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Publié par Saoudi Abdelaziz

Ennahda annonce qu’il ne présentera pas de candidat à l’élection présidentielle tunisienne, prévue le 23 novembre 2014. Est-ce un repli tactique, ou les frères musulmans tunisiens sont-ils désormais solubles dans le pacte démocratique patriotique et républicain établi par la Constitution qu'ils ont approuvée, au début de l'année? 

On dit qu'Ennahada soutiendrait la candidature du républicain démocrate Moncef Merzouk, principal artisan de la Constitution. On sait que le parti de Rached Ghannouchi part favori aux élections législatives dont le premier tour est fixée pour le 26 octobre 2014. « Nous ne voulons pas dominer tous les scrutins, dans la mesure où Ennahda va être largement représenté lors des élections parlementaires le mois prochain », a expliqué son porte-parole Zied Ladhari.

Cette initiative politique spectaculaire d'un parti qui a pourtant le vent en poupe est rare dans le paysage politique arabe, dominé par l'hégémonisme. Ennahda semble vouloir reprendre l'expérience politique unitaire menée au lendemain de la Révolution avec les forces républicaines non islamistes du centre-gauche, personnifiées notamment par Moncef Merzouki.

Le retour à ce partage du pouvoir exécutif dont il semblait s'éloigner  en 2012-2013, a été sans doute confortée par l'échec de la politique hégémoniste pratiquée par les Frères musulmans égyptiens. Est-ce un repli tactique et les frères musulmans tunisiens sont-ils solubles dans un pacte démocratique patriotique et républicain? Cela semble se confirmer, après l'adoption de la constitution, mais aussi sur le terrain régional par l'intervention d'Ennahda aux côtés de l'Algérie pour un consensus patriotique en libye.

Ennahda fait face à son rival principal, le Nida Tunes de Béji Caïd Essebsi, personnage roublard qui fut détenteur de tous les portefeuilles régaliens sous l’ancien régime, président de l’Assemblée nationale sous Ben Ali, puis son Premier ministre. L'objectif du hiérarque  est de capter l'aspiration des Tunisiens à la stabilité et à la sécurité, qu'il veut arrimer à un néolibéralisme économique pro-occidental tous azimuts. Ce néo-libéralisme il la partage d'ailleurs avec Ennahda.

Tout en mettant en avant une image pieuse, Béji Caïd Essebsi s'efforcera aussi de pomper les voix de l'électorat d'un Front populaire, encore déboussolé par les alliances anti-islamistes contre-nature avec Nidaa Tunes initiées par Hammami en 2012-2013, aux côtés de Nidaa Tunes. La ligne politique indécise du Front populaire semble avoir affaibli ses capacités de mobilisation propres, face aux exigences néolibérales des forces de l'argent portées aussi bien par Nidaa Tunes que par Ennahda. 

S. A., 8 septembre 2014

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