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Publié par Saoudi Abdelaziz

"Ce fils de Khenguet Sidi Nagi était un pur produit du mouvement national. Il portait, en lui, la flamme allumée dans le mont des Aurès un 1er novembre 1954".

Par Ahmed Mahi, 5 juillet 2014

EXTRAITS


Dès les débuts de la Révolution, il fut parmi ceux qui ont bénéficié d’une bourse de l’Ugema (1956-1957) pour poursuivre des études en URSS. Il fut inscrit à la prestigieuse université Lomonossov pour y faire des études en sciences économiques. J’ai fait sa connaissance durant l’été de l’année 1959. Nous faisions partie de la délégation algérienne qui a participé au 7e Festival de la jeunesse et des étudiants à Vienne, en Autriche. Lui, le frère Basta de Bruxelles et moi de Dresde avions été désignés pour être comme traducteurs dans les langues anglaise, allemande et russe, au service des frères Mustapha Ferroukhi et Belaïd Abdesselam qui dirigeaient notre délégation. Nous avons depuis noué une amitié qui a bravé le temps et ses méandres et qui s’est renforcée au fil des années et de l’âpreté des luttes auxquelles nous étions confrontés pour tenter de faire avancer la pratique démocratique, le progrès et la justice sociale. J’ai retrouvé Lakhdar à Berlin, en RDA, où, après avoir terminé ses études en sciences économiques à Moscou, il avait obtenu une bourse pour commencer une thèse de doctorat. Mais, en fait, il voulait avoir la maîtrise de la langue de Goethe pour aller au plus profond dans l’étude et la compréhension de la méthodologie scientifique de Marx et d’Engels et de leurs camarades, dans l’étude des lois et des mécanismes qui fondent et régissent le capital et du système économique et social qu’il engendre sous sa domination.
Lakhdar a été à Berlin un militant actif et productif de la section des étudiants algériens aux côtés de Bounedjar Hachemi, Mouffok Houari et bien d’autres. Il faisait partie des cercles marxistes que nous animions en relation avec la délégation extérieure du PCA.
Il a brillamment soutenu sa thèse de doctorat. Celle-ci a, sans doute, aiguisé son intérêt, voire sa passion d’aller au plus profond et au plus loin dans la recherche et l’étude bibliographique et scientifique des écrits de tous les fondateurs de la pensée marxiste. L’histoire de la pensée économique est devenue un de ses centres d’intérêt et un de ses cours magistraux qu’ont fréquenté tant d’étudiants qui forment aujourd’hui un dense tissu de l’encadrement de notre pays.
Sa rigueur scientifique, si elle l’a poussé à aller au plus profond des écoles des sciences économiques en présence, tout au long de l’histoire, elle a accentué, en même temps, ses efforts dans la maîtrise et l’intelligibilité de la complexité du réel surtout au niveau des deux facteurs déterminants que sont le capital et le travail ainsi que leurs rapports dialectiques. Son acribie dans ses études et recherches visait à montrer concrètement, le plus souvent à partir du cas concret et chiffré de l’Algérie et des pays sous-développés, la nature exploiteuse, aiguisant les luttes de classes, du système de pouvoir capitaliste dans ses diverses variantes. C’était un dévoreur intellectuel des archives relevant de ses pistes d’études et de recherches. Je ne pouvais contenir mon admiration pour le plaisir qu’il éprouvait à passer des semaines entières, durant son année sabbatique, au British Museum pour compulser et étudier les manuscrits, les livres, les études ou les archives se rapportant à Marx et Engels, particulièrement durant leur séjour en Angleterre.
C’était un chercheur qui a consacré de nombreuses études à l’œuvre et à la pensée d’Ibn Khaldoun. Par exemple, entre autres, une étude sur «La conception du commerce et de l’activité commerciale dans la Muqaddima d’Ibn Khaldoun.1332-1406». Lakhdar a accordé une attention particulière à l’étude de la formation économique et sociale de l’Algérie indépendante comme, par exemple, dans les études suivantes :
1- le secteur d’Etat en Algérie et la Révolution nationale démocratique, sa situation et ses problèmes ;
2 - à propos de la rentabilité du secteur d’Etat ;
3 - les rapports PME secteur public en Algérie : complémentarité ou substitution ;
4 - contribution à l’économie du sous-développement et du développement ;
5 - relation entre la dépendance économique des pays du tiers-monde et la crise du système capitaliste international ;
6 - la pensée économique du FMI et de la BIRD et les incidences de leur politique d’ajustement sur la politique de développement des pays du tiers-monde avec référence à l’Algérie.
Sa disponibilité pour ses étudiants comme son exigence de rigueur scientifique à leur égard étaient légendaires.
Il avait aussi un contact mutuellement enrichissant avec les travailleurs des différentes catégories et leurs organisations syndicales. Il a intensément participé aux différents cycles de formation syndicale et particulièrement de l’Institut arabe du travail dont le siège était à Alger. Il ne craignait ni les confrontations intellectuelles et pédagogiques avec ses collègues adeptes des «sciences économiques libérales» comme le professeur Tiano et ses assistants tels que Temmar, ni les cabales ou entraves que ceux-ci lui montaient comme celles liées à son agrégation ou aux orientations de ses cours.
Lakhdar était un immense homme de culture, un polyglotte éprouvé, un amoureux de son pays, de son histoire profonde, de ses diversités géographiques et ethniques. Je l’entends encore me parler avec passion et érudition, lors d’une visite dans la région, des gorges de Ghoufi, du mont appelé l’Ahmar Kheddou, de l’oasis de Taghit, des ksars de Gourara, du M’zab et de la ville de Ghardaïa. Je ne peux oublier nos visites au Théâtre national d’Alger pour voir et apprécier des pièces de théâtre mises en scène et jouées par des troupes venues de Bordj-Bou-Arréridj, de Tlemcen ou de Tindouf.
Lakhdar était un camarade courageux qui défendait ses convictions philosophiques et politiques, qui n’a jamais reculé devant les débats productifs et enrichissants susceptibles de faire avancer le progrès, la justice sociale, la liberté individuelle et collective, la liberté de conscience et la démocratie.
Source: Le Soir d'Algérie. Paru sous le titre
Hommage à mon camarade, le professeur Benhassine Mohammed-Lakhdar 

 

Photo DR

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