devant la DGSN, là où les citoyens algériens ont subi dans leur chair la hogra d’un pouvoir morbide et inhumain, un massacre de vies sur l’autel de la sauvegarde du système.
Hamou l’Hadj Azouaou (l’AVO 88)

Source: Le Soir d'Algérie

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