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Publié par Saoudi Abdelaziz

Medvedev a également annoncé que Moscou menaçait d'interdire le survol de son territoire entre l'Europe et l'Asie.

La liste des produits, sous embargo pour un an, a été publiée sur le site du gouvernement russe: sont interdits, dès à présent, bœuf, porc, volaille, poisson, fromage, lait et produits laitiers, légumes et fruits en provenance des Vingt-Huit, des États-Unis, du Canada, de l'Australie et de la Norvège. Les aliments pour bébé sont toutefois exclus de l'embargo. (Photo Keystone)

 

Derrière la riposte russe, une nouvelle carte se dessine

Par Amélie Poinssot, 8 août 2014. MEDIAPART

EXTRAITS

La réponse russe ne s'est pas fait attendre : après la signature ce mercredi, par Vladimir Poutine, d'un décret « sur l'application de certaines mesures économiques spéciales pour assurer la sécurité de la Fédération russe », le premier ministre Dmitri Medvedev a proclamé ce jeudi une « interdiction totale » de la plupart des produits alimentaires en provenance de l'Union européenne, des États-Unis, de l'Australie, du Canada et de la Norvège – autrement dit, tous les pays ayant pris des mesures ces dernières semaines à l'encontre de la Russie(...)

La liste des produits, sous embargo pour un an, a été publiée sur le site du gouvernement russe ce jeudi 7 août 2014 : sont interdits, dès à présent, bœuf, porc, volaille, poisson, fromage, lait et produits laitiers, légumes et fruits en provenance des Vingt-Huit, des États-Unis, du Canada, de l'Australie et de la Norvège. Les aliments pour bébé sont toutefois exclus de l'embargo.

« Pendant longtemps, la Russie n'a pas répondu aux dites sanctions déclarées contre elle par certains pays. Jusqu'au dernier moment, nous avons espéré que nos collègues étrangers allaient réaliser que les sanctions conduisaient à une impasse aveugle, et que personne n'allait en bénéficier. Mais ils n'ont pas compris cela, et à présent nous sommes forcés de répondre », s'est justifié le premier ministre russe, tout en précisant : « Mais si nos partenaires font preuve d'une approche constructive en termes de coopération, alors le gouvernement sera prêt à réviser les échéances spécifiques pour la mise en place de ces mesures. »(...)

Conséquence immédiate de cet embargo « total », pour les supermarchés russes : de nombreux rayons vont se vider et les commerçants vont devoir trouver de nouvelles sources d'approvisionnement. Comme l'indique ce reportage télévisé de la BBC, plus de 60 % des produits alimentaires à Moscou seraient importés. À titre d'exemple, le journaliste remplit un caddie avec des haricots de Grande-Bretagne, du fromage de Lituanie, des nectarines de Grèce, des tomates des Pays-Bas, et du bacon espagnol. De fait, la Russie est déjà à la recherche de circuits alternatifs : dès jeudi, elle s'est tournée vers l'Amérique latine pour négocier une augmentation de ses exportations, et en particulier vers le Brésil, le Chili, l’Argentine et l’Équateur avec qui elle a déjà entamé des discussions.

Pour ces pays, c'est une aubaine : « Il est évident que nous avons devant nous de nouvelles opportunités commerciales, reconnaît Sebastian Pillado, attaché commercial de l’ambassade du Chili à Moscou, cité par RFI. Le Chili est déjà un fournisseur important d’aliments et de boissons pour la Russie, mais nous pourrions désormais élargir notre offre en produits et en volume. » Sachant que les importations russes en produits agroalimentaires ont représenté au total près de 17 milliards de dollars pour les cinq premiers mois 2014, comme le précise l'antenne francophone, il y a effectivement des parts de marché à conquérir pour ces pays du sous-continent américain…

En réalité, le président russe préparait ses arrières depuis quelque temps. À la mi-juillet, il avait effectué une tournée en Amérique latine et il s'était rendu, comme le rappelle le site d'information francophone sur l'Amérique latine, Actu Latino, au Nicaragua, à Cuba, en Argentine et au Brésil – cherchant de nouveaux appuis tandis qu'il se trouvait de plus en plus isolé sur la scène internationale. « Nous sommes intéressés par une Amérique latine unie, forte, économiquement viable et politiquement indépendante, qui est en train de devenir une partie importante du monde polycentrique émergent », avait alors déclaré Vladimir Poutine (...)

À Cuba, Poutine a par ailleurs annoncé l'annulation de 90 % de la dette de l'île envers l'ex-URSS, ce qui représente quelque 31 milliards de dollars, et il a promis des investissements dans le port de La Havane pour développer les échanges avec la Fédération de Russie.

Inquiétude en France

C'est donc une nouvelle carte des échanges qui se dessine à l'aune de cette guerre économique que se livrent désormais Bruxelles et Washington d'un côté, Moscou de l'autre. Aujourd'hui, l'Union européenne risque bel et bien de se voir confisquer le marché russe par l'Asie ou l'Amérique latine. D'après le représentant de l'UE à Moscou, les pertes pour l'Union européenne découlant de cet embargo pourraient s'élever à 12 milliards d'euros. « Les produits agroalimentaires constituent 10 % de nos exportations vers la Russie », a déclaré Vygaudas Ušackas, le délégué permanent de l'UE dans la capitale russe. Les produits touchés en première ligne ? Le saumon norvégien et les pommes polonaises, entre autres.

Mais la France, gros producteur agricole, ne sortira pas indemne de cet embargo et l'inquiétude est de mise chez les professionnels du secteur. En 2013, la France se plaçait en effet au 9e rang des fournisseurs en agroalimentaire de la Russie derrière l'Allemagne et la Pologne et devant l'Italie et l'Espagne. Selon un document du ministère de l'agriculture qui reprend des statistiques russes, l'Hexagone a exporté en 2013 vers la Russie plus d'un milliard d'euros de produits alimentaires. Le président de la FNSEA, le grand syndicat agricole français, a ainsi demandé ce jeudi à rencontrer « dans les meilleurs délais » François Hollande, à qui il a adressé un courrier, dans lequel il souligne que « ces exportations annulées vont se traduire par la commercialisation de produits initialement destinés au marché russe dans les pays européens, dont la France ».

Autrement dit, le marché risque d'être saturé, ce qui pourrait tirer les prix vers le bas, et les pertes des parts de marché en Russie au profit de nouveaux partenaires comme les pays asiatiques ou latino-américains nécessiteront des années pour se reconquérir, même après la levée de l'embargo. La France pourrait toutefois être relativement épargnée par rapport à ses voisins : la majorité des exportations françaises vers la Russie sont en effet constituées de vins et de spiritueux, qui ne sont pas touchés, pour l'heure, par l'interdiction russe (ils représentaient 145 millions d'euros en 2012 selon Ubifrance, l'organisme chargé d'aider au développement des entreprises françaises à l'international).

Texte intégral : http://www.mediapart.fr

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