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Publié par Saoudi Abdelaziz

"Revirement stratégique", note l'agence AFP. Un an après avoir été à deux doigts de bombarder l'armée syrienne, Obama se prépare à donner le feu vert à des frappes aériennes contre les rebelles djihadistes en Syrie que la CIA armait et finançait. «Nous ne considérons pas que nous sommes du même côté simplement parce qu'il y a un ennemi commun», a expliqué prudemment Jennifer Psaki, porte-parole du département d'État. Nous remettons en ligne un article publié il y a trois mois sur l'évolution de la doctrine américaine à l'égard du djihadisme.

 

Monde arabe. Métamorphose ou remake de la doctrine américaine?

Par Saoudi Abdelaziz, 4 juin 2014

"Le Printemps arabe a revigoré le terrorisme", titre l'Expression, "Le Printemps arabe a renforcé les capacités des groupes terroristes", renchérit Liberté. C'est "venu sur son coeur" dit l'adage.

Ces titres de journaux sont en effet inspirés par une phrase du ministre algérien des Affaires étrangères : «Ce qui est communément appelé le (printemps arabe) a permis aux groupes terroristes locaux d'accroître leur influence idéologique et leur force matérielle". Lamarma a pourtant précisé ensuite : "Aujourd'hui, le nouveau front d'instabilité lié à la situation libyenne a eu des répercussions régionales qui étaient prévisibles et contre lesquelles l'Algérie avait mis en garde».

Qui donc a ouvert ce "front d'instabilité"? Le ministre ne le dit pas, il ne veut pas mettre les points sur les i en désignant la stratégie occidentale qui a conduit, comme en Irak dix ans plus tôt à la destruction des fondements de l'Etat libyen, en premier lieu son armée nationale. Il se contente de noter : «les conséquences directes de la guerre en Libye se sont manifestées notamment par le flux de tous types d'armes en grand nombre en Afrique du Nord comme au Sahel».

Hillary Clinton rassurait les Algériens à propos des armes détenus par les milices rebelles. Le 26 août 2011, elle déclarait : « Nous allons les observer pour s'assurer que la Libye remplit ses responsabilités en matière de traités, qu'elle s'assure que ses stocks d'armes ne menacent pas ses voisins ou tombent entre de mauvaises mains et qu'elle se montre ferme face à la violence extrémiste».

Qui a révigoré le terrorisme, sinon l'Empire qui dès le début de 2011 a mis en oeuvre la stratégie d'appui sur les djihadistes qui a fait ses preuve contre l'Union soviétique. Les Américains se sont senti capables d'utiliser, encore une fois, leurs points d’appui dans la nébuleuse terroriste. Cette fosi-ci l'ennemi commun ce sont les "Apostats souverainistes" arabes, désignés comme le nouveau Grand Satan ennemi du khalifa. La mort en temps choisi de Ben Laden a sans doute favorisé cette révision conceptuelle.

Un an après la déclaration rassurante de Hillary Clinton, cette alliance anti-nationaliste est touchée à mort à Benghazi, où des djihadistes assassinent, en décembre 2012, l’ambassadeur américain et quatre fonctionnaires des services secrets, venus pourtant négocier la récupération de missiles sol-air pour les rebelles syriens. Choisie comme bouc émissaire de l'échec de cette stratégie, Hillary Clinton perdra rapidement son portefeuille.

A propos des levées en masse des peuples au Maghreb et au Machrek, affublées du vocable de "printemps arabe" par les médias occidentaux, les historiens retiendront plus tard ce fait majeur qui ouvre une nouvelle séquence historique dans le Monde arabe : c’est au début de l’année 2011 que les peuples tunisien et égyptien ont pris de court les maîtres du monde, bouleversant les agendas et les timings des stratèges de la domination.

Qui a engagé les djihadistes dans Militarisation de la révolte en Libye et en Syrie? On le sait mieux aujourd’hui, ce sont les opérations combinées de l'empire occidental et des monarchies pro-saoudiennes. Leur objectif était d’empêcher qu’après les révolutions en Egypte et en Tunisie ne se répande la présence exigeante des peuples dans l’espace public, exigeant le revision radicale des politiques extérieure et intérieure. La militarisation vise à fermer la voie de la recherche des voies démocratiques de l'accomplissement national. Il faut empêcher qu'émergent de nouvelles pratiques souveraines dans les Nations.

C'est dans cette finalité antidémocratique visant à perpétuer la politique de pillage des ressources nationale que se situe le lieu de connivence entre les visées de l'Empire et les secteurs qui dans les régimes nationalistes agissent contre l'aggiornamento démocratique patriotique.

Après un premier décrochage militaire en Syrie, facilitant les succès de Assad, Obama semble aujourd'hui estimer que l'appui sur le bon vieux nationalisme autoritaire à la moubarak -dans lequel se drape aussi sans vergogne le business compradore- peut être encore utile pour assurer les arrières au Maghreb et au Machrek. Le "pieux" Sissi est plus autoritaire que nationaliste estiment les dirigeants Saoudiens, qui emboîtent le pas. N'excluons pas que Bachar Assad, possiblement victorieux par abandon, pourrait un jour sortir de la liste noire américaine.

Sur fond de perte de l'initiative historique, la nouvelle adaptation de la doctrine américaine de domination est un remake de la décentralisation autoritaire qui a connu ses plus beaux jours dans les années 80. Années fastes du néocolonialisme, où émergeait la nouvelle foi de l'argent facile, servie par des acteurs "nationalistes" accommodants : Moubarak, Benali, Saleh, Chadli, Bachar-père... Trois ans après le "Printemps arabe", les USA misent de nouveau sur les héritiers de ces leaders, plus autoritaires que nationalistes et même souvent carrément asservis, ils sont aujourd'hui inscrits dans le casting du remake occidental. Avec la neutralité désabusée des esprits forts qui pensent que "le peuple est fini".

S. A., 4 juin 2014

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