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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

De l’avis de Mme Oussedik, ces incidents profitent à “ceux qui gouvernent par la peur” et qui cherchent à “masquer les échecs d’un système de gouvernance qui a enfanté des monstres”

Par Hafida Ameyar, 21 juillet 2014 

 

La crise du M’zab donne un éclairage sur “l’état du tissu social”, ainsi que sur “la question de l’état” et des “manipulations diverses (qui) a fragilisé le pays”. Ce point de vue a été exposé par la sociologue Fatma Oussedik, lors d’une conférence-débat organisée à Alger, dans la soirée du samedi 19 juillet, par le Rassemblement actions jeunesse (Raj).

Très soucieuse sur le regard “scientifique” de l’universitaire, Mme Oussedik s’est d’abord prêtée aux définitions de “minorité” et de “communauté”, avant de situer “l’espace” où se déroule l’événement (à 600 km d’Alger, dans la wilaya de Ghardaïa).

Elle a enfin énoncé que les Ibadites du M’zab, “Amazighs zénètes”, berbérophones et musulmans appartenant à “une école doctrinale particulière” “ne sont pas une ethnie”. “Ils sont une communauté, mais certainement pas une minorité”, a-t-elle affirmé, sans exclure plus loin la volonté de certains de “construire une minorité politique”. Elle a rappelé le travail accompli par le mouvement national, qui “a transformé toutes les communautés”, les unissant autour de l’objectif d’indépendance nationale.
Les Ibadites du M’zab, à l’exemple de Moufdi Zakaria, “se sont intégrés dans le mouvement national, en tant qu’Algériens”, dira la sociologue, en critiquant ces livreurs d’“a priori idéologiques (qui) produisent de la minorité” et du “communautarisme dans sa signification négative”.  
L’auteure de Itifaqate, un ouvrage de référence sur le M’zab, a cependant concédé que les Ibadites du M’zab se distinguent par une “singularité puissante”, celle du “maintien” des institutions traditionnelles dont certaines, comme tajmaât, existent ou ont existé ailleurs, dans le pays. Elle finira par admettre que la crise à Ghardaïa est une des expressions de la crise de l’état national qui, loin de valoriser la spécificité des régions, “a sciemment ignoré” les formes d’auto-organisation de l’Algérie profonde.
Pire, la wilaya ou la figure du wali “a été et demeure une machine à broyer les institutions locales (…) souvent de façon violente” et reste impuissante devant les bouleversements socioéconomico-démographiques, poursuivra-t-elle. Non sans déplorer les propos humiliants tenus par le chef de l’état, après son élection en 2009, à l’endroit des Kabyles, les “petites blagues” de M. Sellal, alors chef de campagne et la “réactivation”/”manipulations” des archs, mais également cette façon qu’ont les représentants du pouvoir à s’adresser, non plus aux Algériens, mais aux Chaouis, Mozabites, Touareg, Kabyles, etc. Aujourd’hui, la question est de savoir qui tire profit des troubles en Algérie.
De l’avis de Mme Oussedik, ces incidents profitent à “ceux qui gouvernent par la peur” et qui cherchent à “masquer les échecs d’un système de gouvernance qui a enfanté des monstres”, à “ceux qui veulent faire entendre leur capacité de nuisance, pour faire partie du jeu”, aux “différents trafiquants”, partisans du “commerce illégal” et de la “dérégulation”. L’Algérie a connu une véritable “entreprise de délégitimation des institutions locales et nationales, durant des décennies, au bénéfice de la création de clientèles”, lâchera la sociologue. Et d’ajouter : “Nous sommes face à un état affaibli, qui a besoin de l’informel et de dérèglements.”
Faisant le parallèle entre les événements de Ghardaïa et ceux ayant éclaté dans d’autres régions du pays, l’invitée de Raj a estimé que “la violence arrive lorsque la loi est absente”.
Au cours du débat, il a été question de l’“ingénierie” de la société ibadite à produire des institutions nouvelles, de la “responsabilité” de l’état et des logiques résultant des “intérêts” mis en place dans la société algérienne, ainsi que de “la déstructuration du tissu social par le pouvoir, pour réaliser un tissu adapté à ses intérêts”. Dans ce cadre, des participants ont laissé entendre que la crise du M’zab pourrait avoir un lien, notamment avec la découverte du gaz de schiste dans “une région faisant l’objet de convoitises”.

Source: Liberté.com

 

Photo DR

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Lahici 21/07/2014 13:28

Je résume au risque de paraître réducteur: les piranhas nagent toujours en eaux troubles. Plus il créent de remous, plus ils lèvent la vase et mieux ils dévorent leurs proies. L'art et la manière de détourner l'attention de l'essentiel. Merci Mme Oussedik pour votre éclairage du point de vue sociologique