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Publié par Saoudi Abdelaziz

La nuit du 25 au 26 août marquée un tournant dans la lutte pour l’indépendance. "Franchissant la Méditerranée, la guerre coloniale venait ainsi de s’installer chez le colonisateur". écrit Ali Haroun dans une contribution publiée ce matin dans Liberté.

 

Une date occultée : le 25 août 1958

Par Ali Haroun, 25 août 2014

EXTRAITS

(...) Le FLN ouvrait un second front en déclenchant sa guérilla urbaine sur l’ensemble du territoire de la France métropolitaine. Cette nouvelle forme de lutte avait pour but d’affaiblir le potentiel économique de l’Etat colonial, maintenir une partie de l’armée française sur le sol métropolitain, amoindrir de la sorte l’importance du contingent face aux moudjahidine dans les maquis d’Algérie, et enfin sensibiliser un peuple français encore peu conscient des horreurs de la guerre de reconquête menée en son nom.
C’est ainsi que les responsables du FLN en France, s’estimant prêts à l’action, allaient fixer au 25 août 1958 à minuit le déclenchement de ce combat singulier. Parmi les nombreuses actions entreprises, celle menée contre les dépôts pétroliers de Mourepiane près de Marseille a particulièrement marqué les opinions interne et internationale, alertées par les médias surpris par l’événement et stupéfaits par ses répercussions.

           Omar Boudaoud

Mais l’attaque de Mourepiane s’inscrit dans le cadre global de ce second front ouvert, selon les directives du CCE transmises par Abbane Ramdane à Omar Boudaoud, chef de la Fédération de France du FLN.


GROS PLAN: L'incendie du dépôt de carburant de  Mourepiane

France-Soir daté du mercredi 27 août 1958 publie en première page sur six colonnes “Marseille, le feu menace de nouveaux réservoirs”  - “Dix-huit pompiers blessés au cours d’une journée et d’une nuit de terreur autour du dépôt pétrolier de Mourepiane, incendié hier par des terroristes, nord-africains”- le tout illustré par la photo des habitants évacués de leurs demeures deux kilomètres à la ronde, par crainte d’une nouvelle explosion.

Dès le 26 août au matin, le correspondant du journal transmet les premières informations : “De longues et épaisses fumées s’élèvent toujours ce matin dans le ciel de Marseille. Le dépôt de carburant de Mourepiane brûle…. Hier soir, alors que les pompiers luttaient depuis près 17 heures déjà contre le sinistre - la première explosion s’était produite à l’aube peu après 3 heures - tout à coup, la nuit devient lumineuse. Le ciel dans lequel tournoyait jusqu’alors une épaisse fumée vira du sombre au jaune vif, puis au rouge, comme si un gigantesque météore incandescent était passé au-dessus de Marseille. Il était 19h50. Une nouvelle explosion, la plus grave de la journée, venait de se produire ….

Après une nuit d’efforts, les pompiers ont décidé d’isoler les 5 000 mètres carrés en flammes et d’attendre que les 10 420 mètres cube de carburant soient consommés …. Mais le danger subsiste …. Deux bacs brûlent …. Les ingénieurs ont tenu une conférence avec les pompiers à  la caserne Mirabeau…. Si les deux cuves qui brûlent encore explosaient, 2.000 mètres cubes de mazout se videraient très rapidement dans la mer et le mistral pourrait les pousser jusqu’au vieux port…. Par précaution, les Chantiers du port suspendent, ce matin, leurs travaux.

Hier matin, ( le 26 août ) quatre bacs brûlaient et la vapeur d’essence enflammée montait dans le ciel en gerbes de près de 100 mètres de hauteur. Déjà les flammes paraissaient impossibles à maitriser. Le feu ronflait dangereusement ; de sèches explosions et le fracas de l’écroulement des bacs faisaient, à chaque instant, craindre le pire…. En fin d’après-midi, une dizaine de bacs avaient déjà explosé. L’incendie paraissait calmé…. Soudain, peu avant 20 heures, la terrible explosion se produisit. Aussitôt les sirènes retentirent. Ambulances, voitures de pompiers et de police traversaient la ville en trombe et se dirigeaient vers le lieu du sinistre”.

L’autre envoyé spécial est encore sous le coup de l’épouvante : “Un décor de tragédie était tombé sur le quartier populaire de Mourepiane, éclairé par le feu. Les camions rouges, les cars de police-secours se rassemblaient devant la caserne Mirabeau où le préfet des Bouches-du-Rhône, M.Gaston Defferre député-maire de Marseille, et le général Gillot, commandant la IXe Région militaire, établissaient pour la nuit leur quartier général. Pendant ce temps, des hommes casqués, le visage marqué par l’épouvante, les vêtements couverts de boue, revenaient en titubant vers la zone de sécurité”.
“-Ça été terrible, nous dit l’un d’eux. J’étais au pied du grand réservoir quand l’explosion s’est produite. J’ai entendu un sifflement formidable et je vis une immense tour métallique se soulever. Il n’y avait plus tout autour de moi que du feu”.
“-Quelle vision horrible, raconte un autre pompier. Certains de mes camarades, terrorisés, hurlant de douleur, s’enfuyaient à toutes jambes. Plusieurs d’entre eux se jetèrent contre le grillage métallique, l’escaladèrent et se perdirent dans la ville. J’ai aperçu un camarade allongé sur le sol…. C’était Martin, mon copain de la caserne de Plombière. Il n’avait que 20 ans et dix mois de service avec nous”. “Les flammes immenses illuminèrent pendant de longues heures encore les collines de L’Estaque. Mais, par ordre du maire, M. Defferre, les pompiers laissaient désormais brûler le pétrole sans le combattre…. Trois camions-pompes restèrent prisonniers de l’incendie. Toute la nuit encore les flammes rougirent les collines avoisinant Marseille. Par ordre du préfet, M.Haas-Picard, toutes les habitations à 2 kilomètres à la ronde du dépôt de carburant ont été évacuées…. Le danger pèse toujours sur la rive comme sur la mer. Les pompiers qui encerclent depuis le lever du jour le dépôt de carburant encore enflammé, n’osent intervenir. Sur la mer, les bateaux font des crochets au large pour éviter de s’approcher dangereusement de l’incendie”.

Taxé alors de crédible et sérieux le journal  Le Monde qui, généralement, répugne au sensationnel évoque une véritable panique lundi soir à Mourepiane, où tous les réservoirs ainsi que les dépendances de l’entrepôt ont sauté et brûlé. Sur plusieurs centaines de mètres c’est la dévastation, depuis trente-six heures, on ne voit que des tôles tordues et des canalisations déchiquetées. Les flammes de plusieurs dizaines de mètres sont visibles depuis Notre-Dame-de-la-Garde et l’esplanade de la gare Saint-Charles. Les boutiques et les bars du boulevard du Littoral ont fermé leurs portes et huit cents personnes ont été évacuées. Finalement ont été incendiés 8 200 000 litres d’essence et de gaz oil. Cent cinquante hommes de troupe sont réquisitionnés pour veiller sur les raffineries de Martigues-Lavéra. L’incendie de Port-La-Nouvelle, le plus important après celui de Mourepiane, n’est maîtrisé que le lundi après-midi et les habitants évacués sont alors autorisés à regagner leurs domiciles. On relèvera plus tard qu’un pompier — Jean Péri — est décédé. Il y a dix-neuf blessés, parmi lesquels le maire de Marseille, Gaston Defferre, qui s’était rendu sur les lieux et qui a été touché au pied. Le feu brûle encore à Mourepiane pendant dix jours… 16 000 mètres cubes de carburant sont détruits (...)

 

Heure après heure

L’action s’est déroulée sur tout l’hexagone. Cette nuit-là heure après heure on enregistre à :

2 h 15 : Le Havre, sabotage et incendie du dépôt de carburant et de la raffinerie de Notre Dame-de-Gravenchon
2 h 30 : Paris, boulevard de l’Hôpital, attaque et incendie d’un garage de la  Préfecture de police : 3 gardiens tués, un blessé
3 heures : Bois de Vincennes, tentative de sabotage de la Cartoucherie : un policier tué.
3 h 15 : Marseille, sabotage et incendie du dépôt Shell.
3 h 15 : Narbonne, sabotage et incendie du dépôt de carburant.

3 h 15 : Saint-Mandé, accrochage avec une voiture de militants qui tente de forcer un barrage.
3 h 15 : Port-la-Nouvelle, sabotage et incendie du dépôt de carburant.
3 h 18 : Frontignan, tentative de sabotage de la raffinerie ; 5 bombes découvertes.
3 h 20 : Paris, Porte des Lilas, fusillade avec des militants, en voiture, qui tentent de forcer un barrage.
3 h 20 : Toulouse, incendie et sabotage du dépôt de carburant.
3 h 35 : Ivry, incendie d’un dépôt de véhicules militaires.
3 h 35 : Gennevilliers, incendie du dépôt de carburant du Port de Paris.
3 h 43 : Marseille, bombes découvertes dans les dépôts de carburant des Aygalades et du cap Pinède.
4 heures : Aérodrome de Villacoublay, tentative de sabotage et interception du commando.
5 heures : Salbris, découverte du sabotage de la voie ferrée Paris-Vierzon (...).

 

Texte intégral: Liberté.com

L'attentat contre le dépôt de carburants de Mourepiane à Marseille, qui a eu lieu dans la nuit du 25 au 26 août, a provoqué des dégâts spectaculaires. Plusieurs jours après, des bacs brûlent encore, et l'un d'eux explose. Cette image a été diffusée le 3 septembre 1958 aux "Actualités Françaises" dans les salles de cinéma.

25-26 août 1958. La guerre d'Algérie débarque dans l'hexagone
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