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Publié par Saoudi Abdelaziz

Hacina Zegzeg présentée comme "acteur social et économique de la ville"  fait partie des "étrangers à la région". Elle confie à Houria Alioua correspondante d'El Watan : "Nous avons décidé avec mon mari et mes enfants de ne pas quitter cette ville où nous avons passé une partie de notre vie"

 

"C’est des entrailles de Ghardaïa qu’émergera la solution".

Propos recueillis par Houria Alioua, 18 juillet 2014

 

Comment avez-vous vécu les événements qui secouent Ghardaïa depuis 8 mois ?

Hacina Zegzeg. Nous avons très mal vécu ces événements, car ils étaient pour nous, qui sommes étrangers à la région, nouveaux, incompréhensibles et surtout complètement disproportionnés par rapport à la vie quotidienne, qui ne laissait en aucun cas entrevoir qu’une pareille situation s’installerait un jour à Ghardaïa. Nous avons décidé avec mon mari et mes enfants de ne pas quitter cette ville où nous avons passé une partie de notre vie. Nous sommes solidaires de nos amis et voisins et vivons au péril de nos vies ce drame commun. Notre vécu laisse entrevoir un véritable malaise, une douleur, une peur.

Au début, les citoyens commentaient des incidents et des crimes qu’ils approuvaient ou désapprouvaient. Nous ne pouvions rien expliquer à nos enfants, car nous n’avions nous-mêmes aucune explication. Deux «tribus», deux «obédiences» se disputent et se battent presque quotidiennement pour quoi ? La question est là. Lorsque l’on est malékite, est-ce que cela veut dire que l’on doit refuser de vivre avec l’ibadite ? Et vice-versa. Au début, j’avais du mal à croire que chez les Mozabites il puisse y avoir des groupes qui incendient des maisons, qui tendent des guets-apens, mais lorsque j’ai vu les familles malékites parquées dans les écoles, au quartier de Bensmara tout particulièrement, je suis allée voir les maisons que le feu avait détruites, j’ai dû accepter la réalité.

Pour moi, cette acceptation a été très difficile, parce que de par mes différentes activités à Ghardaïa, j’ai collaboré avec de très dignes représentants de la population mozabite à plusieurs événements et projets dans différents créneaux, et j’ai toujours été ravie de travailler avec des équipes dynamiques et pluridisciplinaires au sein desquelles je ne me suis jamais sentie «étrangère».

D’aucuns estiment que l’escalade de violence est due à des groupes agissant au sein des deux communautés.

Même les familles mozabites sont dépassées par le changement de leurs enfants.La rue est entrée à la maison. Nous sommes face à une génération qui ne respecte rien dans sa majorité, la clochardisation de notre jeunesse, les vides sociaux, culturels et cultuels ont largement contribué à cette chute. C’est juste mon modeste avis. Je ne crois pas un seul instant qu’il y ait un clivage aussi flagrant, ces mouvements de violence ont été récupérés immédiatement par les Fekhar et la tournure prise par les événements est celle que vous voyez actuellement. Il faudrait prendre en charge les victimes de ces violences dans les délais les plus brefs. Car ces citoyens algériens laissés pour compte ont une haine encore exacerbée par leur condition. La violence est la responsabilité des deux parties.

Qu’en est-il du rôle des forces de l’ordre, de l’Etat, de la justice ?

Il me semble en effet que par rapport au travail effectué par les forces de police et la gendarmerie, il n’y a pas de suivi au niveau du tribunal, ceux qui sont arrêtés le matin, ressortent dans la journée ou le lendemain. Pourquoi ? Je ne sais pas, et je n’ai pas non plus les moyens d’obtenir des réponses fiables. Ce qui est en tout cas visible, c’est que les gendarmes et les policiers sont fatigués, la chaleur et le jeûne aidant, ils offrent l’image de citoyens hors pair et j’ai beaucoup de compassion pour eux, d’autant plus qu’ils sont malheureusement la cible des insultes, des jets de pierres et autres projectiles beaucoup plus dangereux. C’est ce comportement agressif envers des personnes qui sont là pour assurer notre protection qui me fait dire et me convainc qu’il y a dans les rangs des groupuscules violents, de personnes complètement marginales, désespérées,et sujettes à des addictions. Si, on pouvait séparer le bon grain de l’ivraie, on pourrait trouver des interlocuteurs capables d’exprimer le pourquoi des choses.

Vous avez lancé, via les réseaux sociaux, un appel aux sages et acteurs économiques de Ghardaïa pour que les torts soient reconnus de part et d’autre et que les gens cherchent dans leurs cœurs la force d’affronter le regard de l’autre. Pensez-vous que ce soit toujours près tant de morts et de pertes ?

Oui, j’ai lancé un simple appel via les réseaux sociaux. Il existe des personnes sages au sein des deux groupes opposés, et elles peuvent mettre un terme à ces violences. Je les ai côtoyées et je les connais, elles peuvent faire beaucoup, mais je suppose qu’elles sont, comme tout le monde, affolées et désemparées par ce qui arrive à Ghardaïa et par ce qu’est devenue la région. L’absence de l’Etat est plus qu’évidente, mais je ne crois pas à une solution du gouvernement. C’est des entrailles de Ghardaïa qu’émergera la solution. Reconnaître les torts, les réparer et se pardonner mutuellement. On ne va pas continuer cette guerre des quartiers indéfiniment. C’est inacceptable de se détester, parce que l’on est différent. Et puis, les sages, si vous réussissez un jour à vous asseoir autour d’une table pour discuter, posez tout de suite la bonne question, celle qui permettra l’aboutissement de vos efforts immédiatement : «A qui profite le crime ?»

Source: El Watan.com

 
Photo DR

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