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Publié par Saoudi Abdelaziz

"Les musulmans se doivent de montrer qu’ils ont intégré les principes civilisationnels occidentaux. Cette campagne s’inscrit dans ce rapport inégal, où l’un est dit « civilisé » tandis que l’autre doit dissoudre le soupçon qui pèse sur lui".

 

Par Hanane Karimi (Doctorante en sociologie du fait religieux),

Thomas Vescovi (étudiant-chercheur en Histoire)

et Nadia Henni-Moulai (journaliste),

26 septembre 2014

 

Pas en mon nom, ou #notinmyname, lit-on sur Twitter. La formule lancée, le 10 septembre, par l’Active Change Foundation, basée en Grande-Bretagne, cherche à répondre aux crimes de l’Etat islamique (EI). Le succès est immédiat. Mais, après l’ignoble assassinat d’Hervé Gourdel par un groupuscule lié à cette organisation, une partie de la presse s’emballe. Le Figaro n’a pas hésité à lancer sur son site un sondage dont la question était : « Assassinat d’Hervé Gourdel : estimez-vous suffisante la condamnation des musulmans de France ? »

 

Invités à s’exprimer pour se désolidariser

Pour démontrer leur indignation, les musulmans sont donc (fermement) invités à s’exprimer pour se désolidariser de cet islam barbare. L’initiative britannique est sans doute louable, mais la lecture journalistique qui en est faite révèle les mécanismes d’assignation identitaire qui sont à l’œuvre dans nos sociétés. Pourtant, le 27 août, l’Union mondiale des oulémas, spécialisés dans l’exégèse religieuse, rejoignait les voix d’autres érudits musulmans à travers le monde pour condamner les actes « criminels » de l’Etat islamique en Syrie et en Irak. Un positionnement clair, mais qui a échappé à de nombreux médias.

En France, la mobilisation est au rendez-vous, avec, d’une part, l’Appel de Paris, signé le 9 septembre par des hauts responsables musulmans en solidarité avec les chrétiens d’Orient, et l’Appel des musulmans de France, publié le 25 septembre par un collectif sur le site du Figaro pour dire leur émotion après la mort d’Hervé Gourdel. Pour autant, chaque musulman doit-il rappeler explicitement son rejet de crimes dont il n’est ni responsable ni solidaire ? Ne soyons pas dupes. Cette injonction sous-entend qu’il existerait bel et bien un lien entre l’EI et les musulmans. Ainsi, les musulmans absents du rassemblement organisé par la Mosquée de Paris, le 26 septembre, sont-ils complices ?

 

Racisme insidieux

Non, sauf à postuler que tout musulman est coupable a priori. Son individualité serait alors niée au profit du collectif « musulman ». Nous assistons à une banalisation d’une culpabilité ontologique qui exprime un racisme insidieux et décomplexé. Tout comme « l’antisémitisme combat la supposée perversité radicale et raciale des juifs » comme le dit Edgar Morin, l’islamophobie combat la prétendue barbarie radicale et raciale des musulmans.

Le pamphlet d’Edouard Drumont La France juive, écrit en 1886, dénonçait le danger que les juifs représentaient pour la société française. Aujourd’hui, dans notre pays, le juif a été remplacé par le musulman. Il ne s’agit pas d’introduire une concurrence nauséabonde entre minorités. Mais plutôt de tirer les leçons d’un passé qui ne passe pas.

#Notinmyname vient paradoxalement apporter une caution morale aux actions actuelles et passées commises ça et là par les puissances coalisées. On ne retient que la dimension religieuse de ce conflit, et l’on ignore les autres causes à l’œuvre, qu’elles soient économiques, géographiques, démographiques, voire impérialistes. Les musulmans se doivent de montrer qu’ils ont intégré les principes civilisationnels occidentaux.

Cette campagne s’inscrit dans ce rapport inégal, où l’un est dit « civilisé » tandis que l’autre doit dissoudre le soupçon qui pèse sur lui. A l’heure où la parole et les actes islamophobes connaissent une rapide croissance en France, les Français musulmans seraient responsables de leur propre sort. Ce n’est plus aux racistes qu’il revient de lutter contre les catégorisations et les raccourcis qu’ils opèrent, mais aux « racisés» eux-mêmes de montrer plus que jamais « patte blanche ».

Point de vue publié dans le journal Le Monde

PHOTO DR. photographies postées sur twitter dans le cadre de la campagne #notinmyname

PHOTO DR. photographies postées sur twitter dans le cadre de la campagne #notinmyname

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Ythier LE SAPIANT 27/09/2014 18:22

"PAS EN NOTRE NOM"

C'est le slogan que lancent, à juste titre, les membres de l'UJFP, chaque fois qu'ils manifestent, en France, contre les violations permanentes des droits de l'homme par le régime de l'apartheid.
Plus de 2000 morts à Gaza, dont 80% de civils et un quart d'enfants ... sans parler des blessés!
C'est un fait divers ordinaire, çà ?
"Inégaux dans la vie comme dans la mort" ... écrivait Samah JABR, le 5 juillet dernier.
Je vous invite à relire, sur ce même blog, le brillant plaidoyer de cette psychiatre de haute tenue !

Désolé d'affirmer aujourd'hui, que le dernier fait divers de Tizi Ouzou hautement médiatisé par les colonialistes assoiffés de pétrole et de gaz de shit, aussi horrible soit-il pour le pauvre gars qui en est la victime et ses proches, ne saurait en aucun cas constituer le point de départ du processus d'acceptation, par les prolétaires du monde entier, des opérations de guerre permanente que l'impérialisme nous impose.

"Guerre à la guerre !"
Souvenons nous du 28 juin 14 à Sarajevo :
Du point de vue de l'archiduc et de sa famille, ce crime était aussi un fait divers horrible ...

Était-ce suffisant pour que tous les sociaux démocrates de l'époque se vautrent dans l'Union Sacrée, dès qu'ils se sont sentis débarrassés de leur mauvaise conscience, un certain Jean Jaurès.
Était-ce une raison suffisante pour que tous les peuples d'Europe ... et leurs colonisés, acceptent de partir, la fleur au fusils, se faire hacher menu pendant quatre ans, par des obus fabriqués par leurs femmes, et tout ça pour enrichir les banquiers et les marchands de canons ?

Sachons raison garder !
Et revenir aux fondamentaux :


Il arrive toujours, dans l'histoire, le moment où « à la violence de la phrase, succède la violence sans phrase ». (Karl MARX)

L'histoire de toute société jusqu'à nos jours n'a été que l'histoire de luttes de classes (Karl MARX)

Celui qui ne connaît pas l’histoire est condamné à la revivre.  (Karl MARX)