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Publié par Saoudi Abdelaziz

 Mediapart publie en exclusivité le témoignage d'un « refuznik », un citoyen israélien qui a fui aux Pays-Bas pour ne pas répondre à l’appel de l’armée israélienne et aller combattre à Gaza.

Par Pierre Puchot, envoyé spécial en Israël, 24 juillet 2014

EXTRAITS.

 

Il s’appelle Gilad, il habite Tel Aviv et est âgé de 32 ans. Réserviste, soldat dans l'armée de terre, il a fui aux Pays-Bas mardi 22 juillet, cinq jours après avoir refusé l'appel de l’armée israélienne pour rejoindre les troupes qui combattent en ce moment même à Gaza. Il fait désormais partie du phénomène de ceux que l'on nomme les « refuzniks », phénomène qui a pris de l’ampleur au cours des dernières années. À son retour en Israël, Gilad risque une peine de plusieurs années de prison. Après qu'il a donné son accord à notre demande d’entretien, nous lui avons transmis nos questions par mail mercredi soir. Voici ses réponses.

Pourquoi avoir déserté ?

C'était une décision prise très hâtivement. J’ai quitté Israël cinq jours après l'appel de l’armée. Cinq jours pendant lesquels j'ai essayé d'expliquer à mes supérieurs pourquoi je refuse de m'impliquer dans une campagne militaire sanglante, qui aurait pu facilement être évitée, et dont les victimes sont majoritairement des civils. De manière peu étonnante, cela ne les a pas impressionnés. Aucune armée ne tolérerait l'insubordination. Je suis prêt à aller en prison, mais j'espère qu'être absent pendant le conflit, en attendant d'être jugé lorsque l'esprit militariste caractérisant les temps de guerre se sera un peu calmé, me sera au final favorable. À vrai dire, je n’en sais trop rien, cela pourrait finalement être le contraire, et me desservir (...). 

Où et dans quel type d’unité aviez-vous effectué votre service militaire (lequel, en Israël, dure trois ans) ? Avez-vous dû vous rendre en Cisjordanie et à Gaza ? Si oui, quel ressenti et quelle analyse gardez-vous de cette expérience ?

J'ai effectué mon service militaire au sein d'une division blindée, positionnée en Cisjordanie, pendant l'apogée de la deuxième intifada. J'étais jeune, et mon analyse à l'époque n'était pas aussi claire que celle d'aujourd'hui. J'étais conscient que le traitement des Palestiniens par Israël était injuste et injustifiable, mais j'ai cru – et je le croyais encore quelques années après la fin de mon service – que c'était une "pause" temporaire dans le processus de paix. Je pensais que c'était l'intérêt d'Israël de mettre fin à ce long conflit. Et je pensais que dès lors que les risques pour la sécurité étaient terminer, on pourrait donner aux Palestiniens leur indépendance et leurs droits. Les années qui se sont écoulées depuis la fin de l'intifada, caractérisées par un calme quasiment sans précédent en Cisjordanie de la part des Palestiniens, et le fait qu’ils n’obtiennent rien en échange, m'ont convaincu que le seul intérêt d'Israël est d'approfondir la colonisation des territoires palestiniens, d'augmenter l'oppression du peuple palestinien et de brutalement supprimer toute sorte de résistance. 

Quelle analyse faites-vous du conflit actuel ? Pensez-vous qu’il soit nécessaire ?

Le conflit actuel n'était pas du tout nécessaire. Le gouvernement israélien avait plusieurs opportunités d'alléger la tension vis-à-vis du Hamas – bien qu'un accord définitif soit probablement inatteignable actuellement. Depuis la chute des Frères musulmans en Égypte, et la situation précaire de Bashar al-Assad en Syrie – les deux patrons principaux du Hamas –, ce mouvement était gravement affaibli. Si affaibli qu'il a accepté de collaborer avec le Fatah dans un gouvernement d'unité nationale en faisant des concessions majeures (parmi lesquelles, par exemple, le fait de donner à Mahmoud Abbas le mandat de continuer les pourparlers avec Israël). Au lieu de saisir cette opportunité de modérer le Hamas tout en renforçant les partisans de la paix parmi les membres du leadership palestinien, Israël a fait le contraire, en se désengageant du processus de paix. Et ce n’est pas la première fois qu’Israël agit de la sorte (...)

Texte intégral : http://www.mediapart.fr

Des militaires qui ont servi dans les Territoires occupés révèlent leur quotidien de soldats israéliens et les violations des droits humains sur les Palestiniens. Editions Autrement

Des militaires qui ont servi dans les Territoires occupés révèlent leur quotidien de soldats israéliens et les violations des droits humains sur les Palestiniens. Editions Autrement

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