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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

Karim le guerbèsi de Paris

Karim Tedjani. Photo DR

"D’un côté, il y a une absence flagrante de gouvernance environnementale  de la part des décideurs et dirigeants de ce pays. Les lois  existent plus qu’il n’en faut, mais ne sont  que très rarement  appliquées. De l’autre, une jeune  population livrée à elle-même, à qui, pour préserver un minimum de paix sociale, on n’ose plus rien refuser. Le laisser-faire  « en bas »  devient ainsi un bon moyen de justifier le faire semblant  flagrant,  « en haut » de la pyramide du pire  érigée comme un système de Pouvoir au sein de la société algérienne".

 

L'Algérie "égologique"... 

 

Par Karim Tedjani, 22 août 2014

 

Après cinq ans consacrés à  explorer et observer l’environnement de mon pays d’origine, l’Algérie, je ne peux malheureusement  que déplorer  l’absence presque totale de conscience écologique qui persiste au sein de la majeure partie de la société algérienne.

D’un côté, il y a une absence flagrante de gouvernance environnementale  de la part des décideurs et dirigeants de ce pays. Les lois  existent plus qu’il n’en faut, mais ne sont  que très rarement  appliquées. Les organismes  étatiques et les planifications qu’ils soutiennent  ne peuvent être efficients dans le contexte d’une administration archi-bureaucratique et trop souvent minée par la corruption et le tribalisme. Une politique écologique trop sectorisée, pour ne pas dire fragmentée. Une absence d’audits sincères combinée à un excès de clientélisme  jusque dans le recrutement et l’attribution des postes au sein de  ces institutions  y ont fait primer  la médiocrité et le faire semblant  sur le volontarisme.

De l’autre, une jeune  population livrée à elle-même, à qui, pour préserver un minimum de paix sociale, on n’ose plus rien refuser. Le laisser-faire  « en bas »  devient ainsi un bon moyen de justifier le faire semblant  flagrant,  « en haut » de la pyramide du pire  érigée comme un système de Pouvoir au sein de la société algérienne.

Le citoyen ne conçoit plus autre règle à respecter que celles qu’il s’est imposé et qu’il pourra imposer à tout ce qui l’entoure et l’influence, son environnement. Il refuse toute notion de citoyenneté, et encore plus quand il est question d’écologie, dès lors qu’elle viendra perturber sa propre vision de la justice et de la responsabilité. Beaucoup trop de gens, ici, masquent leur médiocrité morale  derrière l’écran  improductif et suicidaire du « Tous des voleurs et des menteurs ! Après moi le Déluge… »

De plus, la décennie noire a  engendré une véritable déconnexion entre ce dernier et toute forme d’espace naturel ou publique. Ajoutez à cela une insécurité croissante dans ces endroits favorisée par leur « reconquête » par la petite criminalité et la sphère informelle qui, par essence se joue des lois en vigueur. Vous comprendrez que la société algérienne évolue dans un écosystème qui ne favorise aucunement le respect de l’environnement.

La sphère  formelle ou informelle  des entrepreneurs   algériens  ne peut plus concevoir de trouver d’obstacles légaux quant il s’agit de se développer au détriment de  cet environnement.  Un réseau bien huilé de complaisances et de corruptions, les rends parfois même intouchables face aux protecteurs de la nature ainsi que les lois. Une fois de plus, ce sont les travers actuels de cette société qui entravent toute possibilité d’une politique écologique vraiment sincère et efficace dans notre pays.

Bien entendu, il faut remarquer l’émergence d’une écologie citoyenne au sein d’une certaine catégorie de citoyens, et, pas forcement parmi les plus fortunés. Une grande partie des membres actifs des associations écologiques algériennes sont des retraités ou bien de jeunes chômeurs. La classe dite "moyenne" et "moyenne plus" est à mon humble avis le principal vivier des "écologistes" en Algérie.

Mais,  quand il s'agit de la sphère associative, il faut encore déplorer le manque de formation, de capacité à  faire aboutir efficacement un projet, à gérer un budget ou bien à travailler en collaboration avec d’autres associations nationales ou internationales. La bonne volonté et l’écologie d’opinion ne peuvent suffire qu’à panser les plaies, pas à guérir…

Une des grandes  défaillance de notre pays en matière d’écologie est le manque de formation d’expertise et l’absence de contextes d’émulations dont souffrent beaucoup trop de nos écologues algériens. Pas assez de publications scientifiques ou de vulgarisation. Un manque cuisant de moyens et de matériel à la disposition de leurs recherches. Une pénurie d’outils de collecte et de traitement de l’information. Un esprit de rivalités stériles, de médiocrité s’est également installé dans nombre de nos universités et laboratoires étatiques. L’information ne circule plus assez bien. Les vérités ne sont plus bonnes à entendre, encore moins à dire. Les études environnementales   se font de plus en plus  souvent démagogiques ou , pire, complaisantes vis-à-vis des pollueurs et des saccageurs de nature. 

Ce sont pourtant eux, les experts de l’environnement qui doivent être la source matrice  d’inspiration et de leadership en matière d’écologie en Algérie. Ils doivent être le cerveau et le monde associatif  le bras  dans ce domaine, le rôle de l’Etat serait en quelque sorte celui des jambes qui accompagnent le mouvement vers les plus sûrs sentiers…

Les médias jouent de plus en plus leur rôle dans ce domaine, cela est à souligner. Mais il y a encore  beaucoup à faire dans ce domaine. Notamment dans la sphère arabophone. On ne peut accepter le fait que nos téléspectateurs connaissent souvent mieux la faune et ma flore des pays étrangers qu’ils découvrent dans ces documentaires dont ils raffolent, que celle de notre pays. L’éducation au respect de l’environnement doit disposer de moyens médiatiques  conséquents et modernes pour être efficacement insufflée au sein d’une société comme la nôtre qui préfère de loin le petit écran au pages d’un livre…

Mais, pour moi, le principal frein à l’émergence d’une conscience écologique pourtant salutaire et nécessaire en Algérie, reste l’égoïsme aveugle  qui s’est installé dans le cœur de trop de gens dans ce pays. L’Algérien est un enfant à la fois gâté et maltraité par sa patrie. Il l’aime en tant qu’entité, mais pas dans sa réalité physique ou sociale. Toute notion de collectivité, sorti des préceptes parfois désuets  de notre tradition  ne peuvent survivre à la soif d’argent facile, de  revanche sociale qui animent beaucoup trop d’entre nous.

La Nature est victime de cette nature changeante, de cette « malchimie » qui s’est opérer au sein de cette société à la limite de la schizophrénie tant elle a été démunie de ses plus sûrs repères dont la sobriété, la solidarité ainsi que le respect des autres et de la nature. C’est  à un colon indigène que j’ai l’impression d’avoir affaire,  quand j’appréhende dans son ensemble cette génération  d’Algériens et la précédente. Un être humain qui ne cherche pas  à voire plus loin que le bout de son nez et les illusions qui ne font qu’apaiser sa frustration évidente : une presque impossibilité à pouvoir s’épanouir dans un environnement aussi kafkaïen et pollué que le sien.

L’Algérie ne peut rester cette Egologie sans un jour tuer tout ce qui fait son écologie intime, sa nature profonde, matérielle et immatérielle

Source: http://www.nouara-algerie.com

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